Recours record aux traitements nicotiniques de substitution en 2019

30 octobre 2020

Plus d’1 million d’assurés ont été remboursés pour des traitements nicotiniques de substitution (TNS) en 2019 : ce nombre a triplé en seulement 2 ans (1). Parallèlement, selon le baromètre santé 2019, on constate une augmentation du nombre de fumeurs ayant fait une tentative d’arrêt : 33,3 % des fumeurs quotidiens ont fait une tentative d’arrêt d’au moins une semaine en 2019 contre 24,9 % en 2018 (2). Plusieurs raisons peuvent expliquer cette forte hausse du recours aux TNS, au premier rang desquelles le remboursement par l’Assurance Maladie de ces traitements pour arrêter de fumer, depuis 2018, sans seuil annuel de prise en charge, mais aussi un nombre croissant de prescripteurs : en 2019 près de 100 000 médecins, infirmiers, sages-femmes, chirurgiens-dentistes et masseurs-kinésithérapeutes ont prescrit ces traitements, un nombre qui a augmenté de 60 % en 2 ans.

Le remboursement des TNS : un levier pour lutter contre le tabagisme

En 2019, le dispositif dérogatoire de prise en charge (forfait TNS) a disparu au profit d’une prise en charge de droit commun : plus de 70 spécialités de substituts nicotiniques sont désormais remboursables à 65 % par l’Assurance Maladie, sur prescription, couvrant une gamme très large de ces produits, le ticket modérateur étant pris en charge par les complémentaires santé. Ces traitements sont en outre pris en charge à 100 % pour les assurés bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire, et pour la majorité des affections de longue durée (ALD).

Qui prescrit les TNS ?

La hausse du recours aux substituts nicotiniques s’explique également par une forte augmentation du nombre de prescripteurs de TNS : en 2019, près de 100 000 professionnels de santé différents ont prescrit des TNS à leurs patients, un nombre qui a augmenté de 60 % en 2 ans. Les effectifs de prescripteurs sont en augmentation dans chaque catégorie de professionnels, en particulier chez les non-médecins : les « nouveaux » prescripteurs depuis 2016 (infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, chirurgiens-dentistes), ainsi que les sages-femmes. Ces derniers représentent désormais 12 % des prescripteurs de TNS (contre 8 % en 2018). Les infirmiers deviennent ainsi la catégorie de professionnels la plus prescriptrice de TNS après les médecins généralistes, représentant désormais 5 % des prescripteurs.

Enfin, les médecins généralistes restent les plus gros prescripteurs de TNS (65 % des prescripteurs en 2019 toutes catégories confondues et 62 % au sein de la population de médecins généralistes), illustrant leur rôle central dans la lutte contre le tabagisme. Ils prescrivent en moyenne des TNS à 17 patients par an.

Qui a recours aux TNS et pour quel montant de remboursement ?

Comme les années précédentes, les 26-50 ans représentent la moitié des bénéficiaires, et les 51-65 ans plus d’un tiers. Les jeunes (15-25 ans) représentent 6,5 % des bénéficiaires.

Les hommes et les femmes sont autant bénéficiaires de ces traitements (50,2 % versus 49,8 %). En revanche, les femmes sont majoritaires parmi les bénéficiaires les plus jeunes (58,5 % chez les 15-25 ans), et les hommes légèrement majoritaires parmi les plus âgés (52,7 % chez les plus de 65 ans).

Le montant moyen des remboursements de TNS en 2019 est de 53 € par bénéficiaire. Il augmente avec l’âge, reflétant probablement une durée de traitement plus longue chez les seniors : de 27 € (montant moyen remboursé en 2019 parmi les 15-25 ans) à 69 € (chez les plus de 65 ans).

Consulter la Liste des substituts nicotiniques pris en charge par l'Assurance Maladie (PDF).

(1) Source : Rapport « Améliorer la qualité du système de santé et maîtriser les dépenses – Propositions de l'Assurance Maladie pour 2021 ».
(2) Source : Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 26 mai 2020, n°14 Journée mondiale sans tabac 2020, Santé publique France.

L’impact de l’opération Moi(s) sans tabac sur le recours aux TNS

Le recours aux TNS augmente en particulier lors des 3 derniers mois de l’année, de manière concomitante à l’opération Moi(s) sans tabac qui se déroule chaque année en novembre. Ce phénomène de hausse du recours aux TNS à cette période-là de l’année est observé depuis 2016, année de la première édition de Moi(s) sans tabac, et laisse supposer un effet direct de cette opération sur l’augmentation des tentatives d’arrêt parmi les fumeurs.

 

Les substituts nicotiniques au coeur de la lutte contre le tabac

Qui prescrit des traitements nicotiniques de substitution (TNS) et à combien de patients ?

