« Créer une équipe autour du médecin généraliste »

Chaque année depuis 2005, en amont de la discussion du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), la Caisse nationale de l’Assurance Maladie (Cnam) présente un rapport destiné aux parlementaires et aux autorités de santé pour « améliorer la qualité du système de santé et maîtriser les dépenses ».
Thomas Fatôme, directeur général de la Cnam, revient sur les mesures phares du rapport 2023, en particulier celles intéressant les médecins, et sur la façon dont ce rapport a été construit cette année, dans un contexte particulier.

Quelles mesures proposez-vous dans ce rapport pour libérer du temps médical pour les médecins ?

Thomas Fatôme. De façon liminaire, il est important de préciser que ce rapport a été élaboré dans une période inédite qui nécessite de profondes évolutions pour faire face aux urgences à très court terme, notamment en matière d’accès aux soins, et mieux répondre aux besoins de santé de la population.
Pour libérer du temps médical pour les médecins, notamment les généralistes, plusieurs leviers peuvent être actionnés, au premier rang desquels le développement massif des assistants médicaux. L’objectif est d’augmenter le nombre de patients suivis par le médecin généraliste grâce, d’une part, à la préparation en amont des consultations par l’assistant et, d’autre part, à la réduction de la charge administrative pesant sur les épaules des médecins. Avec sans doute un malentendu à lever : il ne s’agit pas, à aucun moment, d’augmenter le temps de travail des médecins qui est déjà très important mais de faire que ce temps soit quasi entièrement consacré à soigner !
Un autre levier consiste à développer la coopération entre les infirmiers et les médecins dans la prise en charge de patients atteints de pathologies ciblées, ce qui peut se faire suivant différents modèles (infirmiers Asalee (1), infirmiers en pratique avancée (IPA), etc.). Pour que cela soit réaliste, il faut inciter les IPA à s’installer en ville, en revalorisant leur modèle économique. Ces mesures vont dans le sens de la création d’une véritable équipe autour du médecin généraliste.

Comment l’Assurance Maladie peut-elle contribuer à la lutte contre les déserts médicaux ?

Thomas Fatôme. Outre ces leviers destinés à soutenir la présence de médecins généralistes sur tout le territoire, ce qui est la base pour l’accès au médecin traitant, le rapport propose d’organiser la présence de médecins spécialistes en zones sous-denses, via des consultations avancées, et de faciliter la communication entre les spécialistes et les généralistes avec notamment la structuration d’équipes de soins spécialisés.
Beaucoup de médecins nous rapportent la difficulté de trouver des créneaux avec des spécialistes pour leurs patients. Il faut donc proposer un contrat unique et simplifié d’installation en zones sous-denses. Il convient aussi de poursuivre les travaux de cadrage de l’activité de téléconsultation, afin d’améliorer l’accès aux soins tout en préservant la qualité de la prise en charge.
Concrètement, une des pistes serait d’accélérer le déploiement des organisations territoriales de téléconsultation. Un autre enjeu fondamental est d’améliorer l’accès aux soins « non programmés » (consultation/visite sans rendez-vous), pour désengorger les urgences et de généraliser un « service d’accès aux soins » (SAS) dans chaque territoire, en simplifiant les modalités de fonctionnement et de rémunération. C’est le sens des mesures prises pour cet été dans les suites de la mission flash sur les urgences.

Quels fils rouges avez-vous suivis cette année pour construire ce rapport ?

Thomas Fatôme. Au total, ce rapport aboutit à 30 propositions autour de 4 fils rouges. Le premier fil rouge est l’approche par pathologie, portant cette année sur l’insuffisance cardiaque et le diabète. Il s’agit de renforcer le parcours de soins sur l’insuffisance cardiaque et de permettre aux patients diabétiques d’être pleinement acteurs de leur santé, notamment grâce aux innovations numériques, afin d’éviter des aggravations de leur état qui auraient pu être prévenues.
Le deuxième fil rouge consiste en une approche par population, inaugurée cette année par le sujet de la maternité et de la petite enfance. Il s’agit par exemple d’améliorer l’accompagnement des femmes pendant la grossesse et après l’accouchement et d’améliorer le suivi médical des enfants notamment en faisant de Mon espace santé le carnet de santé numérique de chaque enfant.
Le troisième fil rouge est l’organisation des soins, et analyse, comme je l’ai évoqué ci-dessus, les leviers notamment conventionnels que l’Assurance Maladie peut mobiliser en faveur de l’accès aux soins.
Enfin, le quatrièmeet dernier fil rouge porte sur l’efficience, et propose des mesures d’efficience et de gestion du risque, incluant les contrôles et la lutte contre la fraude, de nature à permettre de réaliser 1,2 milliard d’euros d’économies en 2023.
Voilà un condensé de ce que le rapport contient, mais j’invite l’ensemble des acteurs de santé à consulter dans le détail le rapport et ses 30 propositions, ou sa synthèse (PDF) qui en 20 pages seulement résume l’essentiel de ces travaux approfondis !

 

Les données du site Datapathologies, socle du rapport 2023

L’Assurance Maladie a lancé le 21 juin une nouvelle plateforme en open data, Data pathologies, poursuivant ainsi sa démarche d’ouverture en matière de données de santé. Ce site met à la disposition de tous les acteurs de la santé et du grand public les données sur la prise en charge des pathologies en France. Au cœur de cette innovation : les résultats de la cartographie médicalisée des dépenses, travail d’analyse exigeant réalisé chaque année par la Cnam pour trier, croiser et « faire parler » un volume gigantesque de données de facturation sur les pathologies et la prise en charge des patients en France.

L’impact du Covid-19 sur le système de santé : principaux constats chiffrés

Dans le cadre de la campagne de vaccination, à ce jour, 124 millions d’injections ont été enregistrées pour 53 millions de personnes. 51 millions de contacts ont été établis depuis 2 ans dans le cadre du contact tracing. Les conséquences directes de l’épidémie sont lourdes : 198 000 patients ont été hospitalisés pour Covid-19, dont 42 000 en soins critiques. Ces soins ont entraîné une dépense de 1,6 milliard d’euros, soit près de 7 800 euros par patient.
S’agissant des personnes souffrant de symptômes prolongés du Covid-19 (« Covid long »), l’Assurance Maladie a mis en place un outil de coordination et d’accompagnement régional et une information régulière des professionnels de santé et des patients.

D’une façon générale, la crise sanitaire a un impact durable sur le système de santé et le parcours de soins des patients. Les dépistages organisés des cancers ont aussi été fortement impactés, même si un rattrapage total ou partiel des perturbations liées au Covid-19 a été enregistré en 2021. Cela ne doit pas occulter des résultats préoccupants du dépistage des cancers en France, notamment du cancer colorectal.

Voir aussi : Accroître l’efficience et la pertinence des soins : zoom sur les propositions pour les années à venir.

(1) Action de santé libérale en équipe.

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