État dépressif caractérisé (EDC) du sujet âgé

Chez le sujet âgé les intrications sont fortes entre troubles somatiques et psychiques, d’autre part la polypathologie est fréquente.

Une prise en charge globale et pluridisciplinaire est donc indispensable :

  • évaluation gériatrique ;
  • recherche d’affection organique sous-jacente ;
  • recherche de troubles neurocognitifs associés, d’addictions, d’iatrogénie.

Voici quelques éléments pour vous accompagner dans la prise en charge de vos patients.

Diagnostic et outils

Pour vous aider dans la prise en charge de vos patients, consultez l'article « Prise en charge de l’épisode dépressif caractérisé (EDC) chez le sujet âgé de 65 à 75 ans ».

Le risque suicidaire est très élevé pour cette tranche d’âge, il faut l’évaluer avec des questions du type :

  • Pensez-vous au suicide ?
  • Avez-vous pensé à des moyens pour le faire ?
  • Avez-vous pensé à quel moment le faire ?

Le risque suicidaire doit être évalué via les 3 axes suivants : Risques - Urgence - Dangerosité (RUD)

Grille d'évaluation du risque suicidaire
Facteurs de risque Individuels/
personnels
les antécédents suicidaires personnels et familiaux
santé mentale : diagnostic de trouble mental (troubles affectifs, troubles de la personnalité, psychose), abus ou dépendance à l’alcool ou aux drogues
difficultés dans le développement : difficultés personnelles et sociales au cours de l’enfance et de l’adolescence
estime de soi : faible ou fortement ébranlée
tempérament et style cognitif : présence de comportements agressifs, impulsivité, rigidité de la pensée, difficultés à résoudre un problème et trouver des solutions
santé physique : problèmes de santé physique qui affectent la qualité de vie
familiaux : antécédents de violence ou abus subis (physique ou sexuel), pertes et abandons précoces, négligence des parents, toxicomanie et alcoolisme des parents, antécédents suicidaires dans la famille, santé mentale des parents
Événements de vie : élément déclencheur : l’élément récent qui amène la personne en état de crise situation économique : pauvreté économique
isolement social : le réseau social est inexistant ou pauvre
séparation ou perte récente qui affecte encore le patient
difficultés dans le développement : difficultés scolaires ou professionnelles, placement durant l’enfance/adolescence
contagion suite à un suicide : la personne est affectée par un suicide récent
difficultés avec la loi (infractions, délits)
pertes, échecs ou événements humiliants
Urgence   passage à l’acte imminent et planifié : dans les heures ou jours qui viennent : a pris des dispositions en vue d'un passage à l'acte, a communiqué intention à un tiers 
scénario élaboré (comment, où)
n'envisage pas d'alternative au suicide
Danger   accessibilité du moyen létal envisagé
létalité élevé du moyen envisagé

Des questionnaires existent pour aider au repérage de la dépression tels que le Geriatric Depression Scale (GDS) ou mini GDS, en cas de troubles cognitifs associés il s'agit du Cornell Scale for Depression in Dementia (CSDD).

Il existe également des questionnaires permettant de rechercher des troubles neurocognitifs associés tel que le General Practitioner-Cognition (GP-Cog) et d’apprécier l’autonomie fonctionnelle (échelles IADL et ADL).

Diagnostics différentiels non psychiatriques de l’épisode dépressif caractérisé :

  • l’usage, l’abus, la dépendance, le sevrage de certains médicaments, ainsi que la polymédication chez le sujet âgé ;
  • l’usage, l’abus, la dépendance, le sevrage de substances psychoactives (incluant le sevrage du tabac) ;
  • d’autres maladies somatiques, notamment : hypothyroïdie, maladies neurodégénératives (Parkinson, encéphalopathie hypertensive par exemple).

Personnes âgées : tableau synthétique de l’approche thérapeutique en santé mentale 

Télécharger ce tableau sous format PDF facilement imprimable en haute définition.

