Lombalgie : « L’activité physique permet de diminuer d’environ 25 % le passage à la chronicité »

30 octobre 2020

L’Assurance Maladie a lancé en septembre la troisième édition de sa campagne sur la lombalgie. Objectif : sensibiliser à l’importance du maintien ou de la reprise précoce des activités quotidiennes, personnelles et professionnelles ainsi que d’une pratique d’activité physique adaptée, pour prévenir le risque de passage à la chronicité. Le Pr François Rannou, chef du service de rééducation et réadaptation de l’appareil locomoteur et des pathologies du rachis à l’Institut de rhumatologie, DMU de l’appareil locomoteur, à l’hôpital Cochin, APHP, également professeur à l’Université de Paris et responsable de l’équipe de recherche à l’Inserm U1124, explique la place de l’activité physique et de la kinésithérapie dans la lombalgie aiguë pour prévenir le passage à chronicité.

Quelle est la place de l’activité physique dans la prise en charge de la lombalgie aiguë, la prévention des rechutes et du risque de chronicisation ?

Pr François Rannou. Tout d’abord, il est important de définir ce qu’est l’activité physique pour savoir de quoi nous parlons. L’activité physique est définie comme étant un mouvement du corps résultant d’une contraction musculaire et induisant une dépense énergétique. Elle se différencie de l’activité physique adaptée, qui, elle, va correspondre à des exercices structurés, répétitifs ayant pour objectif l’amélioration et le maintien de la forme physique. Enfin, le sport est une activité physique avec, en plus, des contraintes ludiques et des règles précises avec souvent un objectif de compétition. Dans le cas de la lombalgie aiguë, ces trois formes d’activité physique sont intéressantes en termes de prévention. La question est de savoir quel est le meilleur vecteur pour promouvoir ses activités physiques.

Qu’ont montré les résultats de vos recherches ?

Pr François Rannou. Dans les années 2000, notre équipe a montré que la promotion de l’activité physique via un support papier sur une population de plusieurs milliers de patients permettait de diminuer d’environ 25 % le passage à la chronicité lors d’un épisode de lombalgie aiguë (1). Il semble également que, développées sur le lieu de travail, ces 3 formes d’activités puissent avoir un impact préventif. Enfin, le kinésithérapeute et le médecin généraliste sont les deux professionnels de santé de premier recours les plus à même de délivrer le message positif de l’activité physique. Il existe donc actuellement au moins 4 vecteurs pour véhiculer le message de l’importance de l’activité physique dans la lombalgie aiguë.

Quelle est la place de la kinésithérapie lorsqu’il existe un risque accru de passage à la chronicité ?

Pr François Rannou. La kinésithérapie et plus particulièrement le kinésithérapeute a un rôle clé dans la prévention du passage à la chronicité en inscrivant l’activité physique dans ses pratiques. Néanmoins, aujourd’hui, comme pour les médecins, leur formation mériterait d’être renforcée afin que la place de l’activité physique au décours d’un épisode de lombalgie aiguë soit plus largement relayée. C’est l’objet de cette campagne de communication et les médecins de médecine physique et de réadaptation s’en félicitent en tant que médecins spécialistes de l’activité physique.

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(1) http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1939729/pdf/