Santé mentale et Covid-19 : les derniers chiffres-clés et les dispositifs pour aider les patients

29 octobre 2021

Les résultats de l’enquête CoviPrev (28e vague, du 28 septembre au 5 octobre 2021) montrent que la santé mentale des Français s’est dégradée avec la crise sanitaire. 10 % des Français ont eu des pensées suicidaires au cours de l’année, soit une hausse de 5 points par rapport au niveau antérieur à l’épidémie. Et 70 % ont indiqué avoir eu des problèmes de sommeil à la rentrée 2021. Le suivi de la consommation de psychotropes témoigne également d’un impact notable de la crise sanitaire. Le groupement d’intérêt scientifique Epi-Phare (1) estime ainsi qu’entre mars 2020 et avril 2021, il y a eu une hausse de délivrances des médicaments psychotropes par rapport à l’attendu : + 1,9 million pour les antidépresseurs, + 440 000 pour les antipsychotiques, + 3,4 millions pour les anxiolytiques et + 1,4 million pour les hypnotiques.

Face à ces chiffres et à la dégradation des indicateurs pendant la crise sanitaire, le président de la République a annoncé, lors des Assises de la santé mentale et de la psychiatrie le 28 septembre dernier, des mesures pour faciliter l’accès aux psychologues. Courant 2022, toute personne (enfants dès l’âge de 3 ans et adultes) présentant des troubles en santé mentale pourra bénéficier, sur prescription médicale, de la prise en charge d’un bilan initial et de 7 séances d’accompagnement psychologique par an. Ce dispositif s’inscrit dans la continuité de l’expérimentation menée par l’Assurance Maladie depuis mars 2018 (détail dans l’encadré ci-après) de prise en charge, en ville, de la psychothérapie pour les troubles en santé mentale légers à modérés.

Des dispositifs de soutien psychologiques ont déjà été mis en place :

  • avec « Santé psy étudiant (PDF) », le médecin peut orienter avec une prescription les étudiants vers l’un des psychologues agréés par une université. L’étudiant bénéficie jusqu’à 3 séances de 45 minutes chacune, entièrement prises en charge.
  • avec « PsyEnfantAdo », le médecin peut orienter les enfants et adolescents de 3 à 17 ans inclus vers un psychologue conventionné avec l’Assurance Maladie, pour 10 séances maximum. Le médecin pourra adresser ses patients aux psychologues partenaires jusqu’à la fin de l’année 2021 (date indiquée sur l’ordonnance).  Les séances avec le psychologue, quant à elles, pourront être réalisées jusqu’au 31 janvier 2022.

Zoom sur l’expérimentation de la prise en charge de l’accompagnement psychologique

Cette expérimentation concerne la prise en charge des thérapies non médicamenteuses, en ville, pour les troubles en santé mentale d’intensité légère à modérée. Elle est menée par l’Assurance Maladie depuis mars 2018 sur 4 départements : Bouches-du-Rhône, Haute-Garonne, Morbihan et Les Landes.

Concrètement, le médecin généraliste traitant propose aux patients présentant des troubles en santé mentale d’intensité légère à modérée, un entretien d’évaluation et si nécessaire, 1 à 10 séances d’accompagnement psychologique auprès de psychologues cliniciens ou de psychothérapeutes. Après une réévaluation de l’état de santé du patient par le médecin traitant et le psychologue et suite à l’avis d’un psychiatre, entre 1 à 10 séances de psychothérapie structurée peuvent être prescrites si besoin.

Cette expérimentation a pour objectif de faciliter l’accès à tous à l’accompagnement psychologique, de proposer une aide aux médecins dans la prise en charge de leurs patients et de destigmatiser le sujet de la santé mentale et de la dépression.

