« Lombalgie : un travail pluridisciplinaire exemplaire à reproduire pour d’autre

30 novembre 2017

Les branches maladie et risques professionnels de la Sécurité sociale lancent en novembre une campagne nationale d’information sur la lombalgie commune, fondée sur les travaux d’un groupe pluridisciplinaire. Le professeur Olivier Lyon-Caen, médecin-conseil national de l’Assurance Maladie, revient sur les bonnes pratiques en matière de prise en charge ainsi que sur les modalités d’élaboration de cette campagne, qu’il juge « exemplaires ».

Quel est le principal changement opéré dans la prise en charge de la lombalgie commune au cours des dernières années ?

Pr Olivier Lyon-Caen. Un principe demeure : lutter contre la douleur. C’est prioritaire. Mais à la lumière des travaux menés par les cliniciens et les sociétés savantes, c’est le maintien d’une activité physique dès le début de la lombalgie aiguë banale qui est recommandé. Dans le passé, on préconisait repos, décubitus durant des jours, voire des semaines. Autrement dit, aujourd’hui, la lombalgie ne doit pas être un obstacle au fait de demeurer actif.

Que fait le médecin face à un patient souffrant de lombalgie ?

Pr Olivier Lyon-Caen. D’abord, tout médecin rencontre cette situation dans sa pratique quotidienne car la lombalgie est une situation fréquente que connaissent ou connaîtront quatre Français sur cinq.

La lombalgie est dite bénigne à deux conditions. En premier lieu, le médecin doit s’être assuré de son caractère commun, autrement dit il doit avoir cherché et exclu dès la première consultation la présence de signes cliniques qui orienteraient vers une lombalgie symptomatique. Ce sont les drapeaux rouges. La seconde condition est d’avoir évalué le contexte dans lequel survient cette lombalgie. Ce sont les drapeaux jaunes dont la présence est associée au risque de passage à la chronicité. Bref, des gestes simples suffisent à s’assurer de la bénignité des symptômes et de leur caractère régressif, habituellement en moins d’un mois. Aussitôt, il faut expliquer, rassurer, soulager, accompagner. Les examens radiologiques à ce stade aigu d’une lombalgie commune sont inutiles.

Quels enseignements tirez-vous du travail mené par l’Assurance Maladie avec les professionnels de santé à l’occasion de cette campagne * ?

Pr Olivier Lyon-Caen. Je crois que ce travail et les propositions de prise en charge de la lombalgie qui en ont découlé sont, à plusieurs titres, exemplaires. Autour d’une affection commune, les professionnels de santé, représentant des activités différentes, se réunissent. Il se dégage des idées fortes et partagées qui deviennent un « guide de prise en charge ». Chaque acteur est à sa place, son rôle est précisé. Ce guide est diffusé aux patients. La connaissance de la lombalgie, de son caractère bénin, des attitudes qu’il convient d’adopter, se diffuse. La crainte s’estompe. Le dialogue avec les professionnels s’installe sur des bases solides et partagées. C’est un exemple de la démocratie sanitaire.

Mais il y a mieux. Car ce guide met aussi en exergue l’importance de l’accompagnement. La prévention du passage à la chronicité en est un exemple : l’identification de drapeaux jaunes doit conduire au renforcement du soutien, à l’intervention rapide de plusieurs acteurs, à une prise en charge rapprochée et personnalisée en un mot. Cette médecine de la personne demeure clinique. Elle ne nécessite pas d’examen complémentaire. Elle est sobre car elle est adaptée. Et si l’on adhère à cette construction, on ne peut qu’être convaincu que c’était bien à l’Assurance Maladie d’en être l’architecte. Elle est pleinement dans son rôle d’initiation et de facilitation, celui qui permet d’assurer une prise en charge adaptée, basée sur la connaissance et faisant intervenir les professionnels à leur juste place selon des principes partagés. Et alors, naturellement, la pratique de cette médecine permet des économies, en réduisant les dépenses inutiles.

Ces travaux sur la prise en charge de la lombalgie constituent donc un exemple de ce que l’Assurance Maladie doit faire demain pour d’autres pathologies.

* Le groupe de travail pluridisciplinaire a réuni des représentants du Collège de la médecine générale, de la Société française de rhumatologie, du Collège de la masso-kinésithérapie, de la Société française de médecine physique et de réadaptation et de la Société française de médecine du travail.

Une riche carrière de neurologue et d'universitaire

Le professeur Olivier Lyon-Caen exerce depuis juillet dernier les fonctions de médecin-conseil national de la Caisse nationale de l’Assurance Maladie des travailleurs salariés auprès du directeur général Nicolas Revel. Il conseille à ce titre la Cnamts sur l’ensemble des sujets liés à la santé publique, à la pertinence des actes et à l’arrivée des innovations thérapeutiques.

Professeur de neurologie à l’Université Pierre et Marie Curie, médecin des hôpitaux, Olivier Lyon-Caen fut le directeur médical de l’Institut hospitalo-universitaire des neurosciences et le chef du pôle des maladies des systèmes nerveux de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

Ancien membre de l’unité 360 de l’Inserm, il est l’un des membres-fondateurs de l’Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM), centre de recherche reconnu d’utilité publique créé en 2005 dont l’objectif est de permettre la mise au point rapide de nouveaux traitements des maladies du système nerveux.

Olivier Lyon-Caen a aussi occupé de 2012 à 2017 la fonction de conseiller pour la santé et la recherche médicale auprès de François Hollande, président de la République.

Une campagne d'information au plus près des médecins

Les outils élaborés par le groupe de travail multidisciplinaire, disponibles sur ameli.fr, vont également être remis en main propre aux médecins. Les délégués de l’Assurance Maladie visiteront 53 000 d’entre eux d’ici au mois de mars 2018. Chaque praticien se verra remettre un exemplaire du livret d’information sur les éléments clés de la prise en charge de la lombalgie commune et 30 exemplaires de la brochure destinée aux patients.

Ces visites viennent en complément de la campagne d’information grand public portée par un spot TV, des affiches dans les réseaux de transports, des contenus pédagogiques sur Internet et une application mobile, « Activ’dos », téléchargeable gratuitement.