Consommation d’antibiotiques et antibiorésistance en France en 2017

15 novembre 2018

À l’occasion de la Journée européenne d’information sur les antibiotiques le 18 novembre et de la Semaine mondiale d’alerte sur le bon usage des antibiotiques du 13 au 18 novembre, Santé publique France, en collaboration avec l’Assurance Maladie et d’autres partenaires (1), publie la 3e édition de la synthèse annuelle sur la consommation d’antibiotiques et l’antibiorésistance en France.

Cette synthèse s’appuie sur des données dans les domaines de la santé humaine et de la santé animale, et, pour la première fois, du rôle potentiellement joué par l’environnement dans l’apparition et la dissémination des résistances bactériennes chez l’homme et l’animal.

L’antibiorésistance : un problème de santé publique

La progression de l’antibiorésistance est un problème de santé publique important en France puisque l’antibiorésistance serait la cause chaque année de près de 12 500 décès. Elle est à l'origine de 5 543 décès par an chez des patients atteints d’infections à Bactéries Résistantes et 124 806 patients développent une infection liée à une bactérie résistante (2). À l’échelle mondiale, les résistances microbiennes seraient responsables de 700 000 morts par an.

Si rien ne change, les maladies infectieuses d’origine bactériennes pourraient redevenir en 2050 une des premières causes de mortalité dans le monde, en provoquant jusqu’à 10 millions de morts, et pourrait remettre en question la capacité à soigner les infections, même les plus courantes, en médecine de ville, hospitalière ou vétérinaire.

Ce phénomène n’est pas seulement lié au mauvais usage et à la surconsommation des antibiotiques. La propagation de la résistance aux antimicrobiens passe aussi par leur transmission via :

  • le contact de personne à personne,
  • les eaux usées,
  • les activités comme l’épandage de résidus,
  • les animaux sauvages ou domestiques.

Limiter l’antibiorésistance impose donc une prévention globale, qui repose sur deux leviers mieux utiliser les antibiotiques et prévenir l’infection.

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Résistance aux antibiotiques : une vigilance à renforcer

Après une diminution quasi-constante de 2003 jusqu’en 2014, la résistance à la pénicilline et la résistance aux macrolides chez le pneumocoque (Streptococcus pneumoniae ou S. pneumoniae) montrent une tendance à la hausse depuis 2015. Ces résistances restent néanmoins entre 23 % et 26 % et donc inférieures aux valeurs rapportées au début des années 2000. Bien qu’elle n’occupe plus le 1er rang, la France se situe encore parmi les pays européens où les résistances à la pénicilline ou aux macrolides sont les plus élevées. En 2017, la résistance des pneumocoques à la pénicilline ou aux macrolides dépassait 25 % dans 6 pays (3).

En 2017, la résistance aux céphalosporines de 3e génération chez les entérobactéries continue d’augmenter, en particulier dans les établissements de santé (2 % en 2007 vs 10,2% en 2017 chez E coli et 10% en 2007 vs 28,8% en 2017 chez K pneumoniae).

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Vente d'antibiotiques en France en 2017

Il a été vendu 759 tonnes d’antibiotiques destinés à la santé humaine, contre 786 tonnes en 2016, dont 93 % ont été prescrits par les médecins de ville.
499 tonnes d’antibiotiques ont été vendues pour la santé animale dont 95 % administrées à des animaux destinés à la consommation humaine.

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La consommation des antibiotiques en ville

La consommation globale d’antibiotiques en médecine de ville, calculée à partir des déclarations de ventes des laboratoires pharmaceutiques, s’inscrit à la hausse sur 10 ans. Mais elle recule très légèrement en 2017 par rapport à 2016 :  29,2 doses pour 1 000 habitants et par jour contre 30,3 doses en 2016.

En 2017, le nombre de prescriptions d’antibiotiques chez les patients adultes âgés de 16 à 65 ans sans affection de longue durée (ALD) continue de diminuer : -3,4 prescriptions pour 100 patients par rapport à 2016, soit 770 000 prescriptions évitées (4). Le nombre de prescriptions d’antibiotiques particulièrement générateurs de résistance (amoxicilline + acide clavulanique ; céphalosporines de 3e et 4e générations ; fuoroquinolones) diminue également de façon marquée : -3,7 prescriptions pour 100 patients par rapport à 2016, soit 340 000 prescriptions de ce type évitées.

