« Sans médecin, il y avait un gros problème de santé publique »

26 avril 2019

La convention médicale de 2016 prévoit des aides à l’installation de médecins dans les zones déficitaires. Ces contrats tripartites sont signés entre l’agence régionale de santé, le médecin et la caisse primaire d’assurance maladie. Médecin généraliste installé au Havre depuis de nombreuses années, le docteur Patrick Czerwinski a choisi de signer un contrat de solidarité territoriale médecin (CSTM) pour exercer à Étretat, distant d’une trentaine de kilomètres.

Vous habitez et exercez au Havre, pourquoi avoir choisi Étretat et ce contrat démographique qu’est le CSTM ?

Dr Patrick Czerwinski. La ville d’Étretat, 5 000 habitants en hiver et 10 000 en été, se trouvait sans médecin depuis septembre 2017. En 2018, elle a fait paraître plusieurs articles dans la presse pour recruter des médecins. Il y avait là un gros problème de santé publique : des gens avec des pathologies chroniques n’étaient plus suivis du tout. Les médecins alentour, à une dizaine de kilomètres d’Étretat, ne suffisaient pas à répondre à la demande de soins de la ville. Nous n’avions pas vraiment conscience du problème avant d’être alertés : Le Havre, 172 000 habitants, 285 000 avec les villages et petites villes alentour, nous occupait déjà suffisamment. Avec 3 autres médecins havrais, nous avons décidé de réinvestir un des cabinets « abandonnés » à Étretat, avec l’aide de la ville, le soutien de l’agence régionale de santé (ARS) et l’appui de l’Assurance Maladie.

Le CSTM était la solution idéale dans notre cas : je ne me voyais pas quitter mon cabinet plus d’un jour par semaine. Depuis septembre-octobre 2018, l’un de nous 4 vient le lundi, un autre le mardi, une consœur le mercredi et le vendredi et moi je suis là le jeudi. Nous sommes 3 à faire également des visites à domicile pendant notre journée hebdomadaire à Étretat.

Comment se passe le partage de temps de travail entre vos 2 cabinets ?

Dr Patrick Czerwinski. C’est très prenant. Je m’y attendais : avant d’habiter au Havre, je faisais 25 km matin et soir pour me rendre à mon cabinet. Depuis 2009, je ne suis plus qu’à 2 minutes à pied. Désormais, un jour par semaine, je suis de nouveau à une demi-heure de route de mon cabinet.

Le jeudi, un collaborateur libéral me remplace auprès de ma patientèle. Mes patients, petit à petit, en ont pris l’habitude. Ils savent que ce jour-là, c’est ma collaboratrice qui est dans mon cabinet et moi à Étretat. J’essaie de leur faire comprendre qu’elle et moi, c’est pareil : on partage les dossiers médicaux, on prescrit les mêmes médicaments…

Les patients d’Étretat sont ravis, eux qui avaient passé 9 mois sans médecin. Il a fallu parfois reprendre des traitements arrêtés depuis 9 mois, 1 an, 1 an et demi, 2 ans… Certains étaient dans une situation vraiment préoccupante. Avec mes confrères, nous nous y sommes engagés : nous exercerons là-bas tant qu’il n’y aura pas de nouveau médecin ; à la condition bien sûr que le conseil de l’Ordre nous renouvelle son autorisation d’exercer dans un cabinet secondaire. Comme nous répondons à la demande d’accès aux soins, normalement cela devrait être le cas jusqu’à ce qu’un nouveau médecin s’installe. Même si les jeunes n’ont pas l’air très intéressés pour le moment, d’autant que la permanence des soins – les gardes quand les cabinets sont fermés – est tellement bien organisée au Havre qu’ils préfèrent s’y installer plutôt que de s’éloigner à 20-30 km ! Et c’est d’ailleurs parce que les gardes, même en journée, sont bien coordonnées chez nous que nous pouvons nous intéresser aux petites villes en difficulté.

Quels enseignements tirez-vous de cette expérience après quelques mois ?

Dr Patrick Czerwinski. Le contrat de solidarité territoriale médecins porte vraiment bien son nom : c’est un outil visant à répondre aux besoins en offre de soins des patients dans des endroits déficitaires et qui permet parallèlement aux médecins de ces territoires de s’organiser et d’établir entre eux une action solidaire pour un objectif unique : l’accès aux soins du patient. En tout état de cause, on n’entre pas dans le CSTM pour l’argent. L’essentiel de ma rémunération, c’est avant tout le sourire du patient quand il quitte mon cabinet.

 

Le CSTM en bref

 

Le contrat de solidarité territoriale médecin, issu de la convention de 2016 et modifié par l’avenant 6 de juin 2018, est un dispositif qui permet à des praticiens conventionnés issus de zones non sous-dotées de venir exercer à temps partiel, au moins 10 jours par an, dans des zones fragiles (le zonage est à retrouver sur le site de l’ARS de sa région). Ils facturent alors sous un numéro AM spécifique à la localisation secondaire. Le contrat est signé pour une durée de 3 ans, renouvelable par tacite reconduction.

En contrepartie, le médecin signataire perçoit une aide à l’activité, revalorisée depuis le 10 février 2019 de 10 à 25 % des honoraires conventionnés perçus sur la zone, dans la limite de 50 000 € par an, et la prise en charge de ses frais de déplacement. En outre, l’ARS peut, dans certaines conditions, majorer cette aide à l’activité.