« Notre CPTS est née d’un besoin de se parler entre professionnels de santé »

18 juillet 2019

Un accord conventionnel interprofessionnel (ACI) en faveur de l’exercice coordonné et du déploiement des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) a été signé entre les partenaires conventionnels (1) et l’Assurance Maladie le 20 juin 2019. L’exercice coordonné continue de se généraliser afin de devenir le cadre de référence pour l’ensemble des professionnels de santé de ville à l’horizon 2022, conformément aux termes de l’accord cadre interprofessionnel (Acip) signé le 10 octobre 2018. Les CPTS en constituent un outil structurant : elles permettent aux acteurs de santé de s’organiser eux-mêmes afin de proposer une offre de soins adaptée aux besoins de la population de leur territoire.

Pour Sophie Sergent, pharmacienne d’officine à Liévin (62) et présidente de la CPTS Liévin-Pays d'Artois, ce type d’organisation territoriale est une réponse aux fortes tensions qui s’exercent sur le système de santé actuel. La présidente de la commission Pharmacie clinique et exercice coordonné au bureau national de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) revient sur la genèse de la CPTS Liévin-Pays d'Artois, dont elle fut l’une des initiatrices, et dresse un état des lieux de ses différents projets et missions.

Comment et avec qui s’est construit votre projet ?

Sophie Sergent. En 2016, nous avons commencé par des réunions entre pharmaciens, notamment sur le sujet alors d’actualité des perfusions à domicile. Nous avons invité un médecin chef des urgences, qui nous a conseillé d’ouvrir ces échanges à d’autres professionnels de santé. Puis, ce fut le lancement d’un comité ville-hôpital sur l’amélioration des pratiques, notamment autour des ordonnances. La loi de modernisation du système de santé de 2016 m’a confortée dans le choix d’établir une structure pluridisciplinaire. Il a fallu convaincre différents professionnels de santé, qui devaient eux-mêmes convaincre leurs confrères. En 18 mois nous avons créé la CPTS, fait valider son projet de santé et fait homologuer l’association par l’ARS. En fin d’année dernière, la CPTS de Liévin-Pays d'Artois couvrait 12 villes, environ 115 000 habitants et comptait 53 professionnels de santé, issus de professions différentes : médecin, pharmacien, psychologue, masseur-kinésithérapeute, gastro-entérologue, gynécologue, infirmier, directeur d’établissement, etc. Une seconde CPTS pour couvrir l’autre partie du bassin de vie est aussi en cours de création.

À quels besoins répond la communauté professionnelle territoriale de santé ?

Sophie Sergent. Selon moi, le besoin était de se parler entre professionnels de santé, de comprendre les spécificités de chacun, de mettre aussi un visage sur un prescripteur après avoir lu ses ordonnances. Le dialogue évite les conflits et l’isolement. La CPTS est une réponse à ce besoin car c’est un outil de coordination au niveau d’un territoire et non pas un regroupement physique. Elle fait intervenir trois acteurs principaux : l’hôpital, le médico-social, trop souvent oublié selon moi, et le monde des professionnels de santé de la ville. Ce trépied permet de fluidifier le parcours du patient et de travailler ensemble. Il crée également une synergie pluridisciplinaire, un melting-pot. Le bénéfice est double : il y a une meilleure prise en charge du patient et une meilleure pratique et coordination pour les professionnels de santé.

La communauté d’agglomération Lens-Liévin a proposé à la CPTS de participer au contrat local de santé (2) : il s’agit d’une belle reconnaissance qui légitime pleinement cette structure.

Concrètement, quelles sont les actions menées par votre CPTS ?

Sophie Sergent. Deux grandes journées sont prévues chaque année. La première est sur le thème récurrent du bien vieillir : en effet, le projet majeur de la CPTS concerne la prévention des risques de fragilité chez la personne âgée. La deuxième action, dont le thème varie, portera en 2020 sur les maladies inflammatoires chroniques (rhumatismes, psoriasis, etc.). Nous espérons collecter des données sur ces maladies inflammatoires pour lancer une étude sur le sujet, particulièrement prégnant dans les Hauts-de-France. Selon moi, la prévention, autour de la vaccination ou de l’obésité par exemple, fonctionnera bien dans le cadre d’une CPTS car le message est porté par plusieurs acteurs de la santé auprès des patients.

L’accord conventionnel interprofessionnel prévoit une mission prioritaire sur l’accès aux soins et l’amélioration des parcours : nous avons commencé à travailler sur l’accès à un médecin traitant. Grâce à notre comité ville-hôpital, nous travaillons aussi sur la dynamique du territoire par la formation in situ des médecins maitres de stage et l’amélioration des pratiques professionnelles. Autre mission : nous démarrons les téléconsultations avec les établissements médico-sociaux et les cliniques de proximité, pour éviter les déplacements inutiles des personnes âgées.

La signature de l’ACI fin juin va nous permettre notamment de développer de nouveaux projets et outils, grâce aux financements prévus dans cet accord.

 

(1) Médecins, chirurgiens-dentistes, sages-femmes, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, orthophonistes, orthoptistes, pédicures-podologues, transporteurs, centres de santé, biologistes, pharmaciens, audioprothésistes, opticiens et fournisseurs d’appareillage.

(2) Le contrat local de santé est un outil porté conjointement par l’ARS et une collectivité territoriale pour réduire les inégalités territoriales et sociales de santé. Il est l'expression des dynamiques locales partagées entre acteurs et partenaires sur le terrain pour mettre en œuvre des actions, au plus près des populations.