Dépression post-partum

10 à 20 % des mères sont touchées par une dépression post-partum dans les semaines qui suivent l’accouchement. Elle apparaît après le 6e jour et pour être considérée comme liée au post-partum, elle doit se manifester avant la 6e semaine du post-partum.

Voici quelques éléments pour vous accompagner dans la prise en charge de vos patientes.

Diagnostic et outils

Ce trouble associe une tristesse intense et inexpliquée, une labilité émotionnelle, des troubles du sommeil, des croyances négatives avec un sentiment de culpabilité, une perte d’intérêt pour le nourrisson, une dépréciation de ses compétences maternelles, voire des idées suicidaires.

Ce qui doit alerter c’est l’intensité et la sévérité des manifestations.

Attention aux formes atypiques, la patiente pouvant se retrancher derrière le « j’ai tout pour être heureuse ».

Il faut rechercher la dépression du post-partum du fait du risque suicidaire élevé qui fait du suicide la 2e cause de mortalité du post-partum.

L’enquête nationale périnatale (ENP 2021) indique que parmi les femmes ayant accouché 2 mois plus tôt, environ 1 sur 20 a des idées suicidaires.

Les visites de suivi post-natal (sage-femme en centre de protection maternelle et infantile (PMI) ou en libéral, jusqu’au 12e jour du bébé), l’entretien post natal précoce (EPP), entre la 4e et la 8e semaine après l’accouchement), la consultation post-natale (6 à 8 semaines après l’accouchement) sont des moments privilégiés pour rechercher les facteurs de risque et les prémices de la dépression du post-partum.

Lire aussi l'article ameli.fr Suivi et accompagnement de la femme pendant la grossesse et après l’accouchement.

Des facteurs de risque de dépression du post-partum ont été identifiés 

Des facteurs psychiatriques tels que :

  • antécédents personnels de dépression du post-partum ;
  • troubles de l’humeur ;
  • antécédents psychiatriques personnels ou familiaux ;
  • dépression ou anxiété pendant la grossesse ;
  • psychotraumatisme lié à l’accouchement ;
  • événements négatifs pendant la grossesse ;
  • deuil périnatal.

Des facteurs socio-économiques tels que :

  • conflits conjugaux ;
  • isolement social ;
  • précarité sociale.

Des facteurs obstétricaux tels que :

  • grossesse non désirée ;
  • primiparité ;
  • antécédents obstétricaux : mort in utero, malformation fœtale, interruption de grossesse, accouchement prématuré, etc.
  • grossesse pathologique ;
  • morbidités néonatales ;
  • âge maternel aux extrêmes des périodes de fertilité.

Échelles et questionnaires : Echelle EPDS (téléchargement EPDS.pdf) peut vous aider pour le diagnostic et /ou évaluer la sévérité de l’épisode dépressif.

Le risque suicidaire doit être évalué via les 3 axes suivants : Risques - Urgence - Dangerosité (RUD)

Grille d'évaluation du risque suicidaire
Facteurs de Risque Individuels/
personnels
les antécédents suicidaires personnels et familiaux
santé mentale : diagnostic de trouble mental (troubles affectifs, troubles de la personnalité, psychose), abus ou dépendance à l’alcool ou aux drogues
difficultés dans le développement : difficultés personnelles et sociales au cours de l’enfance et de l’adolescence
estime de soi : faible ou fortement ébranlée
tempérament et style cognitif : présence de comportements agressifs, impulsivité, rigidité de la pensée, difficultés à résoudre un problème et trouver des solutions
santé physique : problèmes de santé physique qui affectent la qualité de vie
familiaux : antécédents de violence ou abus subis (physique ou sexuel), pertes et abandons précoces, négligence des parents, toxicomanie et alcoolisme des parents, antécédents suicidaires dans la famille, santé mentale des parents
Événements de vie : élément déclencheur : l’élément récent qui amène la personne en état de crise situation économique : pauvreté économique
isolement social : le réseau social est inexistant ou pauvre
séparation ou perte récente qui affecte encore le patient
difficultés dans le développement : difficultés scolaires ou professionnelles, placement durant l’enfance/adolescence
contagion suite à un suicide : la personne est affectée par un suicide récent
difficultés avec la loi (infractions, délits)
pertes, échecs ou événements humiliants
Urgence   passage à l’acte imminent et planifié : dans les heures ou jours qui viennent : a pris des dispositions en vue d'un passage à l'acte, a communiqué intention à un tiers 
scénario élaboré (comment, où)
n'envisage pas d'alternative au suicide
Danger   accessibilité du moyen létal envisagé
létalité élevé du moyen envisagé

Il est possible en tant que professionnel de santé de contacter le 3114, le numéro national de prévention du suicide (24 h/24, 7j/7) pour un avis spécialisé. Les réponses sont assurées par des professionnels spécifiquement formés (infirmiers ou psychologues) et le Samu en cas de risque vital. 