Au total, 98 061 prescripteurs identifiés en 2019. Ce qui représente une hausse de 21 % par rapport à 2018. En voici le détail :

  • 62 940 médecins généralistes ont prescrit des TNS en 2019, soit une hausse de 8 % par rapport à 2018 ;
  • 3 196 cardiologues ont prescrit des TNS en 2019, soit une hausse de 33 % par rapport à 2018 ;
  • 3 554 psychiatres ont prescrit des TNS en 2019, soit une hausse de 50 % par rapport à 2018 ;
  • 2 337 gynécologues ont prescrit des TNS en 2019, soit une hausse de 11 % par rapport à 2018 ;
  • 1 515 pneumologues ont prescrit des TNS en 2019, soit une hausse de 16 % par rapport à 2018 ;
  • 13 125 médecins exerçant d’autres spécialités ont prescrit des TNS en 2019, soit une hausse de 74 % par rapport à 2018 ;
  • 5 012 infirmiers ont prescrit des TNS en 2019, soit une hausse de 85 % par rapport à 2018 ;
  • 3 529 chirurgiens-dentistes ont prescrit des TNS en 2019, soit une hausse de 68 % par rapport à 2018 ;
  • 1 894 sages-femmes ont prescrit des TNS en 2019, soit une hausse de 56 % par rapport à 2018 ;
  • 959 masseurs-kinésithérapeutes ont prescrit des TNS en 2019, soit une hausse de 118 % par rapport à 2018.

Nombre moyen de patients ayant bénéficié d'une prescription de TNS par catégorie de prescripteur

Un professionnel de santé (toutes catégories confondues) prescrit en moyenne un TNS à 13 patients par an.

  • Un médecin généraliste a vu en moyenne 16,9 patients dans le cadre d’une prescription de TNS en 2019 (contre 11,8 patients en 2018).
  • Un cardiologue a vu en moyenne 5,9 patients dans le cadre d’une prescription de TNS en 2019 (contre 4 patients en 2018).
  • Un psychiatre a vu en moyenne 7 patients dans le cadre d’une prescription de TNS en 2019 (contre 4,2 patients en 2018).
  • Un pneumologue a vu en moyenne 21,4 patients dans le cadre d’une prescription de TNS en 2019 (contre 13,4 patients en 2018).
  • Les médecins exerçant dans d’autres spécialités ont vu en moyenne 4,2 patients dans le cadre d’une prescription de TNS en 2019 (contre 5,4 en 2018).
  • Un infirmier a vu en moyenne 3,6 patients dans le cadre d’une prescription de TNS en 2019 (contre 2,7 patients en 2018).
  • Un chirurgien-dentiste a vu en moyenne 1,5 patients dans le cadre d’une prescription de TNS en 2019 (contre 1,4 patients en 2018).
  • Une sage-femme a vu en moyenne 4,1 patients dans le cadre de la prescription de TNS en 2019 (contre 1,2 patients en 2018).
  • Un masseur-kinésithérapeute a vu en moyenne 16,9 patients dans le cadre de la prescription de TNS en 2019 (contre 11,8 patients en 2018).

Quel est le profil de consommateur de TNS en 2019 ?

Les bénéficiaires de TNS ont en moyenne 46,8 ans. 49 % des bénéficiaires ont entre 26 et 50 ans. 34 % des bénéficiaires ont entre 51 et 65 ans. 7 % des bénéficiaires ont entre 15 et 25 ans. 10 % des bénéficiaires ont 65 ans et plus.

50,2 % des bénéficiaires sont des femmes.

La santé des consommateurs de TNS

Les consommateurs de TNS sont globalement en moins bonne santé que la population générale : plus de 50 % des consommateurs de TNS ont au moins 1 maladie contre un tiers de la population générale.

Certains groupes de pathologies (ou de traitements) surreprésentés chez les consommateurs de TNS :

  • 29 % sont sous traitements psychotropes, sans pathologie psychiatriques (contre 11,4 % de la population générale) ;
  • 25 % reçoivent un traitement du risque vasculaire (contre 20,5 % de la population générale) ;
  • 14,5 % souffrent d’une maladie psychiatrique (contre 4,0 % de la population générale) ;
  • 13,6 % souffrent de maladies respiratoires chroniques (contre 5,6 % de la population générale) ;
  • 10,5 % souffrent de maladies cardio-neuro-vasculaires (contre 7,2 % de la population générale).

La consommation de tabac baisse d’année en année

La population fume moins, mais des inégalités persistent :

  • baisse de la prévalence du tabagisme entre 2014 et 2019 : passant de 34,3 % en 2014 à 30,4 % en 2019 de fumeurs chez les 18-75 ans ;
  • Des inégalités sociales marquées :
    • - 42 % des personnes au chômage fument contre 25 % des actifs ;
    • - 30 % des personnes aux revenus les plus bas fument, contre 18 % des personnes aux revenus les plus hauts.

Le recours aux TNS explose en 2019 :

  • 1,05 millions d’assurés ont été sous traitement nicotinique de substitution (soit + de 52 % par rapport à 2018) ;
  • le nombre d’assurés qui prend un TNS a été multiplié par 5,6 en 5 ans ;
  • 4,2 boîtes de TNS remboursées par an par personne bénéficiaire (contre 2,5 boîtes en 2018).

Sources : Rapport « Améliorer la qualité du système de santé et maîtriser les dépenses - Propositions de l'Assurance Maladie pour 2021 » ; Baromètre santé 2019 de Santé publique France.