Le saturnisme : prévenir, repérer et agir

20 mars 2017
L’intoxication par le plomb a des conséquences graves sur le développement psychomoteur de l’enfant. Il est donc indispensable de la repérer et de la prendre en charge le plus tôt possible.

Le saturnisme : un risque encore présent pour les enfants et les femmes enceintes

Les enfants en bas âge sont une cible particulière du saturnisme parce qu'ils ingèrent plus facilement du plomb en portant leur main à la bouche, que leur coefficient d'absorption digestive est élevé et que leur système nerveux est encore en développement.

L'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) estimait, en 1999, à 84 000 le nombre d'enfants de 1 à 6 ans ayant une plombémie supérieure ou égale à 100 µg/L.

Le saturnisme touche également les femmes enceintes et peut conduire à une intoxication de l'enfant qu'elles portent.

Pour inciter au dépistage de l'intoxication par le plomb chez l'enfant de 0 à 18 ans et chez la femme enceinte, l'Assurance Maladie rembourse à 100 % les consultations pour le dépistage et le suivi du saturnisme ainsi que les plombémies de dépistage et de suivi.

Par ailleurs, un guide de recommandations L’intoxication par le plomb chez l'enfant et la femme enceinte - 2006 (PDF, 556.01 Ko) est publié par la Direction générale de la santé

Les effets du plomb sur la santé de l'enfant varient en fonction de l'importance de l'intoxication.

Aux faibles niveaux d'intoxication, l'effet le plus préoccupant du saturnisme est la diminution des performances cognitives et sensorimotrices.

Pour en savoir plus, consultez le schéma page 4 du guide L'intoxication par le plomb chez l'enfant et la femme enceinte - 2006 (PDF, 556.01 Ko).

Pendant la grossesse, le plomb est foetotoxique. Certaines études montrent des risques élevés :

  • de retard de croissance intra utérin ;
  • d'accouchement prématuré ;
  • d'avortement ;
  • de retard cognitif dès la petite enfance.

La principale source de contamination par le plomb est la peinture des habitations anciennes. Le plomb des peintures peut être absorbé sous forme de poussières ou d'écailles par les jeunes enfants lorsque les peintures sont dégradées ou lorsque des travaux sont entrepris sans précaution.

Certaines autres sources peuvent également conduire à une intoxication par le plomb (site industriel émetteur de plomb ou pollué par le plomb, canalisations, activités de loisirs exposant au plomb...).

Pour en savoir plus, reportez-vous aux tableaux pages 5 et 6 du guide L'intoxication par le plomb chez l'enfant et la femme enceinte - 2006 (PDF, 556.01 Ko).

Sources :

  • Conférence de consensus Haute Autorité de santé « Intoxication par le plomb de l'enfant et de la femme enceinte - prévention et prise en charge médico-sociale » (5 et 6 novembre 2003 - Lille).
  • Recommandations Haute Autorité de santé « Dépistage individuel enfants 28 jours-6 ans » (2005).

Quand et comment dépister le saturnisme ?

En tant que médecin, vous connaissez bien vos patients, leurs conditions de vie et vous disposez d'une vision globale de leur état de santé. Vous êtes le mieux placé pour repérer ceux qui présentent un risque de saturnisme et leur proposer un dépistage.

Le dosage de la plombémie peut permettre le diagnostic du saturnisme.

Quand prescrire une plombémie chez un enfant ou une femme enceinte ?

Les recommandations suivantes sont issues du guide pratique, publié en 2006 par le Ministère de la santé, L'intoxication par le plomb de l'enfant et de la femme enceinte (PDF, 556.01 Ko).

Les bilans des 9ème et 24ème mois chez l'enfant et la visite du 4ème mois chez les femmes enceintes sont de bonnes opportunités pour :

  • identifier des facteurs de risque ;
  • diffuser les messages de prévention ;
  • en cas de besoin, prescrire une plombémie.

Une attention particulière doit être portée aux enfants arrivés récemment en France et pouvant avoir été exposés au plomb dans leur pays d'origine.

Il est recommandé de prescrire une plombémie chez l'enfant dans les situations suivantes :

  • quand vous repérez que l'enfant est exposé à certains facteurs de risque ;
  • devant des signes cliniques non spécifiques :
    • anémie résistante au traitement martial ;
    • troubles digestifs : douleurs abdominales, constipation, anorexie ;
    • troubles neurologiques : troubles du comportement, hyperactivité, troubles de l'humeur, troubles de la motricité fine, difficultés d'apprentissage, céphalées, convulsions sévères inexpliquées avec signe d'hypertension intracrânienne.

