« Un retour à domicile bien préparé réduit les taux de réhospitalisation des personnes âgées »

29 novembre 2019

Pr Hanon

Le service Prado personnes âgées initié par l’Assurance Maladie est en cours de généralisation sur l’ensemble du territoire français, après avoir été expérimenté dans une douzaine de départements. Ce service organise le retour à domicile des personnes de 75 ans et plus qui sortent d’hôpital, et qui présentent un risque de perte d’autonomie. Le professeur Olivier Hanon, médecin gériatre à l'AP-HP (Hôpital Broca, Paris 13e), président du Gérontopôle d'Île-de-France et ancien président de la Société française de gériatrie et de gérontologie, a participé à la conception du parcours de Prado pour les personnes âgées. Il revient sur les bénéfices de cet accompagnement.

Pourquoi un accompagnement lors du retour à domicile après une hospitalisation est-il nécessaire pour les patients à partir de 75 ans ?

Pr Olivier Hanon. On sait que les personnes âgées sont plus fréquemment hospitalisées. Sur les 6 millions de personnes de 75 ans et plus, environ un tiers connaît une hospitalisation dans l’année, pour une durée moyenne de 6 à 7 jours, plus longue que celle des patients plus jeunes. Le taux de réhospitalisation, en outre, est élevé : il est de 16 % à 1 mois, de 29 % à 3 mois et monte à près de 38 % à 6 mois. Certaines réhospitalisations sont inévitables mais, selon la Haute Autorité de santé (HAS), environ un quart aurait pu être évité si le parcours de soins avait été bien organisé à la sortie. De fait, dans la semaine suivant le retour à domicile, seul un tiers des personnes consulte son médecin traitant et un peu moins de la moitié reçoit des soins infirmiers…

La caractéristique du service Prado personnes âgées est de comprendre un important volet social…

Pr Olivier Hanon. Si les patients sortent et que leur traitement n’est pas revu par le médecin généraliste, si aucun suivi infirmier n’est mis en place pour la prise de médicaments et si, en effet, ceux qui en ont besoin ne bénéficient pas d’aide à domicile (aide-ménagère, auxiliaire de vie, portage des repas, aménagement du domicile, aides sociales ou financières…), le risque de réhospitalisation est réel.

Les personnes âgées ont besoin d’un parcours de soins bien structuré. Si elles rentrent à domicile sans que l’on se soit assuré qu’elles vont voir tous les intervenants permettant d’optimiser leur parcours, il y a un fort risque de retour à l’hôpital dans les 3 à 6 mois. La littérature scientifique montre, avec un niveau de preuve élevé, qu’un retour à domicile bien préparé réduit les taux de réhospitalisation. Les services d’accompagnement ont un impact fort : réduction du taux de réadmissions à 30 jours de 20 à 45 % selon les études, réduction de 20 à 50 % du recours aux services d’urgence, réduction de la durée du séjour allant jusqu’à 10 %.

Quel est le rôle des médecins hospitaliers ?

Pr Olivier Hanon. Il faut qu’ils prennent l’habitude de repérer les gens en risque de perte d’autonomie selon la grille de la HAS (1). Si une personne présente 2 critères identifiés, ça doit faire tilt ! Ils doivent appeler le conseiller de l’Assurance Maladie, qui va aider à mettre en place le suivi : la consultation chez le médecin traitant, le suivi gériatrique, le suivi infirmier, le masseur-kinésithérapeute si besoin, l’aide sociale si nécessaire… Et il faut que tous les services hospitaliers s’en emparent, pas seulement les services gériatriques. C’est un enjeu pour tout le monde !

(1) Ces critères sont : présence d’un syndrome gériatrique (troubles cognitifs, confusion, dénutrition, dépression, chutes, escarre), décompensation d’une insuffisance cardiaque, pneumopathie, syndrome coronaire aigu, cancer actif, polymédication (≥ 10 médicaments/jour), antécédents d’hospitalisation non programmée dans les 6 derniers mois, diminution récente de la capacité à gérer seul les activités quotidiennes, situation sociale défavorable.