Stérilisation masculine : une étude Epi-Phare montre le recours croissant à la vasectomie en France

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Dans le cadre de son programme de travail dédié à la santé sexuelle des Français et leur contraception, le groupement d’intérêt scientifique Epi-Phare (1) a établi un état des lieux du recours à la vasectomie chez les hommes en France entre 2010 et 2022 en utilisant les données du Système national des données de santé (SNDS). Pour la première fois en France, en 2021 et 2022, il y a eu davantage de stérilisations masculines que de stérilisations féminines (ligature des trompes et pose d’implants intra-tubaires) (2). Le nombre de vasectomies a été multiplié par 15 en 12 ans.

Méthode de l’étude

Epi-Phare a comparé les taux de stérilisations masculine et féminine entre 2010 et 2022 à partir des données du SNDS qui identifient les actes remboursés de stérilisations réalisés auprès d’hommes et de femmes âgées de 18 à 70 ans :

  • ligatures des trompes ou pose d’implants pour les femmes ;
  • vasectomie pour les hommes.

Les caractéristiques sociodémographiques et médicales des hommes ayant bénéficié d’une vasectomie ont été répertoriées : âge, département de résidence, année de la chirurgie, affiliation à la Complémentaire santé solidaire, indice de défavorisation sociale, mode d’hospitalisation, antécédents et pathologies associées (cardiovasculaires, psychiatriques, oncologiques).

Le nombre de vasectomies est exprimé par région pour 100 000 habitants.

Epi-Phare a également recherché :

  • l’existence d’une procédure de conservation de sperme avant vasectomie et d’un spermogramme en post-opératoire ;
  • une utilisation d’anesthésiques locaux et d’antalgiques oraux
  • l’existence d’une complication locale infectieuse et vasculaire à type d’hématome ou un kyste spermatique ou une hydrocèle dans l’année post-chirurgie.

L’étude porte enfin aussi sur les actes de réversion de vasectomie (vasovasostomie) et actes de prélèvement de spermatozoïdes par ponction, et calcule l’incidence de ces actes sur 1 000 personnes-années.

Résultats de l’étude

Augmentation des stérilisations masculines et diminution des stérilisations féminines

Le nombre de vasectomie a fortement augmenté depuis 2010 en France, avec un taux annuel multiplié par 15 en 12 ans : 1 940 vasectomies en 2010 contre 30 288 en 2022.
Dans le même temps, le nombre de stérilisations féminines a été divisé par 2 entre 2013 et 2022 : 45 138 stérilisations en 2023 contre 20 325 en 2022.

Au total, 109 544 vasectomies et 398 080 stérilisations féminines ont été réalisées entre 2010 et 2022 chez des personnes âgées de 18 à 70 ans et résidant en France.

Pour la première fois en France, il y a eu davantage de stérilisations masculines que de stérilisations féminines en 2021 et en 2022, année au cours de laquelle 3 stérilisations masculines ont été pratiqués pour 2 stérilisations féminines.

En rapportant le nombre total de vasectomie aux données de population de l’Insee, l’incidence de la vasectomie est passée de 9,8 pour 100 000 hommes âgés de 20 à 70 ans en 2010 à 149,5 pour 100 000 hommes en 2022.

Cette étude nationale inédite sur une aussi longue durée montre pour la première fois en France un croisement des courbes entre stérilisations masculines et féminines, dû non seulement à la forte augmentation du nombre de vasectomie en France depuis 2010, mais également à la baisse continue des stérilisations féminines, ceci pouvant en partie s’expliquer par l’arrêt de commercialisation des implants Essure en 2017.

Caractéristiques sociodémographiques des hommes opérés

La moyenne d’âge des hommes lors de la vasectomie était de 41,7 ans. Cette moyenne d’âge a diminué progressivement de 44 à 41 ans entre 2010 et 2022.

Les hommes opérés vivaient majoritairement dans les communes les plus favorisées socialement et étaient peu affiliés à la Complémentaire santé solidaire (3,4 %).

Rapporté à la population d’hommes de 20 à 70 ans, les Pays de la Loire et la Bretagne sont les régions où les taux de pratique de vasectomie ont été les plus élevés sur les 13 années étudiées. À l’inverse, les taux ont été nettement plus faibles en Provence-Alpes-Côte d’Azur, Hauts-de-France, Corse et en Île-de-France.

Sureté des procédures de vasectomie

Les vasectomies ont été pratiquées de façon croissante en chirurgie ambulatoire (99,2 % en 2022).

Autour de la vasectomie, un acte de cryoconservation de sperme a été retrouvé pour 6,8 % des hommes (n = 7 503). Un spermogramme de contrôle a été réalisé chez plus de 2 hommes sur 3 dans les suites de la vasectomie (64,7 %). Un homme sur 10 a utilisé des antalgiques oraux dans la même période. Si on exclut les hommes qui avaient déjà recours à ces antalgiques dans les 12 mois avant la vasectomie, seuls 3,4 % ont eu une utilisation incidente d’antalgiques oraux dans la période suivant le trimestre post-opératoire.

Les complications détectables dans le SNDS dans l’année post vasectomie sont rares (1 homme sur 100), parmi lesquelles :

  • 0,2 % de complications type hématome local ;
  • 0,4 % d’infections locales ;
  • 0,2 % de kystes ou d’hydrocèles.

Enfin, le taux de recours à l’opération de réversibilité de la vasectomie, la vasovasostomie, est particulièrement faible dans les résultats de l’étude.

L’incidence brute de la vasovasostomie (207 hommes de la cohorte) est estimée à 0,56 pour 1 000 personnes-années, et l’incidence d’un prélèvement de sperme par ponction (125 hommes) à 0,34 pour 1 000 personnes-années.

Consulter le rapport complet de l’état des lieux de la pratique de la vasectomie en France entre 2010 et 2022.

Mise en perspective de l’étude

Ces résultats décrivent une tendance à rebours de ce qui est observé dans le monde, en particulier dans les pays anglo-saxons où la vasectomie, historiquement très répandue, connaît un déclin (États-Unis, Royaume-Uni ou Australie). La France semble progressivement combler son retard, bien que le nombre de procédures demeure plus important dans ces pays.

La surveillance du taux de procédures de vasectomie au niveau national doit donc être poursuivie afin de confirmer ou non la récente appropriation par les hommes français de cette contraception définitive

Cette étude permettra d’étudier l’impact du recours à la vasectomie dans le temps sur l’utilisation des contraceptions féminines réversibles ou définitives, et de mettre en évidence les leviers ou les freins d’accès à ces contraceptions.


(1) Groupement créé fin 2018 par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé et la Caisse nationale d’Assurance Maladie.
(2) Stérilisation tubaire par ligature des trompes de 2010 à 2022, ou pose d’implants avant 2017.

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