Maternité, périnatalité : tableau synthétique de l’approche thérapeutique en santé mentale

Télécharger ce tableau sous format PDF facilement imprimable en haute définition.

Hygiène de vie

Les mesures hygiénodiététiques suivantes restent conseillées :

  • préservation du sommeil ;
  • implication du conjoint, de la conjointe ou d’un proche pour la gestion des nuits ;
  • lutte contre isolement ;
  • bon équilibre alimentaire ;
  • maintien du zéro alcool en cas d’allaitement ;
  • pratique régulière d’une activité physique adaptée.

Accompagnement psychologique

La psychothérapie est recommandée, quelle que soit la sévérité de l’épisode dépressif caractérisé. Elle peut être la seule prise en charge dans les épisodes dépressifs caractérisés légers à modérés ou être associée à un médicament antidépresseur dans les formes plus graves de dépression.

Le dispositif Mon soutien psy, les séances d’accompagnement psychologique

Depuis avril 2022, les patients en souffrance psychique d’intensité légère à modérée peuvent bénéficier du dispositif Mon soutien psy : il s'agit de séances avec un psychologue conventionné, remboursées par l’Assurance Maladie, dans le cadre d’un parcours de soins sur adressage d’un médecin.

En fonction de l’état de santé du patient, et en accord avec lui, vous pouvez lui proposer de suivre des séances d’accompagnement psychologique (8 au maximum) avec un psychologue conventionné.

Consulter la liste des psychologues conventionnés.
Télécharger le courrier d’adressage
.
Pour en savoir plus lire l’article « Accompagnement avec un psychologue conventionné : le dispositif Mon soutien psy ».

Le recours à des psychologues peut également se faire :

La thérapie de soutien

Il s'agit d'une thérapie non codifiée dans sa technique, car non directive. Elle est basée sur l'empathie, la confiance, le soutien. Elle comprend une dimension de conseil, d'information et d'explications, permettant une compréhension partagée de la problématique du patient.

Une écoute active facilitant l'expression du patient peut en faire un outil thérapeutique à part entière vers un changement comportemental, affectif ou émotionnel.

Elle peut être réalisée par un médecin généraliste formé ou un psychiatre ou un psychologue clinicien, ou un psychothérapeute.

Il peut aussi exister des professionnels et des offres de soins près du domicile de votre patient, voir la rubrique « Près de chez vous » (en cours de construction) en bas de cet article.

Recours au psychiatre

Le recours au psychiatre peut devenir nécessaire en cas d’évolution péjorative ou en l’absence d’amélioration.

En libéral : consulter la liste des professionnels et des offres de soins proche du lieu de domicile de vos patients (lire le dernier paragraphe de l’article « Près de chez vous »).
Il existe aussi l’annuaire du site sante.fr qui permet de rechercher un psychiatre près du lieu de domicile du patient. Autre ressource possible à fournir à vos patients : la liste des centres médico-psychologiques (CMP).

Il peut aussi exister des professionnels et des offres de soins près du domicile de votre patient, voir la rubrique « Près de chez vous » (en cours de construction) en bas de cet article.

Maintien du lien mère-enfant

En fonction de la gravité de la dépression du post-partum, la préservation du lien mère enfant se fera :

Traitement médicamenteux

L’indication d’allaitement doit être abordée en fonction du rapport bénéfices/risques pour la mère comme pour l’enfant.

En cas d’allaitement

Les antidépresseurs associés à un passage faible dans le lait et des concentrations sanguines faibles ou indétectables chez les nourrissons allaités sont :

  • pour les ISRS : paroxétine, sertraline ;
  • pour les imipraminiques : clomipramine, amitriptyline, imipramine.

Pour aller plus loin, consulter les recommandations de bonnes pratiques de la HAS (à partir de la page 24).  

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