« Le dispositif CPTS prépare l’avenir de notre offre de santé sur le territoire »

Dr Guillaume Racle, pharmacien dans les Hauts-de-France a été l’une des chevilles ouvrières dans la création de la communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) Nord-Aisne qui a obtenu son conventionnement en décembre dernier. Il revient notamment sur les bénéfices tirés d’un atelier animé par « l’accélérateur CPTS » de l’Assurance Maladie, auquel il a participé en octobre 2021. Entretien.

Où en est votre CPTS aujourd’hui ?

Conventionnée mi-décembre 2021, la CPTS Nord-Aisne a lancé sa première action début février 2022. C’est un début d’année chargé avec le Covid-19 : une des premières actions a d’ailleurs été d’organiser une réunion interprofessionnelle sur les modalités de repérage, de prescription et de dispensation de la nouvelle molécule disponible en ville, le Paxlovid®.
L’initiative - qui a attiré beaucoup de médecins, de pharmaciens et d’infirmiers -, a eu un effet immédiat : 2 jours après cette réunion, un premier patient recevait la thérapie sur le territoire de la CPTS ! Le concret : voilà ce qui intéresse les professionnels de santé, notamment ceux qui n’avaient pas adhéré en amont, à l’étape du projet de santé de la CPTS, parfois jugée trop théorique. Là, c’est tangible, les initiatives fédèrent.
On est aussi en train de recruter un coordinateur pour la CPTS (1), et on a engagé une phase de communication et de pédagogie vers les professionnels et les patients du territoire, notamment sur les réseaux sociaux pour la faire connaître.

Vous avez bénéficié d’un atelier animé par l’accélérateur CPTS en octobre 2021, comment l’avez-vous vécu ?

D’abord il faut dire que c’est compliqué quand on est porteur d’un projet de CPTS, de comprendre la démarche dans sa globalité. On y allait un peu à l’instinct, d’autant que le conventionnement d’une CPTS était aussi un exercice nouveau pour notre référent CPAM « organisations coordonnées ».
Avec l’atelier d’accélération, j’ai trouvé que l’Assurance Maladie avait fait preuve d’une grande agilité. Les facilitateurs, qui animaient l’atelier, ont su adapter en direct leurs interventions à nos besoins. Ils n’ont pas déroulé une méthodologie préfabriquée, ce que l’on a beaucoup apprécié. En un temps restreint, l’atelier d’accélération a été efficace pour fixer les prochains jalons et étapes jusqu’à la signature de l’accord conventionnel interprofessionnel (ACI).

Même si beaucoup reste à faire, des initiatives comme l’accélérateur CPTS donnent une autre image de l’administration auprès des professionnels de santé. Je trouve ce rôle d’accompagnant, côte à côte plutôt que face à face, extrêmement intéressant. Maintenant, j’ai mon référent « organisations coordonnées » au téléphone toutes les 2 semaines.

L’atelier a-t-il tenu sa promesse d’ « accélérer » votre projet ?

On avait atteint nos limites de soignants face à un processus administratif, et on avait besoin d’un appui méthodologique pour finaliser l’étape des indicateurs. L’atelier a permis de débloquer la situation à la fois pour nous, professionnels de santé mais aussi pour nos référents qui n’avaient pas encore d’expérience dans ce domaine.
Après l’atelier, on est allé très rapidement et efficacement vers la signature, dans des délais succincts, ce qui est excellent. Mais c’était aussi nécessaire, car dans les 18 mois qui se sont écoulés entre le dépôt de notre lettre d’intention et l’ACI, il y a eu beaucoup de temps de latence et d’étapes administratives, pendant lesquelles on n’était pas dans l’action, et où on risquait de perdre les professionnels engagés à nos côtés. Accélérer, c’est aussi garder tout le monde motivé !

Quels sont les enjeux de votre CPTS pour l’avenir ?

Il y en a 3. D’abord, fédérer les professionnels de santé autour du projet. On est une petite CPTS à taille humaine (taille 1), où tous les acteurs se connaissent. 80 % d’entre eux adhèrent, en particulier les jeunes (étudiants et jeunes diplômés). Une jeune interne me disait récemment que ce type d’initiative lui donne envie de rester sur notre territoire, dont elle n’est pourtant pas originaire. Je crois donc que ce type d’investissement prépare l’avenir pour maintenir et améliorer notre offre de santé actuellement en tension. Et puis, fédérer, ça veut aussi dire aller chercher les élus locaux, la puissance publique, et les patients, tout notre écosystème.
Ensuite, l’administration de la structure. C’est un point souvent sous-estimé et pourtant majeur. Les professionnels de santé n’ont pas forcément d’expérience associative. On a choisi d’être accompagné par un coordinateur, en cours de recrutement, qui sera épaulé par une structure privée à mission d’intérêt général, avec une forte expertise. Cet appuis va nous sécuriser, et nous permettre de revenir à notre cœur de métier : la coordination, pas administrative, mais au sens du patient.

Enfin, on va se consacrer à la mise en place de nos actions, qui nécessiteront elles aussi parfois une haute technicité scientifique et médicale. La question se pose des ressources internes, et si là aussi, on fait appel à une structure externe pour nous accompagner.
La CPTS sera une de nos priorités sur les prochaines années. L’hyperactivité générée par la pandémie a été éprouvante pour les professionnels de santé, elle en a découragé plus d’un, jusqu’à nous faire parfois perdre le sens de notre métier. L’exercice coordonné, discuter entre nous, avoir de la visibilité, a permis d’éviter que certains ne cèdent à l’envie de tout arrêter. C’est une priorité, aussi, pour maintenir l’existant.

Recommanderiez-vous l’accélérateur à d’autres porteurs de CPTS ?

Clairement oui, et même en amont de la co-construction des indicateurs. On aurait gagné du temps sur certains points à le faire plus tôt, notamment sur la méthode de rédaction des fiches action, où il n’est pas toujours facile de s’y retrouver entre objectifs, missions, actions…

 

(1) Un coordinateur de CPTS occupe une fonction de gestion de projet, pour décharger les professionnels de cet aspect et remplir notamment les tâches administratives et de coordination, de développement de partenariats et de communication. Tout savoir sur le rôle d’un coordinateur de CPTS.

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