« Il est intéressant de fixer des RDV en novembre avec les patients voulant arrêter de fumer »

27 octobre 2017

Les médecins vont pouvoir s’appuyer sur la 2e édition de #MoisSansTabac pour accompagner leurs patients vers l’arrêt du tabac. Cette manifestation, qui incite les fumeurs, de manière positive, à arrêter de fumer en groupe pendant 30 jours, a lieu durant tout le mois de novembre. Pour renouveler le succès de la 1re  édition, de nouveaux outils et modalités de participation sont proposés aux fumeurs voulant décrocher. Anne-Laurence Le Faou, responsable du centre ambulatoire d'addictologie à l’hôpital européen Georges Pompidou de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris et présidente de la Société francophone de tabacologie, détaille comment les médecins peuvent concrètement aider leurs patients dans cette démarche difficile.

On sait que le dialogue est une étape charnière vers l’arrêt du tabac : comment trouver les mots qui vont « parler » au patient ?

Dr Anne-Laurence Le Faou. Le médecin connait son patient, il va trouver les leviers : son entourage, ses enfants, petits-enfants, un projet qui lui tient à cœur et pour lequel il souhaite économiser. Ce peut être aussi la proposition de réduire peu à peu sa consommation de cigarettes sous substituts nicotiniques si la personne n'envisage pas l'arrêt du jour au lendemain.

Nous savons bien que beaucoup de maladies sont liées au tabagisme ou aggravées par le tabac ; pourtant, les personnes atteintes de maladies cardiovasculaires, pulmonaires, les diabétiques sont des fumeurs qui résistent au sevrage. Le dialogue peut permettre de dédramatiser en proposant des consultations dédiées et un traitement pharmacologique comme les substituts nicotiniques ou la varénicline. On peut aussi expliquer que la dépendance tabagique est une dépendance sévère, qu'elle est à la fois physique, psychologique et comportementale et que seule la persévérance du patient, soutenue par les conseils du médecin, sera à l'origine de la réussite.

Comment #MoisSansTabac peut-il renforcer l’accompagnement dont le patient en sevrage tabagique a besoin au quotidien ?

Dr Anne-Laurence Le Faou. Le ton optimiste de la campagne permet de ne pas lier systématiquement le tabac à la mort et aux maladies. L’expérience montre que les spots télé, les affiches et la communication de manière générale aident les fumeurs à faire une tentative de sevrage en ce qu’ils suscitent des questions sur les traitements. Beaucoup de fumeurs ont des idées reçues sur les méthodes efficaces d'aide à l'arrêt, sur les résultats du sevrage dans la vraie vie… La rechute est fréquente mais plus on tente l'arrêt du tabac, plus le sevrage définitif est au bout du chemin ! Le site de tabac-info-service peut aussi aider certains fumeurs car il donne des conseils pratiques sur les comportements et les médicaments d'aide à l'arrêt.

Enfin, la mise à disposition du dossier « Consultation de tabacologie » peut également être un déclencheur. Une fois rempli, il donne au médecin beaucoup d'informations pertinentes sur le comportement tabagique de son patient, sur ses souhaits et cela l'aidera à aborder le thème du sevrage tabagique plus aisément et à être pro-actif.

Quel est l’accompagnement médical idéal dans la démarche d’arrêt ?

Dr Anne-Laurence Le Faou. Les patients ont du mal à se représenter les risques du tabagisme. Le message le plus important à leur transmettre c’est de pouvoir réduire et se lancer un jour dans l'arrêt. Il faut qu’ils découvrent que les symptômes du sevrage peuvent être soulagés, qu'il est habituel qu'un traitement dure plusieurs semaines, qu'on peut craquer une fois sans que cela soit une catastrophe. Dans la littérature, le médecin qui prodigue un conseil d'arrêt fait arrêter 1 fumeur sur 50. Plus la prise en charge est intensive, plus le taux de sevrage augmente ; d'où l'intérêt de fixer des rendez-vous réguliers en novembre avec les patients voulant arrêter de fumer. L'accompagnement permet de suivre les signes de manque et d'y remédier. La prescription d'un patch pendant un mois ne suffit pas. Le traitement de référence pour les substituts nicotiniques est l'association de patchs et de formes buccales pendant une durée suffisamment longue pour éviter une rechute. De la même façon, en seconde intention, une prescription de varénicline (remboursée à 65 % par l'Assurance Maladie) par une boîte de titration initiale de 14 jours permet de refaire le point pour discuter de la date d'arrêt, d'adapter les heures de prise et de moduler la posologie si nécessaire.

 

L’implication du médecin dans l’arrêt du tabac valorisée

L’introduction d’un indicateur spécifique dans leur rémunération sur objectifs de santé publique (Rosp)  portant sur le suivi des patients tabagiques valorise l’implication importante des médecins traitants en faveur de l’arrêt du tabac de leurs patients. L’objectif cible est qu’au moins 75 % de leurs patients fumeurs aient fait l’objet d’une intervention brève sur les risques et motivations à l’arrêt du tabac.

Depuis novembre 2016, 80 % des médecins généralistes ont reçu la visite d’un délégué de l’Assurance Maladie sur ce thème. Au programme : les recommandations de la HAS et la prise en charge des substituts nicotiniques.

Les médecins ont donc un rôle essentiel à jouer dans l’opération #MoisSansTabac pour atteindre l’objectif : susciter 1 million de sevrages tabagiques.

 

Tabagisme : un marqueur des inégalités sociales de santé

En France, le tabac est responsable de 73 000 décès par an. Environ 13,4 millions de personnes fument tous les jours. Il est la 1re cause de mortalité évitable, la 1re cause de cancer, et la 2e cause de maladie cardiovasculaire. Le tabac est devenu un marqueur fort des inégalités sociales de santé. La proportion de fumeurs chez les personnes en recherche d'emploi est de 48 % alors que la proportion moyenne de fumeurs dans la population active est de 30 %. De même, le nombre de fumeurs est 2 fois plus élevé (38 %) chez les personnes sans diplôme. Mais il est de 20 % chez les diplômés au-delà du baccalauréat. Le programme national de réduction de tabagisme, qui sera élaboré au printemps 2018, aura pour objectif de convaincre 500 000 personnes par an d’arrêter de fumer.