« Contre l’antibiorésistance, il faut mener une double action auprès des médecins et des patients »

30 mars 2018

Portrait du Dr Lacoin, membre du collège de médecine générale

Fin janvier 2018, l’Organisation mondiale de la santé révélait les premières données de surveillance de l’antibiorésistance recensées dans le nouveau système mondial de surveillance de la résistance aux antimicrobiens. La résistance aux antibiotiques est un problème très répandu qui touche 500 000 personnes présentant des infections bactériennes présumées dans 22 pays. Ces données mettent en évidence des niveaux élevés de résistance à plusieurs infections bactériennes graves, tant dans les pays à revenu élevé que dans les pays à revenu faible.

En 2017, la France occupait la 3e place (1) des pays européens les plus consommateurs d’antibiotiques, derrière la Grèce et Chypre. L’évolution des prescriptions est pourtant encourageante : depuis la mise en place de la Rosp (en 2011), leur nombre a baissé de 7 % chez les patients de 16 à 65 ans sans affection de longue durée (2).

Le docteur François Lacoin, médecin généraliste, membre du bureau et responsable du groupe médicaments au Collège de médecine générale, revient sur le rôle du médecin – mais aussi du patient – dans la lutte contre l’antibiorésistance.

Quelle est la place aujourd’hui des médecins généralistes dans la lutte contre l’antibiorésistance ?

Dr François Lacoin. Les médecins généralistes ont un rôle central car ils sont à l’origine de la prescription de 80 % des antibiotiques. Et ils sont globalement attentifs. D’abord, en ne prescrivant pas quand l’antibiothérapie n’est pas nécessaire mais aussi en ce qui concerne le choix de l’antibiotique. Ils font ainsi une place plus large à l’amoxicilline qu’à l’amoxicilline + acide clavulanique, afin de préserver l’efficacité de cette dernière. Ensuite, ils sont attentifs à informer leurs patients.

Dans la pratique, comment mieux prendre en compte cette problématique de l’antibiorésistance et quels sont les changements de comportement qui vous paraissent nécessaires ?

Dr François Lacoin. Pour agir sur ce sujet, il faut mener une double action, concomitante et cohérente, auprès des professionnels et des patients car l’antibiorésistance est notre affaire à tous. Il existe des messages-clefs à faire passer aux patients : si la pathologie est virale, pas d’antibiotique ; l’antibiothérapie n’a pas d’action préventive sur les surinfections ; pas d’automédication avec des antibiotiques ; enfin, il faut respecter la durée et la posologie prescrites par son médecin.

En ce qui concerne les médecins, il faut qu’ils soient convaincus des non-indications. Il faut aussi se garder d’anticiper la volonté présumée des patients en confondant besoin d’être soulagé et rassuré et demande d’antibiotiques. Enfin, les prescriptions hospitalières faites dans un contexte spécifique ne sont pas forcément à renouveler : assumons nos responsabilités de prescripteur tant dans les indications que dans le choix de la molécule qui doit être adaptée à chaque situation.

Pour l’angine de l’adulte, l’examen clinique est souvent suffisant pour décider de ne pas prescrire d’antibiotique même si le test de diagnostic rapide (TDR) représente une aide dans certaines situations. Quant aux bandelettes urinaires (pour déceler une infection urinaire ou vérifier l’efficacité du traitement antibiotique), leur inconvénient majeur réside dans leur coût et leur péremption rapide. Il faudrait réfléchir à un accès plus facile.

Comment abordez-vous avec vos patients le sujet de l’antibiorésistance et le bénéfice pour chacun d’entre nous de préserver l’efficacité des antibiotiques ?

Dr François Lacoin. Je fonctionne un peu comme pour la vaccination. J’explique à mes patients que l’antibiothérapie est une responsabilité collective, qu’il faut faire attention pour préserver l’efficacité des antibiotiques. On n’en découvre pas de nouveaux tous les jours. C’est important pour l’avenir, pour eux et pour leurs enfants. Pour ancrer cette conviction, il faut commencer tôt, chez les enfants, répéter les messages et valoriser la non-prescription : « C’est super, on n’en a pas besoin ! » Sans oublier d’insister sur un point-clef : choisir de ne pas prescrire d’antibiotique n’est jamais une décision économique ; c’est une décision médicale.

 

(1) European Centre for Disease Prevention and Control (ECDC), Summary of the latest data on antibiotic consumption in the European Union.
(2) Santé publique France,
« Consommation d’antibiotiques et résistance aux antibiotiques en France : soyons concernés, soyons responsables »

La prescription d’antibiotiques en médecine de ville en 2017

C’est l’amoxicilline qui est l’antibiotique le plus prescrit en France (1) en médecine de ville (40 %). Cette molécule est celle qui est recommandée en première intention dans la plupart des situations par les recommandations françaises et internationales. Le second antibiotique le plus souvent remboursé par l’Assurance Maladie  est l’association amoxicilline – acide clavulanique (près de 24 %), qui fait partie des antibiotiques particulièrement générateurs d’antibiorésistance. Ensuite viennent les tétracyclines (près de 11 %) et les macrolides (près de 10  %).

(1) Santé publique France, « Consommation d’antibiotiques et résistance aux antibiotiques en France : soyons concernés, soyons responsables ! ».