La cartographie des dépenses de santé associées aux pathologies fréquentes et graves

30 juin 2017

Afin de décrire au mieux la nature des dépenses de santé, leur évolution et d’en maîtriser la progression, l’Assurance Maladie publie, chaque année, dans son rapport Charges et produits*, une analyse médicalisée des pathologies et du recours aux soins en France. En avant-première de l’édition 2017 à paraître, le point sur les enseignements tirés de la cartographie médicalisée des dépenses de santé.

 

Sur les 57 millions d’assurés du régime général**, 20 millions (soit 35 % de la population), ont eu recours en 2015 au système de soins pour une pathologie spécifiquement identifiée, souvent une maladie chronique ou pour la prise d’un traitement médicamenteux spécifique au long cours (plus de 3 délivrances dans l’année). En ajoutant les maternités, les hospitalisations ponctuelles et certains traitements antalgiques ou anti-inflammatoires chroniques, ce sont 26 millions de personnes (45 % de la population) qui ont sollicité de façon significative le système de soins. Pour le reste de la population, 31 millions d’assurés – soit plus d’1 assuré sur 2, la consommation de soins relève de soins courants, en dehors de tout contexte de pathologie ou traitement spécifique identifiable.

L’âge plus déterminant que le sexe pour la survenance de maladies 

La fréquence des pathologies varie davantage selon l’âge que selon le sexe. Le diabète gagne 5 points pour la tranche des 55-64 ans et les maladies cardioneurovasculaires progressent de 9 points sur la même tranche d’âge et touchent plus précocement les hommes que les femmes. Ces dernières en revanche recourent plus tôt et plus souvent*** aux traitements psychotropes : + 7 points entre 55 et 64 ans.

Les principaux postes de dépenses

Les grandes tendances observées depuis la création de la cartographie se confirment en 2015 avec le recours important et croissant aux hospitalisations ponctuelles : elles concentrent près de 31 milliards d’euros sur près de 134 milliards d’euros de soins remboursés en 2015 par l’Assurance Maladie. Les maladies mentales forment le deuxième poste de dépenses avec plus de 19 milliards d’euros consacrés à la prise en charge des traitements psychiatriques et des psychotropes. Une somme en hausse de plus de 2 % entre 2012 et 2015 alors que le nombre de patients pris en charge pendant cette période a diminué : - 102 600 (cette diminution a porté principalement sur les traitements psychotropes chroniques). Les dépenses liées au cancer ferment le trio des 3 principales familles de dépenses.

 

* Cartographie médicalisée des dépenses de santé établie à partir des données du système interrégime d’Assurance Maladie (Sniiram) pour les soins réalisés en ville et du programme de médicalisation des systèmes d’information pour les soins réalisés en établissements (PMSI).

** Toutes les données citées concernent les assurés du régime général y compris ceux des sections locales mutualistes soit 4 assurés sur 5 .

*** En dehors de maladies cardioneurovascualires spécifiques, diabète et insuffisance rénale chronique terminale

 

Catégories de populations supérieures à 1 million de personnes

Dépenses en milliards d’€ en 2015

Effectifs en millions de pers. en 2015

Evolution 2012-2015 en nb de pers.

Evolution 2012-2015 en millions d’€ et en TCAM*

Hospitalisations ponctuelles 30,7 7,827 + 335 000 + 2 120 / + 2,4 %
Santé mentale (maladies psychiatriques + traitements psychotropes) 19,3 7,202 - 102 600 + 1 279 / + 2,3 %
Cancers 14,1 2,519 + 65 600 + 1 568 / + 4 %
Soins courants 13,5 31,316 + 690 500 + 941 / + 2,4 %
Maladies cardioneurovasculaires 13,2 3,766 + 332 000 + 1 206 / + 3,3 %
Traitements du risque cardiovasculaire 5 7,527 - 245 000 - 325 /  -2,1 %
Diabète 6,8 3,107 + 254 300  + 503 / + 2,6 %
Maladies neurologiques ou dégénératives 5,5 1,237 + 83 300 + 594 / + 3,9 %
Maladies respiratoires chroniques 2,9 3,050 + 134 600 + 150 / + 1,8 %

* Taux de croissance annuel moyen

Les évolutions de 2012 à 2015 

Deux phénomènes principaux expliquent la croissance des dépenses par pathologie de 2012 à 2015 : le 1er est l’augmentation des effectifs de la population prise en charge, le second est l’augmentation du coût moyen de prise en charge. Ces phénomènes jouent de manière différenciée en fonction des pathologies ; on retrouve donc des évolutions variables d’une pathologie à l’autre.

Le nombre de personnes souffrant d’une maladie coronaire chronique a augmenté en France entre 2012 et 2015 (+ 2,5 %) alors que la dépense annuelle moyenne par patient traité a baissé pendant cette même période de 2,7 %. Cette baisse s’explique par la baisse de prix de certains médicaments, comme les antiagrégants plaquettaires et par une diminution des dépenses d’hospitalisations, parallèlement à une hausse des soins infirmiers en ville.

Inversement, dans le traitement du cancer actif du sein, on observe une hausse de la dépense moyenne de soins associée à la prise en charge des patientes, qui est passée de 11 288 euros par patiente et par an en 2012 à 12 035 euros en 2015, tirée par le recours croissant à des médicaments nouveaux.

 

Quelles seront les maladies les plus répandues en 2020 ?

Pour la première fois en 2017, la cartographie des dépenses de santé de l’Assurance Maladie offre des projections de l’évolution du nombre de patients concernés par grande pathologie ou par traitement d’ici 2020.

Les projections font état d’une croissance du nombre de personnes concernées pour la plupart des pathologies dans les 5 ans à venir. Elle va tout de même ralentir du fait notamment d’une évolution démographique plus modérée. Par ailleurs, les évolutions des effectifs varient d’un groupe de population à l’autre selon les pathologies et les traitements.

Le nombre de personnes prenant des traitements psychotropes va ainsi reculer de 8 % quand le nombre de celles prenant un traitement pour le risque cardiovasculaire va reculer de 6 %. À l’inverse, dans le cas du diabète, le nombre de personnes concernées par cette pathologie devrait augmenter de 12 %, soit plus de 450 000 patients faisant passer les effectifs à plus de 4 millions en 2020. D’où les actions conduites en termes de prévention et de maîtrise médicalisée.

D’ici à 2020, ce sont 580 000 personnes supplémentaires qui auront au moins une pathologie, un traitement au long cours, une maternité ou une hospitalisation ponctuelle.

Ces projections restent toutefois à prendre avec prudence ; en effet, si elles s’appuient sur les tendances d’évolution démographique modélisées par l’Insee, elles projettent pour les années à venir les tendances épidémiologiques observées aujourd’hui maintenues constantes.

 

 Les 5 pathologies clés en termes d’effectifs – extrapolation tous régimes

  Effectifs* en 2015 Effectifs en 2020 Evol 2015 - 2020 (nb) Dont effet démo. Dont effet épidémio. Evol 2015 - 2020 (%)
Maladies cardioneurovasculaires 4 510 000 5 114 000 604 400 400 000 204 400 13 %
Diabète 3 695 000 4 151 000 455 300 285 800  169 500 12 %
Maladies respiratoires chroniques (hors mucoviscidose) 3 563 000 3 904 000   10 % 153 300 187 200
Maladies psychiatriques 2 188 000 2 434 000   11 % 63 400 182 600
Maladies inflammatoires ou rares ou VIH ou SIDA 1 148 000 1 383 000   20 % 44 500 190 300