« Les bithérapies par anticorps monoclonaux montrent des résultats encourageants »

29 avril 2021

Dr Alban Dhanani

Le docteur Alban Dhanani est directeur adjoint à la direction médicale en charge des vaccins et des médicaments anti-infectieux de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Il revient notamment sur l’autorisation temporaire d’utilisation (ATU) délivrée mi-mars à 2 bithérapies par anticorps monoclonaux pour traiter certains patients positifs à la Covid-19 à haut risque de développer une forme grave de la maladie. Il souligne aussi le rôle clé des médecins dans l'identification des patients éligibles et leur orientation rapide vers ces traitements précoces.

Quelles sont les 2 bithérapies par anticorps monoclonaux destinées à soigner les patients atteints de la Covid-19 ?

Dr Alban Dhanani. Des résultats préliminaires issus d’études cliniques obtenus chez des patients Covid-19 traités par anticorps monoclonaux ont abouti à la mise en œuvre de 2 autorisations temporaires d’utilisation (ATU) pour les bithérapies casirivimab/imdevimab du laboratoire Roche et bamlanivimab/etesevimab du laboratoire Lilly France. Avant d’entrer dans le détail du mécanisme d’action de ces traitements, je reviens sur la polémique liée à la mise à la disposition précoce de ces traitements qui a soulevé, en début d’année, plusieurs critiques au sein de la communauté médicale. Je rappelle que ce traitement par anticorps monoclonaux a été proposé dans le cadre d’une autorisation temporaire d’utilisation (ATU). Ce n’est pas une autorisation de mise sur le marché (AMM) mais un dispositif encadré permettant un accès précoce à certains médicaments destinés à traiter des maladies graves ou rares en l’absence d’alternatives thérapeutiques disponibles. L’ATU se base sur des résultats d’efficacité et de sécurité préliminaires dans l’attente d’obtenir des résultats complémentaires.

Aujourd’hui, les dernières données disponibles concernant ces bithérapies par anticorps monoclonaux viennent balayer cette polémique et montrent des résultats très encourageants chez des patients fragiles atteints de la Covid-19. S’agissant du mécanisme d’action, ces anticorps monoclonaux ont été conçus pour cibler spécifiquement la protéine Spike située à la surface du SARS-CoV-2, neutralisant ainsi la capacité du virus à se fixer et à pénétrer dans les cellules humaines. L’intérêt de ces anticorps monoclonaux est d’agir rapidement en début d’infection sur la charge virale lorsque celle-ci est importante. L’objectif final est d’éviter de développer une forme grave de la maladie.

Quels sont les patients éligibles à ces traitements et quel est le rôle attendu des médecins ?

Dr Alban Dhanani. 3 types de patients adultes sont éligibles à ces traitements : les personnes immunodéprimées, les patients à risque de complications liées à des comorbidités et, enfin, les patients âgés de 80 ans et plus, avec ou sans comorbidité. Ce sont particulièrement ces personnes qui, en cas d’infection par le SARS-CoV-2, sont à haut risque de développer une forme grave de la maladie. Pour être efficaces, ces traitements doivent être instaurés très tôt, c’est-à-dire dans les 5 jours après l’apparition des premiers symptômes.

C’est pourquoi les médecins généralistes ont un rôle clé dans l’identification des patients à risque et leur orientation rapide vers ces traitements précoces. En pratique, le médecin peut consulter la liste des établissements disposant d’un stock de médicaments sur le site Santé.fr ou appeler le Samu/centre 15 qui orientera le patient vers le service hospitalier au sein duquel il recevra le traitement. Celui-ci consiste en une seule injection par voie intraveineuse. Le patient est sous surveillance médicale pendant la durée de la perfusion et environ 1 heure après l’injection pour vérifier l’absence de réactions d’hypersensibilité avant qu’il s’isole chez lui. Le rôle du médecin généraliste est essentiel dans le suivi de son patient. En effet une surveillance virologique, qui se traduit par un test RT-PCR à J+7, doit être instaurée au domicile du patient, ainsi qu’une visite de contrôle environ 1 mois après l’administration du traitement. Des visites supplémentaires et une surveillance virologique renforcée peuvent être décidées en fonction de l’évolution de la charge virale. Ces bithérapies par anticorps monoclonaux sont efficaces sur la première souche connue du virus (Wuhan) et le variant anglais, majoritaire en France. Par contre, leur efficacité est impactée par le variant sud-africain, d’où l’importance du suivi virologique. Nous observons de plus en plus de patients adressés par les médecins généralistes dans les services hospitaliers pour bénéficier de ces anticorps monoclonaux, c’est un excellent signal qu’il faut intensifier dans le contexte actuel.

Quel message voulez-vous adresser aux médecins ?

Dr Alban Dhanani. Il existe un traitement en ATU qui permet de réduire le risque de développer des formes graves de la Covid-19 et, par voie de conséquence, d’éviter l’hospitalisation et le passage en réanimation. Rappelons que l’ATU permet à certaines catégories de malades d’avoir accès, de façon précoce et dérogatoire, à des traitements dispensés dans un cadre réglementaire et sécurisé, et pour lesquels il n’y a pas encore d’AMM. Sans ce dispositif d’ATU, il faudrait attendre l’octroi d’une AMM ce qui pourrait différer l’utilisation de ces traitements de plusieurs mois. Or c’est maintenant, dans une situation épidémique difficile avec un nombre important d’hospitalisations qu’il faut faire bénéficier les patients les plus vulnérables de ces traitements. L’idée, ensuite, serait d’élargir l’accès à ces bithérapies à d’autres populations à risque, notamment les enfants atteints d’un déficit immunitaire, et d’envisager de nouvelles combinaisons d’anticorps pour améliorer leur efficacité. À ce jour, nous avons reçu environ 1 000 demandes d’ATU et nous sommes en capacité de mettre à disposition ces bithérapies sur l’ensemble du territoire via les stocks disponibles et grâce au maillage des structures hospitalières. Les médecins doivent être convaincus de l’intérêt de proposer ces traitements à leurs patients éligibles et devenir ainsi acteurs de cette prise en charge précoce.

Quid des premiers résultats des traitements précoces contre la Covid-19 ?

« Des études de phase III avec ces associations d’anticorps monoclonaux montrent, d’une part, un impact significatif sur la charge virale des patients infectés par la Covid-19 lorsqu’ils sont administrés rapidement après l’apparition des premiers symptômes, d’autre part, une réduction du risque d’hospitalisations et de décès qui oscille entre 70 et 87 % en comparaison à un groupe de patients recevant un placebo. Ces résultats préliminaires encourageants devront être confirmés par des données complémentaires permettant d’envisager une AMM », détaille le Dr Alban Dhanani.

 

En savoir plus sur le protocole des bithérapies par anticorps monoclonaux.