Consommation d’antibiotiques et antibiorésistance : quel est l’impact de la pandémie de Covid-19 ?

18 novembre 2021

À l’occasion de la journée européenne d’information sur les antibiotiques du 18 novembre, les acteurs engagés dans l’antibiorésistance publient un état des lieux de la consommation des antibiotiques et de la résistance bactérienne en 2020, dans le contexte de la pandémie de Covid-19.

En France, le confinement, les gestes barrières et les mesures sanitaires ont modifié les comportements, avec pour conséquences :

  • un effet bénéfique sur d’autres infections,
  • une diminution des consultations médicales et des prescriptions d’antibiotiques.

La France reste cependant l’un des pays européens les plus consommateurs d’antibiotiques, au 4ème rang européen. La diminution de leur consommation demeure ainsi un enjeu prioritaire.

Consommation d’antibiotiques en ville : une diminution d’une ampleur jamais observée

Le suivi annuel mis en place par Santé publique France montre une baisse très importante des prescriptions et de la consommation d’antibiotiques en secteur de ville où sont délivrés 92 % des antibiotiques. En 2020, 44,4 millions de prescriptions ont été dispensées en ville, soit une chute de 18 % par rapport à 2019 avec 9,7 millions de prescription en moins. En quantité, cette diminution correspond à une baisse de 17 % des doses définies journalières (DDJ) par rapport à 2019 et concerne toutes les classes d’âge quel que soit le sexe. Elle est toutefois plus marquée chez les enfants de moins de 4 ans et l’est moins chez les personnes âgées de plus de 64 ans.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer l’importante baisse de la consommation d’antibiotiques en 2020, et notamment pendant les confinements :

  • les comportements individuels ont évolué lors de la pandémie : les mesures d’hygiène prévenant la transmission des infections ont ainsi été renforcées ;
  • les pathologies infectieuses hivernales courantes (grippe, gastro-entérites, etc.) se sont faiblement diffusées ;
  • le recul de l’activité de la plupart des professions de santé en ville a restreint le nombre de consultations médicales, ainsi que les prescriptions.

Évolution particulière de l’antibiorésistance en établissement de santé

En établissement de santé, la consommation d’antibiotiques pour 1 000 journées d’hospitalisation augmente de 2,1 % en 2020, passant de 300 à 306 DDJ/1 000 JH dans un contexte de diminution d’activité des établissements de santé de 8 % du fait de la crise sanitaire. L’augmentation de la consommation de certaines familles de molécules - telles que les macrolides (+35%) ou les carbapénèmes (+17%) - pourrait être en lien avec la prise en charge de patients Covid-19.

De même, dans les établissements d’hébergement pour personnes handicapées dépendantes (Ehpad) rattachés à un établissement de santé, l’augmentation de la consommation de certaines familles de molécules, alors que la consommation globale a diminué en 2020, pourrait être expliquée par la prise en charge médicale de patients Covid-19.

L’évolution de la résistance des bactéries aux antibiotiques est plus contrastée avec une stabilisation du nombre de cas de staphylocoque doré résistant à la méticilline (SARM) (de 18 en 2019 à 17 cas pour 100 000 journées d’hospitalisation en 2020) et une augmentation du nombre de cas d’entérobactéries productrices de béta-lactamases à spectre élargi (BLSE) (55 pour 100 000 journées d’hospitalisation en 2019 contre 58 en 2020) ou de carbapénémases (1,1 cas en 2019 et 1,3 cas en 2020 pour 100 000 journées d’hospitalisation).

Enfin, la diminution du nombre de signalements externes d’infections associées aux soins impliquant une bactérie hautement résistante aux antibiotiques émergente (BHRe) pourrait être en lien avec une baisse des dépistages, faisant craindre une diffusion à bas bruit de ces bactéries.

La pandémie de Covid-19 a finalement permis de souligner l’impact de l’évolution des comportements sur certains indicateurs de l’antibiorésistance. Les gestes barrières et les bonnes pratiques en matière d’hygiène peuvent ainsi, en concourant à limiter la diffusion des infections, contribuer à maîtriser l’antibiorésistance. Cet équilibre sera scruté lors des prochaines observations afin d’étudier son évolution.