« Les médecins ont un rôle majeur à jouer dans la campagne de vaccination contre la Covid-19 »

29 janvier 2021

A la tête du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, placé auprès du ministère des Solidarités et de la santé, le professeur d’immunologie pédiatrique et chercheur en biologie Alain Fischer fait le point sur les activités du Conseil qu’il préside ainsi que sur les perspectives de vaccination par les médecins libéraux au-delà des Ehpad et des centres de vaccination.

Avec les prochains vaccins attendus, est–il envisageable que les médecins libéraux puissent vacciner dans leurs cabinets ?

Pr Alain Fischer : Il me paraît tout à fait logique qu’avec des vaccins dont la conservation est plus aisée, la vaccination puisse se mettre en place en cabinet, de même que, peut-être, en pharmacie, par analogie avec la grippe. Le premier vaccin attendu dans cette catégorie est celui d’AstraZeneca, sur lequel l’Agence européenne du médicament devrait prochainement rendre son « verdict ». Ce type de vaccin pourrait être administré en cabinet dès lors qu’il serait positivement évalué et approuvé par la Haute Autorité de Santé (HAS) et que les doses soient livrées. Cela élargirait les accès possibles au vaccin notamment pour les personnes à mobilité réduite par exemple. Différents scénarios sont possibles : est-ce que ce vaccin sera exclusivement administré par les médecins, les infirmiers voire éventuellement par les pharmaciens, à proximité des patients, ou est-ce qu’il pourrait être aussi disponible dans les centres de vaccination comme c’est le cas pour les vaccins ARN… Autant de questions ouvertes à ce jour.

Comment travaille le Conseil que vous présidez pour faire évoluer la stratégie de vaccination ?

Pr Alain Fischer : Le Conseil est composé de médecins, de scientifiques qu’ils soient biologistes ou spécialisés en sciences humaines et sociales. Beaucoup d’entre eux ont déjà travaillé sur la problématique de la vaccination et de son acceptation en particulier. Il y a aussi des infirmiers, des pharmaciens, ou encore des représentants de la société civile. Le premier sujet sur lequel nous avons travaillé depuis que nous existons a été celui de l’accompagnement et de la formulation de préconisations en matière de simplification, d’élargissement et d’accélération de la vaccination. D’abord au moment de la mise en place de la vaccination des professionnels de santé de plus de 50 ans puis, pour celle de la vaccination des personnes de plus de 75 ans. Plus spécifiquement, nous avons proposé d’approfondir les préconisations de la HAS pour les personnes atteintes de maladies chroniques considérées comme prioritaires. En travaillant sur cette question en lien avec la HAS et en relation avec les centres de référence des maladies rares, nous avons ainsi proposé une liste pouvant aider à accélérer la vaccination des personnes malades à très haut risque de Covid grave. Plus récemment, nous avons émis un avis relatif à la communication sur la vaccination à l’égard des professionnels de santé, afin de soutenir leur motivation de se faire vacciner eux-mêmes, même si aujourd’hui nombre d’entre eux en sont convaincus. A court terme, nous pourrions également être amenés à travailler sur la réflexion autour de l’impact potentiel des variants du virus sur la stratégie vaccinale, ou encore sur la communication à l’égard du grand public.

Nous sommes en lien avec toutes les agences qui jouent un rôle important dans le contexte du développement de la campagne, telles que Santé publique France, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé et la HAS. Nous travaillons dans le strict respect de la philosophie générale définie par la HAS selon laquelle l’objectif est de protéger en premier lieu les personnes les plus vulnérables, de réduire la mortalité ainsi que d’essayer de réduire la pression sur le système de santé.

Pourquoi l’enregistrement de toutes les vaccinations dans le téléservice Vaccin Covid est-il important ?

Pr Alain Fischer : Ce système d’information est essentiel car il permet la traçabilité en cas de survenue d’un événement indésirable, même si celui-ci est peu probable. Il est fondamental tant pour la sécurité des personnes vaccinées – pour savoir quel jour, avec quel vaccin et quel lot elles ont été vaccinées -, qu’au niveau collectif, pour recueillir toutes les données sur l’évolution de la campagne de vaccination en France.

Il faut rappeler que les médecins libéraux jouent un rôle central dans cette campagne car, même si dans l’immédiat ils ne vaccinent pas dans leurs cabinets, ils sont impliqués dans les centres de vaccination et dans les Ehpad. En outre, au-delà du fait qu’ils vaccinent, ils ont un rôle clé à jouer dans la communication et dans l’établissement de la confiance dans la vaccination. Ce sont en premier lieu les médecins généralistes qui apportent l’information aux citoyens et il est donc important qu’ils puissent bénéficier eux-mêmes d’une information adéquate afin de se sentir à l’aise pour répondre aux questions des personnes qu’ils reçoivent. En somme, leur rôle dans le succès de cette campagne de vaccination est majeur.

 

Pour information, les propos ont été recueillis le 29 janvier matin.