Paracétamol : sécurisation de la dispensation

Le paracétamol est bien toléré à condition de respecter les règles de contre-indications et les précautions d’emploi. En effet, il peut exposer à des atteintes hépatiques rares mais graves en cas de surdose.

Le paracétamol est une molécule aux propriétés analgésiques et antipyrétiques. Il est utilisé en première intention pour le traitement des douleurs d’intensité légère à modérée et/ou pour les états fébriles (palier I de l’échelle de la douleur de l’Organisation mondiale de la santé), quand une action anti-inflammatoire n’est pas nécessaire.

Cet antalgique représente la première cause de greffe hépatique d’origine médicamenteuse. Selon une étude publiée en 2018 (1), il apparaît que les patients greffés ignoraient le risque hépatique lié à une surdose de paracétamol.

Lors de la dispensation

L’usage du paracétamol est souvent banalisé mais des messages d’alerte sur la toxicité du paracétamol pour le foie en cas de surdose figurent désormais sur les boîtes.

La délivrance derrière le comptoir permet de renforcer le bon usage du paracétamol par le conseil officinal. Ainsi vous pouvez :

  • rappeler au patient la posologie maximale ;
  • vérifier la présence de paracétamol dans les autres traitements (qui doit être prise en compte pour le calcul de la dose maximale) : de nombreuses spécialités contiennent du paracétamol associé à de la codéine, du tramadol ou de l'opium. Il peut également être associé à un antihistaminique, à un vasoconstricteur, ou encore à de la caféine, de l’acide ascorbique, de la phytothérapie ;
  • interroger le patient pour connaître ses habitudes d’automédication ;
  • vous assurez que le patient ne stocke pas inutilement des médicaments à base de paracétamol.

L’objectif est d’éviter le surdosage avec des doses cumulatives de paracétamol.

Lors de la dispensation, il est utile de rappeler que :

  • la prise de paracétamol doit être limitée à la plus petite dose possible et pour une durée la plus courte possible, particulièrement en cas d’automédication ou lorsque le médecin a renouvelé de façon répétée la prescription de paracétamol, notamment chez les sujets âgés ;
  • le paracétamol n’est pas indiqué :
    • en cas de consommation excessive d’alcool,
    • pour prévenir les douleurs musculaires (prise de paracétamol avant et après un effort sportif),
    • pour faciliter le sommeil (sauf si le problème d’insomnie est lié à un problème de douleur).

En l’absence d’ordonnance : quelques conseils

Dans ce cas, il se peut que vous soyez le seul professionnel de santé en mesure de conseiller le patient. Voici quelques informations pour vous aider.

Dose, durée et intervalle

  • Dose :
    • dose maximale par jour : 3 g ;
    • dose initiale : 500 mg ;
    • dose maximale par prise : 1 g ;
  • Intervalle minimal entre 2 prises : 4 à 6 heures  (8 heures en cas d’insuffisance rénale sévère) ;
  • Durée de traitement limitée à :
    • 5 jours en cas de douleur ;
    • 3 jours en cas de fièvre.

Si les douleurs persistent plus de 5 jours ou la fièvre plus de 3 jours, ou en cas d’aggravation ou de nouveaux symptômes, il est nécessaire de consulter un médecin.

Adaptation des posologies

Le pharmacien doit alerter et sensibiliser les patients qui sont dans les situations suivantes et pour lesquels des posologies plus réduites sont recommandées :

  • patients de moins de 50 kg ;
  • en insuffisance hépatique légère à modérée ;
  • en insuffisance rénale sévère ;
  • personnes alcooliques chroniques ou en sevrage alcoolique récent ;
  • personnes allergiques à l‘aspirine et/ou aux AINS.

Les symptômes d’un surdosage

Lorsque le surdosage est très important, les symptômes se manifestent en 4 stades :

  • vomissements ;
  • nausées, vomissements et douleurs abdominales ;
  • jaunisse et hémorragie (parfois les reins ne fonctionnent plus et le pancréas est enflammé) ;
  • insuffisance potentiellement mortelle du foie et souvent d’autres organes (2).

L’Assurance Maladie vous accompagne : les outils à votre disposition

La mise en œuvre de la dispensation adaptée aux besoins thérapeutiques du patient (avenant 20 à la convention nationale des pharmaciens) via un code traceur « DAD » est particulièrement pertinente pour le paracétamol. En savoir plus sur la dispensation adaptée.

L’alimentation du dossier pharmaceutique (DP) est importante pour s’assurer de la bonne observance des traitements prescrits et éviter tout risque de mésusage.

Pour aider les pharmaciens à sécuriser la délivrance du paracétamol et sensibiliser les collaborateurs de leur officine à cet enjeu de santé publique, deux outils pratiques à imprimer et à utiliser au comptoir leur sont proposés :

(1) Lignot-Maleyran S et coll. "Drug exposure and risk of acute liver failure leading to registration for liver transplantation (ALFT) : results of the SALT-III study in adults in France" - 39e journées de pharmacovigilance, Toulouse : 12-14 juin 2018. Fundam Clin Pharmacol 2018 ; 32 (suppl 1) : 78 (abstract PS2-007 : version complète).

(2) Association américaine des centres antipoison : 1-800-222-1222 - Le Manuel MSD.

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