Infographie sur la santé mentale - description complète dans la transcription ci-après

Selon l’étude CovidPrev :
 

  • 80 % des Français déclarent avoir une perception positive de leur vie en général. - 5 points par rapport au niveau hors épidémie
  • 16 % des Français montrent des signes d’un état dépressif. + 6 points par rapport au niveau hors épidémie
  • 26 % des Français montrent des signes d’un état anxieux. + 12 points par rapport au niveau hors épidémie
  • 70 % des Français déclarent des problèmes de sommeil au cours des 8 derniers jours. + 20 points par rapport au niveau hors épidémie
  • 10 % des Français ont eu des pensées suicidaires au cours de l’année. + 5 points par rapport au niveau hors épidémie

Les profils de patients ayant une santé mentale dégradée

Les 3 profils ayant une santé mentale plus dégradée :

  • les inactifs,
  • les personnes déclarant des antécédents de trouble psychologique,
  • les personnes ayant une situation financière difficile.

Quels sont les troubles dominants selon le profil du patient ?

  • Femmes : états anxieux et dépressifs ainsi que problèmes de sommeil ;
  • 18-24 ans et étudiants : états anxieux et pensées suicidaires ;
  • 25-34 ans et personnes ayant déjà eu des symptômes du Covid-19 :  états anxieux pensées suicidaires ainsi que problèmes de sommeil ;
  • 35-49 ans et actifs occupés :  états anxieux ainsi que problèmes de sommeil ;
  • Chômeurs : états anxieux et dépressifs ;
  • Personnes présentant un risque de développer une forme grave de Covid-19 : pensées suicidaires, états dépressifs ainsi que problèmes de sommeil ;
  • Personnes vivant dans un logement surpeuplé  : états anxieux et pensées suicidaires ;

Source : Comment évolue la santé mentale des Français pendant l'épidémie de Covid-19 ? Résultats de la vague 28 de l’enquête CoviPrev (28 septembre - 5 octobre 2021).

Une délivrance de psychotropes plus importante que prévue

Entre mars 2020 à avril 2021, par rapport à l’attendu :

  • + 1,9 million de délivrances d’antidépresseurs,
  • + 440 000 délivrances d’antipsychotiques,
  • + 3,4 millions délivrances d’anxiolytiques
  • + 1,4 million délivrances d’hypnotiques.

Source : Usage des médicaments de ville en France durant l’épidémie de la Covid-19 – point de situation jusqu’au 25 avril 2021. Étude pharmaco-épidémiologique à partir des données de remboursement du SNDS EPI-Phare.

Les dépenses de santé liées à la santé mentale

Dépenses remboursées de 22,7 milliards d’euros en 2019 soit 14 % des dépenses : 1er poste de dépense en dehors des hospitalisations ponctuelles
Répartition des 22,7 milliards :

  • 16,1 milliards pour 2,5 millions d’assurés avec une pathologie psychiatrique, moyenne de 6 413 euros par patient - évolution : + 183 700 entre 2015 et 2019 soit 7,9 % augmentation
  • 6,6 milliards pour 5,6 millions d’assurés avec un traitement psychotrope régulier sans pathologie, moyenne de 1 187 euros par patient.

Source : Assurance Maladie

Zoom sur le dispositif expérimental de l’Assurance Maladie sur la santé mentale

Expérimentation sur 4 départements : Bouches-du-Rhône, Haute-Garonne, Morbihan, Landes

  • 33 731 patients ont bénéficié du dispositif depuis mars 2018
  • 85 % de l'ensemble des médecins généralistes traitants installés dans les 4 départements ont prescrit au moins une séance à leurs patients (soit 3 821 médecins généralistes),
  • 754 psychologues cliniciens ou psychothérapeutes agréés par les agences régionales de santé ont signé la convention-cadre avec leur CPAM,
  • 86 % des patients poursuivent les séances après l’entretien initial d’évaluation
  • 1 patient sur 2 effectue son entretien d’évaluation avec le psychologue moins de 10 jours après la consultation chez le médecin généraliste,
  • 334 135 séances ont été réalisées pour un montant total de : 8,3 millions d’euros - le coût moyen par patient : 250 €

Source : Assurance Maladie – données au 27 octobre 2021