Étude Odenore : près de 2 personnes sur 3 ont renoncé à se soigner pendant le premier confinement

29 janvier 2021

L’observatoire des non-recours aux droits et services (Odenore), qui est un dispositif de recherche du laboratoire de sciences sociales Pacte du CNRS et de l’université Grenoble-Alpes, et l’Assurance Maladie ont lancé une enquête afin d'estimer l'ampleur, la nature, les causes et conséquences des non-réalisations de soins pendant la première période de confinement.

Les premiers résultats de l’enquête montrent que 60 % des personnes interrogées disent ne pas avoir réalisé à leur initiative, pendant le premier confinement, au moins un soin dont elles avaient besoin. Parmi les personnes qui n’ont pas consulté de médecin généraliste pendant le 1er confinement malgré un besoin, une nette majorité (68 %) dit avoir consulté à l’issue du 1er confinement. Il ressort de cette étude un renoncement «définitif» assez faible (entre 2 % et 7 % selon le type de besoin de soins). La plupart des personnes qui n'ont toujours pas réalisé la consultation ou l'acte au moment de l’enquête garde l'intention de le faire.

Tous types de soins confondus, les raisons qui ont le plus amené les personnes à ne pas se soigner alors qu’elles auraient eu besoin de le faire sont la fermeture des cabinets et structures de soins, une appréhension de la contamination, une temporisation de leur demande de soin, ainsi qu’une volonté de ne pas surcharger les professionnels de la santé pendant cette période. Cette dernière raison est la plus citée par les personnes qui ont renoncé à consulter un généraliste durant le confinement (37 % d’entre elles) alors que la raison principale de la non-réalisation de soins dentaires et spécialisés est relative à la fermeture des cabinets et structures de soins (59 % des soins dentaires et 36 % des consultations chez des spécialistes).

Voir l'étude complète.

Méthodologie de l’enquête

L’enquête a été effectuée en ligne. Le questionnaire a été ouvert du 24 juillet au 23 septembre 2020 et a été porté à la connaissance du public par différents relais (mailing, réseaux sociaux…). Plus de 7 000 personnes ont répondu à cette enquête. 4 236 questionnaires ont été complétés en totalité. En savoir plus sur le site de l’Odenore.

 

Infographie présentant les résultats d'une étude sur le renoncement aux soins (description complèete ci-après)

Les trois types de consultations les plus reportées

  • médecin généraliste (39 %)
  • médecin spécialiste (25 %)
  • dentiste (23 %)

Le renoncement chez les spécialistes

Les consultations de spécialistes auxquelles les personnes ont le plus souvent renoncé sont :

  • gynécologues (18 %)
  • ophtalmologues (17 %)
  • dermatologues (11 %)
  • cardiologues (11 %)
  • rhumatologues (10 %)
  • gastroentérologues (10 %)

Les consultations et les soins planifiés pendant le premier confinement ?

Les consultations planifiées

46 % des répondants déclaraient avoir une consultation prévue pendant le confinement :

  • 31 % ont répondu qu'ils ont pu en bénéficier
    • dont 18 % au cabinet
    • dont 13 % en téléconsultation
  • 69 % ont vu leur rendez-vous annulé, avec nouvelle date fixée (25 %), sans nouvelle date (38 %) ou ont annulé leur rendez-vous eux-mêmes (10 %).

Les soins dentaires planifiés

21 % des répondants déclaraient avoir une consultation prévue pour des soins dentaires pendant le confinement :

  • 7 % ont répondu qu'ils ont pu en bénéficier
  • 93 % ont vu leur rendez-vous annulé, avec nouvelle date fixée (53 %), sans nouvelle date (27 %) ou ont annulé leur rendez-vous eux-mêmes (8 %).

Les analyses biologiques et examens médicaux planifiés

25 % des répondants déclaraient avoir des analyses biologiques et/ou examens médicaux (imagerie) pendant le confinement :

  • 61 % ont répondu qu'ils ont pu en bénéficier
  • 39 % ont vu leur rendez-vous annulé, avec nouvelle date fixée (14 %), sans nouvelle date (15 %) ou ont annulé leur rendez-vous eux-mêmes (7 %).

Davantage de report de soins que de renoncement définitif

Les principales raisons qui ont amené les personnes à ne pas réaliser certains soins

  • le patient a volontairement reporté : il a considéré le besoin comme non urgent ou n’a pas voulu surcharger le médecin
  • les cabinets ou les structures étaient fermés
  • le patient a eu peur de la contamination chez le professionnel de santé ou dans la structure

Les soins ont été majoritairement rattrapés ou en passe de l’être après le confinement

Au moment de l’enquête (24 juillet au 23 septembre), parmi les personnes qui n’ont pas consulté de médecin généraliste :

  • 68 % l’ont consulté après le premier confinement
  • 21 % ne l’avaient pas encore consulté mais avaient l’intention de le faire après le premier confinement
  • 7 % n’avaient plus l’intention de le faire
  • 4 % ne savaient pas ou n’ont pas souhaité répondre à la question

Parmi les personnes qui n’ont pas consulté de spécialistes :

  • 55 % l’ont consulté après le confinement
  • 37 % ne l’ont pas encore consulté mais en ont l’intention
  • 4 % n’ont plus l’intention de le faire
  • 4 % ne savent pas ou n’ont pas souhaité répondre à la question

Les conséquences perçues par les personnes suite à la non-réalisation de soins

1 personne sur 2 pense que la non-réalisation de soins a aggravé ses problèmes de santé

En moyenne, 41 % des personnes n'ayant pas consulté un médecin généraliste pensent que cela a aggravé le problème pour lequel elles voulaient consulter.

Ce taux est plus élevé pour les situations suivantes :

  • 45 % dans le cas d’un renoncement pour un spécialiste
  • 48 % pour les soins dentaires
  • 51 % pour les médicaments
  • 90 % pour les séances de chimiothérapies ou de dialyse

Un sentiment d’inquiétude très présent, en particulier pour les traitements

Le fait de ne pas avoir consulté a inquiété :

  • 57 % des personnes ayant renoncé à une consultation de généraliste
  • 59 % des personnes ayant renoncé à une consultation de spécialistes
  • 81 % des personnes n'ayant pas accédé à leurs médicaments ou à leurs séances de chimiothérapie ou de dialyse.

Quel est le profil du patient qui renonce aux soins ?

Âge, sexe situation

64 % des femmes déclarent avoir renoncé à des soins, contre 53 % pour les hommes.

Les personnes entre 50 et 59 ans ont en moyenne plus renoncé que les autres, à l’inverse des personnes de 70 ans.

Augmentation des inégalités

Les patients avec une fragilité préexistante ont davantage renoncé que les autres :

  • 72 % de personnes en invalidité ont déclaré n’avoir pas réalisé un soin
  • 70 % de personne seule avec un enfant
  • 77 % de personnes au foyer
  • 67 % de personnes sans emploi
  • 67 % de personnes souffrant d’une maladie chronique

27 % des personnes interrogées ont répondu qu’au moins une personne de leur foyer n’a pas réalisé des soins généralistes nécessaires au cours de cette période.

Source : Assurance Maladie et Observatoire des non-recours aux droits et service (Odenore) - 4 236 questionnaires complets recueillis en ligne du 24 juillet au 23 septembre 2020.