« On est passé de l’information à la collaboration avec le médecin »

25 janvier 2019

Acteurs de l’amélioration du système de santé, les praticiens-conseils de l’Assurance Maladie forment un corps de métier encore mal connu de la communauté médicale. Pour faciliter l’accès à une profession au cœur des enjeux de santé publique et de maîtrise des dépenses, le concours d’accès à ces emplois a été remplacé depuis cette année par un processus de recrutement plus classique, via la publication 3 fois par an d’offres d’emploi de l’Assurance Maladie. Le docteur Charlotte Pister, jeune médecin-conseil d’Alsace-Moselle, partage ce qui la passionne dans cette nouvelle vocation.

Vous êtes une jeune généraliste, qu’est-ce qui vous a conduite à devenir médecin-conseil plutôt qu’à vous installer ?

Dr Charlotte Pister. Après l’internat, j’ai fait des remplacements pendant 2 ans, puis j’ai eu un enfant, présenté ma thèse avant de passer le concours de médecin-conseil de l’Assurance Maladie en janvier 2017, car c’était alors la voie d’accès. Cela fait aujourd’hui un an et demi que je suis médecin-conseil, et je ne regrette pas un instant ce choix. Je n’étais pas, je le pense aujourd’hui, faite pour être médecin en libéral.

Je suis quelqu’un de très pragmatique, qui a besoin d’un cadre, qui a besoin de travailler en collaboration. Je ne trouvais pas cela dans ce que j’ai connu de la médecine générale durant mes remplacements et la pratique libérale ne me satisfaisait pas. Intellectuellement et professionnellement parlant, je n’y trouvais pas mon compte. J’ai toujours cru, et je crois toujours, en notre système de soins. Il est l’un des meilleurs au monde et c’est extrêmement valorisant de travailler pour son maintien. Le fait de travailler en équipe, d’avoir des possibilités d’évolution claires, sur différents postes, de faire de la gestion du risque, de la maîtrise médicalisée, de participer à apporter le meilleur soin au meilleur coût, je trouve que c’est passionnant, vraiment. Innover sans arrêt, trouver des idées, avancer...

Pourtant, en tant que jeunes médecins, souvent remplaçants, nous sommes peu informés : c’est mon père, généraliste installé, qui m’a parlé des possibilités de recrutement. J’avais bien reçu une courte formation sur la question en tout début d’internat, mais c’était trop tôt, il fallait que je me rende compte de la pratique au quotidien pour savoir que ce n’était pas ce dont j’avais envie.

La manière dont s’organise votre activité est-elle conforme à ce que vous imaginiez ?

Dr Charlotte Pister. Je travaille au sein d’une unité territoriale d’accompagnement et d’avis (Utaa). Dans une Utaa, on procède à l’analyse de la production de soins (par les professionnels de santé du territoire, dans le cadre de la maîtrise médicalisée), de sa consommation (par les assurés, notamment pour les affections de longue durée), au contrôle de certaines demandes de prestations. C’est par exemple l’instruction des demandes d’ALD et la vérification des arrêts de travail. Si je m’attendais à cette partie du métier, j’ai été très surprise de découvrir bien d’autres choses, entre autres le risque professionnel et la branche Accidents du travail/Maladies professionnelles sur laquelle j’ai été formée assez tôt, mais aussi la gestion du risque. Je fais également partie d’un groupe de travail qui propose des actions de maîtrise médicalisée des dépenses de santé Je trouve que c’est une des parties les plus intéressantes de mon métier. Le risque professionnel, lui, permet de rencontrer de nombreuses situations différentes. Les procédures qui l’encadrent sont assez normées bien sûr, il faut s’y conformer strictement, mais cela correspond bien à mon tempérament.

En ce qui concerne les relations entre le praticien-conseil et les professionnels de santé que l’on accompagne, j’ai le sentiment de travailler de plus en plus avec eux. Auparavant, les médecins-conseils échangeaient avec les médecins généralistes sur les recommandations HAS mais maintenant c’est vraiment un travail ensemble : on est passé de l’information à un échange sur la situation, la prise en charge de leurs patients, avec le souci d’apporter notre appui.

J’apprécie, de manière plus générale, la diversité de mes activités sur la semaine : contrôle d’assurés, gestion d’affections de longue durée, d’accidents du travail, de demandes de maladie professionnelle et aussi l’accompagnement des médecins généralistes de mon territoire et la participation au groupe de travail sur les actions de gestion du risque. Je fais aussi partie d’un groupe de travail sur l’harmonisation de nos pratiques au sein de la future grande région Nord-Est.

Que diriez-vous à un jeune confrère pour l’inciter à postuler ?

Dr Charlotte Pister. Je lui parlerais de la diversité de notre métier, de la communication, des échanges avec mes confrères. De la fierté de participer au maintien de notre système de soins. Quand vous êtes généraliste, c’est beaucoup plus difficile, le nez dans le guidon, de participer à maintenir la pertinence et la qualité des soins au juste coût.

J’évoquerais les possibilités d’évolution, diversifiées et intéressantes : encadrement au niveau local, au niveau régional, des postes plus techniques et spécialisés, de pilote de processus comme par exemple « accompagnement des offreurs de soins », les postes extrêmement variés à la Caisse nationale à Paris. Je lui parlerais du salariat et de la souplesse qu’il autorise : si j’ai besoin de partir plus tôt pour aller chercher mon enfant, c’est possible. Je lui rappellerais qu’on est médecin et qu’on peut toujours revenir à un autre mode d’exercice.

Je n’oublierais pas d’évoquer l’organisation structurée de l’activité, régie par des procédures. Le cadre structuré de l’Assurance Maladie rassure aussi : un supérieur hiérarchique accompagne, nous forme, nous fait avancer. Il faut juste trouver les bons codes, une fois qu’ils sont acquis, c’est une aide plus qu’un obstacle.

Pour finir, je lui parlerais de ce qui me fait me lever tous les matins : le travail en équipe. Savoir que je peux parler de mes hésitations sur un dossier à ma collègue, aux référents techniques ou avec ma hiérarchie, c’est vraiment, clairement, ce que je préfère dans mon nouveau métier. Pouvoir travailler en équipe, réfléchir en équipe, avancer en équipe. Je revendique aussi qu’on arrivera à dynamiser le service médical en y faisant entrer de jeunes médecins-conseils et à inventer de nouvelles manières de faire pour l’Assurance Maladie !

Nouvelles modalités de recrutement des praticiens-conseils

Depuis le 25 septembre 2018, les médecins-conseils sont recrutés sur candidature et après un entretien individuel devant un jury. Trois périodes de recrutement sont ouvertes chaque année. L’entretien a pour objectif principal de s’assurer de l’adéquation du profil du candidat à la fonction de praticien-conseil : savoir-faire, savoir-être. Une fois retenus, les candidats auront 6 mois pour prendre leurs fonctions, une souplesse destinée à leur permettre, par exemple, d’organiser la cession de leur cabinet.

Dans un souci de cohérence et d’équité, l’Assurance Maladie applique ces nouvelles modalités à l’ensemble des praticiens-conseils (médecins, pharmaciens et dentistes).

Si le concours a disparu, la formation reste de haut niveau. Les praticiens nouvellement recrutés débuteront leur formation par un stage pratique en échelon local du service médical (ELSM). Dans un deuxième temps, après avoir découvert leur nouveau métier et ses conditions d’exercice, ils bénéficieront d’une formation théorique, en cours d’élaboration.

À noter

La première vague de recrutements de médecins-conseils de 2019 est en cours : les candidatures sont acceptées jusqu’à la mi-février.