Troubles des conduites alimentaires : anorexie mentale

L’anorexie mentale est un des troubles du comportement alimentaire restrictif que l’on peut observer chez l’enfant à partir de 6-7 ans. Elle se manifeste par une perturbation durable et significative des comportements alimentaires.

C’est la maladie psychiatrique qui a le taux de mortalité le plus élevé avec le taux de suicide le plus important de toutes les maladies psychiatriques. 

Voici quelques éléments pour vous accompagner dans la prise en charge de vos patients.

Diagnostic et outils

Signes d’alerte chez l’enfant

  • changements de couloir sur la courbe de croissance staturale ou la courbe de poids (courbe IMC en fonction de l’âge). Attention aux enfants qui cassent en même temps leur courbe de poids et de taille : leur IMC peut ainsi paraître dans la norme ;
  • retard pubertaire ;
  • concernant les règles : les patientes les plus jeunes sont parfois prépubères (et n’ont pas leur règles) et certaines patientes conservent leurs règles malgré la gravité du tableau clinique ;
  • changement de comportement vis à vis de l’alimentation :
    • conduites de restriction alimentaire quantitative et/ou qualitative au premier plan : comptage des calories, tri alimentaire, exclusions alimentaires, évitement des repas, dissimulation de nourriture (avant l’adolescence, les conduites de purges types vomissements provoqués sont très rares).
    • préoccupation excessive autour de l’image du corps et de l’alimentation (fréquente)
    • hyperactivité physique ;
    • hyper investissement intellectuel ;
  • symptômes physiques non spécifiques : nausées ou douleurs abdominales répétées.

L’évaluation doit être psychiatrique et somatique recherchant :

  • une confirmation diagnostique avec les 3 critères diagnostiques du DSM5 :
    • restriction des apports énergétiques par rapport aux besoins   conduisant à un poids significativement bas ;
    • peur intense de prendre du poids et de devenir gros, malgré une insuffisance pondérale ;
    • altération de la perception du poids ou de la forme de son propre corps (dysmorphophobie), faible estime de soi (influencée excessivement par le poids ou la forme corporelle), ou manque de reconnaissance persistant de la gravité de la maigreur actuelle.
  • évaluation de la gravité :
    • examen clinique complet : poids, taille, IMC, signes de dénutrition, déshydratation, stade pubertaire de Tanner, trouble du rythme cardiaque et/ou insuffisance cardiaque, hypotension orthostatique, malaise, syncope, troubles du transit, douleurs articulaires ou osseuses, examen de la peau et des phanères, état bucco-dentaire. Les signes cliniques de gravité sont : aphagie totale, refus de boire, malaise, perte de poids de plus de 2 kg par semaine, hypoglycémies, fréquence cardiaque < 40/min
    • psychiatrique : idées suicidaires, tentative de suicide, association à d’autres troubles psychiatriques sévères ;
    • examens paracliniques : ECG, bilan biologique avec NFS, ionogramme, calcémie, phosphatémie, glycémie, vit 25OH-D3, urée, créatinine, clairance de la créatinine, CRP, bilan hépatique complet, bilan d’hémostase.
  • élimination des diagnostics différentiels (pathologies endocriniennes, digestives, tumorales, pathologies psychiatriques, infection par le VIH, tuberculose).

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter :

Il convient de rechercher les critères d’hospitalisation somatiques et psychiatriques. Pour vous aider, vous pouvez télécharger les recommandations de bonnes pratiques de la HAS « Anorexie mentale : prise en charge ».

L’hospitalisation pourra se faire selon la gravité en hospitalisation de jour ou à temps plein.

En l’absence d’indication à l’hospitalisation, la prise en charge se fera au mieux en ambulatoire et de façon pluridisciplinaire en établissant en accord avec le patient des objectifs pondéraux, nutritionnels et psychothérapeutiques.

Enfant : tableau synthétique de l’approche thérapeutique en santé mentale 

Télécharger ce tableau (3 pages) sous format PDF facilement imprimable en haute définition.

Hygiène de vie

Les recommandations sur ce sujet sont à manier avec précautions compte-tenu de l’hypercontrôle alimentaire et de l’hyperactivité physique. Les mesures hygiéno-diététiques suivantes sont conseillées :

  • préservation d’une bonne qualité de sommeil ;
  • initier technique de relaxation et de gestion du stress ;
  • maintien de la socialisation.

Accompagnement psychologique

La prise en charge psychothérapeutique doit être proposée au patient comme à sa famille au mieux dans le cadre d’une prise en charge pluridisciplinaire.

Elle doit être adaptée à l’état médical général, aux capacités et aux souhaits du patient.

Les psychothérapies envisageables (seules ou en association) sont :

  • les thérapies familiales et les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) qui ont démontré leur efficacité dans ce trouble ;
  • l'éducation thérapeutique du patient (ETP) et de sa famille est indispensable.

Il est recommandé que la psychothérapie choisie soit maintenue au moins 1 an après une amélioration clinique significative.

Les modalités de soins dépendent de l’offre locale de soins disponibles, des choix de l’enfant et de sa famille et du médecin coordonnateur.

Le recours à des psychothérapies peut se faire :

 Lire aussi « Mon enfant souffre d’anorexie mentale, pourquoi la thérapie familiale ? » sur le site CléPsy.

Il peut aussi exister des professionnels et des offres de soins près de chez votre patient, voir la rubrique « Près de chez vous » (en cours de construction) en bas de cet article.

Recours au psychiatre

Le recours au psychiatre peut devenir nécessaire en cas de critères de gravité, d’évolution péjorative ou en l’absence d’amélioration :

Le suivi psychiatrique se fait dans le cadre de la prise en charge globale multidisciplinaire conjointement avec :

  • un suivi somatique ;
  • un suivi nutritionnel ;
  • un suivi endocrinologique ;
  • un suivi psychologique ;
  • en éducation thérapeutique.

Il peut aussi exister des professionnels et des offres de soins près de chez votre patient, voir la rubrique « Près de chez vous » (en cours de construction) en bas de cet article.

Traitement complémentaire

Il convient de favoriser les prises en charges spécialisées.

Médicamenteux par psychotropes

Uniquement en cas de comorbidité psychiatrique et dans le respect des autorisations de mise sur le marché (AMM).

Travail diététique et nutritionnel

Renutrition prudente et progressive avec compléments en vitamine D, en calcium et phosphore (attention au syndrome de renutrition inapproprié). Consulter les recommandations de bonnes pratiques de la HAS en terme de prise en charge.

Lien avec le milieu scolaire

En fonction de la sévérité des manifestations et du retentissement sur la vie sociale et scolaire de l’enfant, un contact pourra être établi avec la médecine scolaire pour envisager une mise en place de projet d'appui à la scolarisation.

Lire les articles :

Espace d'écoute

Pour trouver de l'aide, la Fédération française anorexie boulimie (FFAB) regroupe des spécialistes du dépistage, du diagnostic, de la prise en charge, du traitement et de la recherche sur les troubles des conduites alimentaires (TCA), ainsi que des représentants des fédérations et associations de familles et d'usagers. Une plateforme téléphonique est dédiée à ces problématiques.

Il est également possible d'obtenir les coordonnées d'un Lieu accueil enfants parents (LAEP) sur le site de la caisse d’allocations familiales (Caf) et sur le site de l'Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam).

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