En étudiants les indicateurs de la rémunération sur objectifs de santé publique (Rosp) relatif au médecin traitant de l’enfant, on observe que les prescriptions de céphalosporines de 3e et 4e générations aux enfants ont été réduites entre 2016 et 2017 :

  • -7 prescriptions pour 100 enfants de moins de 4 ans,
  • -3,5 prescriptions pour 100 enfants de 4 à 15 ans par rapport à 2016 (5).
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La consommation des antibiotiques en établissements de santé

L’exploitation des déclarations de ventes d’antibiotiques montre depuis 10 ans une consommation d’antibiotiques plutôt stable lorsqu’elle est rapportée à l’ensemble de la population française : autour de 2,1 doses pour 1 000 habitants et par jour sur l’ensemble des établissements de santé français, public et privés. En 2017, la quantité consommée dans plus de 1 600 hôpitaux volontaires pour surveiller et analyser la consommation des antibiotiques au regard de l’exposition possible des patients (journées d’hospitalisation) est de 362 doses pour 1 000 journées d’hospitalisation.

La quantité d’antibiotiques consommée est 2 à 3 fois plus élevée dans les services de maladies infectieuses et en réanimation qu’en médecine ou chirurgie. En effet, les patients hospitalisés dans ces services ont plus souvent besoin d’antibiotiques pour leur traitement.

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Test de diagnostic rapide angine : une utilisation encore à renforcer

Le test de diagnostic rapide de l’angine (TDR angine) est le seul moyen d’affirmer qu’une angine est bactérienne et nécessite alors la prescription d’antibiotique. En effet, les angines sont d’origine virale dans 75 à 90 % des cas chez l’adulte, et dans 60 à 75 % chez l’enfant. Et aucun signe clinique ni symptôme n’est spécifique de l’angine bactérienne à streptocoque bêta-hémolytique du groupe A (SGA). Dans le cadre de son programme de santé publique pour le bon usage des antibiotiques, l’Assurance Maladie fournit gratuitement depuis 2002 le TDR angine aux médecins généralistes, pédiatres, ORL et aux établissements de soins et centres de santé.

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Poursuivre les efforts entamés il y a une vingtaine d’années

La synthèse rapporte les résultats obtenus par les plans d’actions successifs conduits par la France en santé humaine et animale. Les résultats sont encourageants : en 2017, le nombre de prescriptions d’antibiotiques chez les patients adultes âgés de 16 à 65 ans sans affection de longue durée (ALD) continue de diminuer : -3,4 prescriptions pour 100 patients par rapport à 2016, soit 770 000 prescriptions évitées. Il a baissé de 7 % pour les enfants de moins de 4 ans sur la même période. Mais il reste encore d’importantes pistes d’amélioration.

Des actions récemment engagées devraient contribuer à améliorer encore ces résultats, telles que la mise en place de deux nouvelles missions nationales de prévention et de surveillance de la résistance et de la consommation d’antibiotiques en ville et en établissements de santé, le développement du rôle des référents en antibiothérapie en santé humaine et l’expérimentation de référents similaires en santé humaine.

La réussite passe par la mobilisation de tous les professionnels et usagers de tous les domaines de la santé (humaine et animale), de tous les secteurs de soins (ville, secteur médico-social et établissements de santé) et la sensibilisation du grand public.

 

(1) Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail et l’équipe Inserm Université Limoges, CHU Limoges, Rsesinfit, U1092.

(2) Source : Étude du Centre européen de prévention et contrôle des maladies publiée dans le Lancet infectious deseases.

(3) Source : EARS-Net France via Centre national de référence des pneumocoques (CNRP) / Santé publique France.

(4) Source : Rosp Médecin traitant de l’adulte : résultats 2017.

(5) Cet indicateur Rosp a concerné 35 000 médecins en 2017 qui ont pris en charge 2,2 millions d’enfants au 31 décembre 2017. Source : Rosp Médecin traitant de l’enfant : résultats 2017.