« Dans le cas d’un arrêt long et compliqué, j’apprécie de discuter avec le médecin-conseil »

28 juin 2018

Pour appuyer les médecins dans leurs prescriptions d’arrêt de travail, l’Assurance Maladie a mis en place depuis 2010 des campagnes régulières d’accompagnement. A l'occasion des visites des délégués de l'Assurance Maladie (DAM) ou d’échanges confraternels, elle propose aux médecins des dépliants d’information à remettre aux patients, qui rappellent les règles à respecter en cas d’arrêt et les étapes vers la reprise du travail. Un profil de prescription des arrêts leur est présenté, permettant aux praticiens de se situer par rapport à leurs confrères du même territoire. Il constitue le support à des échanges autour des difficultés qu’ils rencontrent avec leurs patients dans ce domaine. L’accent est mis sur l’importance de l’identification précoce d’obstacles potentiels à la reprise du travail. Selon une étude de la Drees, c’est en effet à partir d’un mois qu’un arrêt maladie augmente le risque de chômage et d’inactivité (1). Le docteur Christophe Galand, médecin généraliste dans le Nord, témoigne des avantages qu’il trouve à la démarche.

Dans quels types de cas échangez-vous avec le service médical de l’Assurance Maladie autour de la question des arrêts de travail ?

Dr Christophe Galand. Au départ, j’ai été informé par un DAM, lors d’une visite comme ils en font régulièrement. Il m’a présenté une fiche thématique sur la visite de pré-reprise et m’a proposé d’appeler le service médical pour toute question en rapport avec mon exercice, notamment les arrêts de travail. Comme médecin traitant, dans le cas d’un arrêt long et compliqué, il arrive que je me sente démuni face aux patients. Cela peut concerner des patients dont je pense qu’ils sont aptes à la reprise, quand eux ne l’envisagent pas, voire la refusent. Parfois, on sent que des patients cherchent à faire durer l’arrêt au-delà du nécessaire ; le spécialiste reste prudent, et c’est à nous, généralistes, d’expliquer qu’il est temps de retourner travailler. Dans certains cas c’est difficile : on est le médecin de famille, dans une relation de proximité avec le patient. On connaît la précarité de sa situation mais on voit bien aussi le risque de rupture professionnelle s’il ne reprend pas le travail…

Et pour le cas de patients en arrêt dont la situation est susceptible de conduire à une désinsertion professionnelle, comment êtes-vous accompagné ?

Dr Christophe Galand. Le cas typique, c’est un arrêt qui se prolonge au-delà de 6 mois. On sent bien que l’activité professionnelle n’est plus envisageable comme auparavant et que le risque pour le patient, c’est l’invalidité. Dans ce cas, je fais appel au médecin-conseil pour trouver une alternative, quand elle existe. Je me souviens aussi d’un arrêt maladie pour un problème d’épaule. Mon patient, un boucher-désosseur, demandait une reconnaissance de maladie professionnelle, qui lui avait été refusée. Ses indemnités journalières avaient été suspendues, même après une nouvelle opération de l’épaule. J’ai contacté le service médical et le dossier de mon patient a pu être réexaminé. Il a finalement obtenu la reconnaissance de sa maladie professionnelle.

J’ai parfois des patients qui s’inquiètent à la perspective d’une visite médicale ; je leur explique que le médecin-conseil n’est pas là pour les sanctionner mais bien pour leur permettre de guérir, et qu’il existe un conseiller de l’Assurance Maladie pour les accompagner à chaque étape de leur arrêt et faciliter la reprise de leur activité professionnelle.

Que vous apporte un entretien confraternel ?

Dr Christophe Galand. Je trouve que ce type d’échanges avec les médecins-conseils m’aide à prendre du recul, à réfléchir à ma pratique. À Valenciennes, ils sont très accessibles. Ce sont souvent d’anciens médecins de ville, ils connaissent nos problèmes quotidiens et sont là pour nous conseiller. On traite de cas précis, qui nous concernent. J’explique mes problématiques, j’évoque mes difficultés par rapport à certaines situations, et on en parle. On revient sur la durée moyenne d’arrêt selon les motifs, sur les profils de mes patients. On peut ne pas être d’accord sur tout mais on discute de pair à pair. C’est confraternel, au sens plein du terme.

(1) « Les arrêts maladie de longue durée pénalisent les trajectoires professionnelles », Drees, Études & résultats, n°938, octobre 2015.

D’où vient la hausse des IJ de ces dernières années ?

Entre 2014 et 2016, les montants d’indemnités journalières (IJ) versées ont été plus élevés qu’entre 2010 et 2013 ; fin décembre 2017, ils progressaient encore de 4 % par rapport à 2016. Au total, ce sont 7,1 milliards d’euros qui ont été versés à ce titre en 2016 pour 6,9 millions d’arrêts indemnisés (1). Les arrêts de travail sont prescrits à 67 % par des médecins généralistes libéraux.

Si des épidémies comme la grippe ou la gastro-entérite peuvent avoir un impact, ce sont essentiellement des raisons structurelles qui expliquent cette hausse. Le nombre d’emplois a progressé de 500 000 entre 2010 et 2017 selon l’Insee. Or, plus la population active est importante, plus la probabilité d’un arrêt de travail augmente. D’autre part, de plus en plus de personnes de plus de 50 ans travaillent et la fréquence des maladies chroniques augmente avec l’âge : 30 % des 35-54 ans mais près de 60 % des 55-64 ans souffrent d’une affection chronique. Enfin, dernière explication : la durée moyenne d’un arrêt augmente avec l’âge. Le montant journalier moyen étant assez stable à partir de 30 ans, c’est bien la durée des arrêts qui explique à la hausse structurelle constatée du montant des IJ.

(1) « Les arrêts maladie entre 2009 et 2016 : évolutions et éléments explicatifs », étude DSES-DEPP, Assurance Maladie.