« La parole médicale joue un rôle essentiel dans le dépistage du cancer du col de l'utérus »

19 janvier 2017

L'Assurance Maladie s'adresse, en janvier, à plus de 5 millions de femmes et à leur médecin pour les inciter à faire un frottis. À quelques jours de la journée mondiale contre le cancer, l'Institut national du cancer (INCa) lance sa campagne de communication sur le dépistage du cancer du col de l'utérus à la fin du mois. Parallèlement, dans le cadre du Plan cancer 2014-2019, l'INCa travaille à un programme national de dépistage ciblé sur les milliers de femmes qui ne font pas régulièrement de frottis. Frédéric De Bels, responsable du département dépistage de l'INCa, en dresse le portrait. 

Frédéric De Bels : Ce programme vise les femmes ne réalisant pas de dépistage et les populations vulnérables. En pratique, un dépistage par frottis cervico-utérin est déjà réalisé par 60 % des femmes de la classe d'âge concernée mais cela signifie donc qu'aujourd'hui, 4 femmes concernées sur 10 ne se font pas dépister régulièrement.

L'objectif est d'avoir réduit l'incidence et le nombre de décès de 30 % dans 10 ans.

En effet, chaque année, plus de 1 000 femmes meurent encore du cancer du col de l'utérus. On diagnostique plus de 30 000 lésions précancéreuses et près de 3 000 nouveaux cas de cancers avérés par an. Le frottis, recommandé tous les 3 ans chez les femmes de 25 à 65 ans (après 2 frottis normaux à un an d'intervalle), est un moyen efficace d'éviter ce cancer ou d'agir le plus tôt possible dès qu'il est dépisté.

Ce programme de dépistage organisé (incluant l'invitation et la relance des femmes ne participant pas spontanément au dépistage ainsi que le suivi du programme) sera progressivement déployé dès cette année.

En 2016, l'INA qui s'adressera le programme national de dépistage que vous préparez ? Ça a rendu publique une étude pour mieux connaître les 40 % de femmes qui ne réalisent pas de frottis. Qui sont-elles ?

Frédéric De Bels : Les femmes qui ont le moins recours au dépistage ont entre 50 et 65 ans puisque dans cette tranche d'âge, seule 1 femme sur 2 se fait dépister.

Elles peuvent aussi être en situation de vulnérabilité médicale : « éloignées » du système de santé, en invalidité ou atteintes de certaines affections longue durée. A titre d'exemple, 59 % des femmes diabétiques ne font pas de frottis assez régulièrement. Enfin, certaines femmes peuvent connaître une situation socio-économique défavorable : près de 60 % des femmes non participantes résident dans une commune dite défavorisée et
15 % sont bénéficiaires de la CMU-C.

Dans le baromètre cancer 2010*, les femmes non dépistées déclaraient qu'elles feraient un frottis si leur médecin leur conseillait. Quels sont les leviers des médecins ?

Frédéric De Bels : La parole médicale joue un rôle essentiel dans la réalisation du dépistage du cancer du col de l'utérus.

Au cours de la consultation, le médecin peut informer une femme concernée sur l'intérêt et les limites de cet examen et sur l'utilité de le réaliser tous les 3 ans, jusqu'à 65 ans. Il peut vérifier avec elle qu'elle l'effectue tous les 3 ans ; il peut le réaliser lui-même, le prescrire pour qu'il soit réalisé dans un laboratoire d'analyses de biologie médicale, orienter la femme vers un autre professionnel de santé (gynécologue, sage-femme) ou encore l'inviter à prendre rendez-vous dans un centre de santé, un centre de planification ou d'éducation familiale ou à l'hôpital. En cas de détection d'une lésion, il pourra enfin lui apporter les informations nécessaires et l'accompagner.

L'INCa tient à la disposition de chaque professionnel de santé, sur e-cancer.fr, un dossier d'information complet sur le frottis et la vaccination contre les HPV, une fiche d'aide à la pratique ainsi que des outils d'information (dépliant, affichette), y compris en langues étrangères, que chacun peut commander gratuitement et mettre à la disposition de ses patientes.

* Beck F., Gautier A., dir. Baromètre cancer 2010, Saint-Denis , Inpes, coll. Baromètres santé, 2012 : 272 p.

Dépistage du cancer du col de l'utérus : la campagne de sensibilisation de l'Assurance Maladie est lancée

À partir du mois de janvier, plus de 5 millions de femmes âgées de 25 à 65 ans n'ayant pas réalisé de frottis et/ou n'ayant pas eu de consultation gynécologique depuis 2 ans, vont être invitées par l'Assurance Maladie à consulter leur médecin traitant, leur gynécologue ou une sage-femme afin de réaliser un frottis de dépistage.

Cette 4ème campagne de sensibilisation soutient les médecins dans leur action de dépistage et constitue un relais de celle menée par l'Institut national du cancer (INCa). Pour la 1ère fois, les détentrices d'un compte ameli concernées recevront le courrier directement dans leur compte.

Les médecins peuvent aussi s'appuyer sur la rémunération sur objectifs de santé publique (Rosp) qui a été renforcée par la convention médicale 2017-2021. L'indicateur de la Rosp portant sur le dépistage du cancer du col de l'utérus demande au médecin traitant de réaliser un frottis tous les 3 ans à 80 % au moins de ses patientes âgées de 25 à 65 ans. En 2015, le taux moyen de cet indicateur n'était de que de 56,6 %.