Dans ces situations, il vous faut rechercher les facteurs de risques d'exposition.

Sources :

  • Conférence de consensus Haute Autorité de santé « Intoxication par le plomb de l'enfant et de la femme enceinte - prévention et prise en charge médico-sociale » (5 et 6 novembre 2003 - Lille).
  • Recommandations Haute Autorité de santé « Dépistage individuel enfants 28 jours-6 ans » (2005).

Vos formalités en pratique

Prescrire une plombémie : les formalités pratiques

L'Assurance Maladie prend en charge le ticket modérateur des consultations au cours desquelles le dépistage a été prescrit et les consultations de suivi du saturnisme pour les enfants de 0 à 18 ans et les femmes enceintes ainsi que les plombémies de dépistage et de suivi.

Pour que votre patient soit remboursé à 100 % de la consultation et de la plombémie, il convient de respecter les indications suivantes :

  • pour l'instant, vous ne pouvez pas faire de feuille de soins électronique. Donc, lorsque vous prescrivez une plombémie, indiquez manuellement, en toutes lettres, sur la prescription et la feuille de soins : « Dépistage du saturnisme » ;
  • en revanche, pour vos patients qui bénéficient déjà d'une exonération du ticket modérateur au titre de l'assurance maternité, de la CMU complémentaire ou de l'aide médicale de l'État, procédez à la liquidation dans les conditions habituelles.

Complétez la fiche de surveillance

Le saturnisme est une maladie à déclaration obligatoire. Vous pouvez consulter sur le site de l'Institut de veille sanitaire (InVS) la procédure à suivre et télécharger la fiche de surveillance (formulaire Cerfa n°12 378*01).

La fiche de surveillance a un double objectif :

  • recenser l'ensemble des résultats de plombémies au niveau national ;
  • permettre le déclenchement, par le médecin inspecteur de santé publique de la délégation territoriale de l'agence régionale de santé (DTARS), d'une enquête environnementale dont l'objectif est d'identifier l'origine de l'intoxication et de prendre des mesures pour soustraire l'enfant à la source de plomb.

La prévention du saturnisme est le fruit d'un travail coordonné entre les professionnels des secteurs sanitaires et sociaux.

Quelle prise en charge médicale de la plombémie ?

Les modalités de suivi de la plombémie vont dépendre des concentrations sanguines de plomb.

Retrouvez les recommandations d'experts dans le guide L'intoxication par le plomb de l'enfant et de la femme enceinte (PDF, 556.01 Ko) :

  • p.14 et p.15 : les modalités de suivi de la plombémie pour l'enfant ;
  • p. 24 et p.25 : la prise en charge médicale pour la femme enceinte.

Quels conseils donner à vos patients ?

Si votre patient habite avec de jeunes enfants dans un logement ancien, il y a quelques gestes de prévention à respecter au quotidien.

Quelques gestes simples à mettre en œuvre au quotidien dans le logement :

  • lutter contre l'humidité en aérant quotidiennement le logement ;
  • éviter de poser de la moquette dans les pièces où l'enfant joue pour éviter l'accumulation de poussières ;
  • nettoyer régulièrement le sol avec une serpillière humide ;
  • surveiller l'état des peintures et effectuer les menues réparations qui s'imposent ;
  • en cas de travaux: se protéger des poussières et des écailles de peintures.

Quelques précautions à prendre vis-à-vis de l'enfant :

  • lui laver les mains le plus souvent possible et particulièrement avant les repas ;
  • lui couper les ongles courts ;
  • laver fréquemment ses jouets ;
  • veiller à son équilibre alimentaire : l'intoxication par le plomb est aggravée par le manque de fer et de calcium ;
  • l'éloigner le plus souvent possible des sources d'intoxication (favoriser les promenades, la restauration scolaire, etc.).

Sources :

  • Conférence de consensus Haute Autorité de santé « Intoxication par le plomb de l'enfant et de la femme enceinte - prévention et prise en charge médico-sociale » (5 et 6 novembre 2003 - Lille).
  • Recommandations Haute Autorité de santé « Dépistage individuel enfants 28 jours-6 ans » (2005).