« La crise sanitaire met en évidence l’intérêt des organisations coordonnées »

29 septembre 2020

L’Assurance Maladie a ouvert mi-septembre plusieurs négociations conventionnelles dans lesquelles les syndicats représentant les médecins libéraux sont parties prenantes. L’une, propre aux médecins, porte principalement sur la réponse aux besoins de soins non programmés et la télémédecine. L’autre, menée au niveau interprofessionnel avec les représentants de l’ensemble des professionnels de santé, concerne l’exercice coordonné. Thomas Fatôme, directeur général de la Caisse nationale de l’Assurance Maladie (Cnam), revient sur les enjeux de ces négociations et rappelle le rôle essentiel des médecins dans la lutte contre la Covid-19.

Quels ont été les premiers sujets posés sur la table des discussions avec les médecins libéraux ?

Thomas Fatôme. Le 17 septembre dernier, j’ai rencontré les 5 syndicats représentatifs de médecins libéraux (la CSMF, MG France, le SML, la FMF, le Bloc) pour entamer les négociations conventionnelles sur l’avenant 9 à la convention médicale. Nous avons commencé à discuter de la valorisation de l’engagement des médecins libéraux de la prise en charge des soins non programmés. C’est pour moi un dossier prioritaire.

Le nombre annuel de passages aux urgences a doublé en 20 ans, passant de 10 à 21 millions. Et l’on sait que 43 % des passages aux urgences pourraient être remplacés par une prise en charge en ville, dont 29 % par un généraliste sans plateau technique. Un nouveau « service d’accès aux soins » (SAS), annoncé dans le cadre du Pacte de refondation des urgences il y a un an, va permettre d’orienter les patients ayant un besoin de soins urgent, de façon à ce qu’ils puissent trouver une réponse adéquate au sein du système de santé. L'enjeu des négociations consiste à définir, dans la concertation, les modalités d’intervention des médecins de ville dans le cadre de cette organisation et de définir leur rémunération, au niveau de la régulation comme de la réalisation des soins.

Nous allons aussi discuter, dans les semaines à venir, de l’assouplissement des conditions de prise en charge des actes de télémédecine, en tirant le bilan des dérogations mises en place durant la crise sanitaire. D’ailleurs, dans le même esprit, des négociations sur une plus large ouverture de la télésanté vont être engagées avec l’ensemble de professionnels de santé conventionnés.

Pour revenir aux médecins libéraux, nous souhaitons enfin les inciter à se rendre davantage au domicile des patients âgés. Nous voulons également réduire les délais d’accès aux consultations spécialisées de second recours, avec des mesures tarifaires à destination des spécialistes, notamment ceux qui réalisent la plus forte activité clinique, comme les gynécologues, les pédiatres, les psychiatres…

Le renforcement et le développement de l’exercice coordonné constitue un autre grand enjeu pour le système de santé…

Thomas Fatôme. C’est en effet l’enjeu de la négociation interprofessionnelle qui s’ouvre parallèlement. L’exercice coordonné concourt à l’amélioration à la fois des conditions d’exercice des médecins et de l’accès aux soins. Il faut accélérer les transformations déjà impulsées dans les territoires, à l’image des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). Le déploiement de ces organisations doit se faire dans une logique de bon sens pour lever les différents obstacles à l’adhésion des acteurs. Et il faut consolider leurs missions et formaliser leur rôle dans la préparation et la réponse aux menaces et crises sanitaires. Celle dans laquelle nous sommes plongés met en évidence l’intérêt de pouvoir fédérer les professionnels de santé autour d’organisations coordonnées : la mise en place de centres Covid, la distribution d’équipements de protection individuelle, les coopérations qui se sont mises en place en de nombreux endroits entre professionnels de santé et avec les collectivités territoriales, les établissements de santé, les Ehpad, en sont des illustrations. D’ailleurs, avec l’épidémie de Covid-19, des CPTS ont vu le nombre de leurs adhérents doubler ou même tripler !

Au cœur de cette crise sanitaire, le rôle des médecins libéraux est particulièrement crucial pour identifier les cas contact…

Thomas Fatôme. Au-delà de la prise en charge des patients atteints de la Covid-19, les médecins de ville se sont largement engagés dans la recherche des personnes avec qui les malades ont été en contact rapproché au cours des jours entourant l’apparition des symptômes ou la découverte de la positivité du test. Cette identification – ce « contact tracing » - est essentielle pour casser les chaînes de contamination. Et les informations recueillies par les médecins sont précieuses pour les équipes d’enquêteurs sanitaires de l’Assurance Maladie, qui appellent ces cas contact. Toutefois, la possibilité offerte à chacun, depuis le 24 juillet, de se faire dépister sans prescription a eu un impact sur les circuits du tracing : les médecins interviennent mécaniquement moins dans le repérage des cas contact dans la mesure où leurs patients ne sont pas toujours passés d’abord les voir avant de réaliser leurs tests. C’est pourquoi, depuis le 22 septembre, ils peuvent accéder aux fiches relatives à leurs patients renseignées par les plateformes d’enquêteurs de l’Assurance Maladie et compléter l’enquête commencée par celles-ci. Ils ont surtout un rôle fondamental pour aider leurs patients à respecter l’isolement et repérer les situations difficiles. La relation avec le médecin traitant est précieuse et irremplaçable : elle constitue une condition d’efficacité pour le dispositif de contact tracing.