Hygiène de vie

Les mesures hygiéno-diététiques suivantes à conseiller à vos patients sont :

Accompagnement psychologique

La psychothérapie est le traitement de référence de 1re intention en l’absence de signe de gravité.

Les psychothérapies (individuelles, familiales ou de groupe) les plus usuelles et ayant fait leur preuve d’efficacité sont :

  • la thérapie de soutien ;
  • les psychothérapies structurées :
    • les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) ;
    • les psychothérapies psychodynamiques ou d’inspiration analytique ;
    • les thérapies systémiques ou familiales ;
    • les thérapies interpersonnelles (TIP).

Le choix entre ces différentes thérapies est fait selon les symptômes et les préférences du patient.

La thérapie de soutien

Il s'agit d'une thérapie non codifiée dans sa technique, car non directive. Elle est basée sur l'empathie, la confiance, le soutien. Elle comprend une dimension de conseil, d'information et d'explications, permettant une compréhension partagée de la problématique du patient.

Une écoute active facilitant l'expression du patient peut en faire un outil thérapeutique à part entière vers un changement comportemental, affectif ou émotionnel.

Elle peut être réalisée par un médecin généraliste formé ou un psychiatre ou un psychologue clinicien, ou un psychothérapeute.

Le dispositif Mon soutien psy, les séances d’accompagnement psychologique

Depuis avril 2022, les patients en souffrance psychique d’intensité légère à modérée peuvent bénéficier du dispositif Mon soutien psy : il s'agit de séances avec un psychologue conventionné, remboursées par l’Assurance Maladie, dans le cadre d’un parcours de soins sur adressage d’un médecin.

En fonction de la sévérité du tableau présenté par le patient et en accord avec lui, vous pouvez lui proposer de suivre des séances d’accompagnement psychologique (8 au maximum) avec un psychologue conventionné.

Consulter la liste des psychologues conventionnés.
Télécharger le courrier d’adressage
(.doc).
Pour en savoir plus lire l’article « Accompagnement avec un psychologue conventionné ».

Le recours à des psychologues peut également se faire :

Il peut aussi exister des professionnels et des offres de soins près du domicile de votre patient, voir la rubrique « Près de chez vous » (en cours de construction) en bas de cet article.  

Recours au psychiatre

Le recours au psychiatre peut devenir nécessaire en cas d’évolution péjorative ou en l’absence d’amélioration;

En libéral : consulter la liste des professionnels et des offres de soins proche du lieu de domicile de vos patients (lire le dernier paragraphe de l’article « Près de chez vous »).
Il existe aussi l’annuaire du site sante.fr qui permet de rechercher un psychiatre près du lieu de domicile du patient. Autre ressource possible à fournir à vos patients : la liste des centres médico-psychologiques (CMP).

Il peut aussi exister des professionnels et des offres de soins près du domicile de votre patient, voir la rubrique « Près de chez vous » (en cours de construction) en bas de cet article. 

Traitement médicamenteux

Il convient d’avoir une vigilance accrue du fait des comorbidités fréquentes, du risque d’interactions médicamenteuses et d’effets secondaires. Il faut systématiquement penser iatrogénie vis-à-vis des molécules à effet anticholinergiques : risque de chute, d’épisode de confusion.

Un traitement par antidépresseur doit être envisagé si épisode dépressif modéré à sévère pour une durée minimale de 12 mois après amélioration (la réponse aux antidépresseur est plus lente) et le traitement doit être instauré de manière progressive.

Lire l’article « Prise en charge de l’épisode dépressif caractérisé (EDC) chez le sujet âgé de 65 à 75 ans ».

Si besoin, les hypnotiques et anxiolytiques peuvent être d’une aide temporaire en respectant les durées maximales de prescription, préférer les molécules à demi-vie courte.

Lire l’article sur les benzodiazépines.

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