« Avec une assistante de consultation, j’ai davantage le temps d’être vraiment médecin »

19 septembre 2019

Dr Verdon

Depuis mai 2019, le cabinet médical dans lequel exerce le docteur François Verdon à La Gaubretière, en Vendée, a embauché à temps partiel, dans le cadre d’une expérimentation, une « assistante de consultation ». À l’heure où se profilent les premiers recrutements d’assistants médicaux dans le cadre de l’avenant 7 à la convention médicale signé en juin dernier, le Dr Verdon témoigne de l’intérêt que présente pour lui, au quotidien, le recours à ce dispositif.

Pourquoi vous êtes-vous lancé dans l’expérimentation ?

Dr François Verdon. Notre cabinet de cinq médecins est situé sur deux sites de l’est de la Vendée, dans une zone déficitaire en professionnels de santé, selon le zonage de l’agence régionale de santé. Dans notre département, la démographie médicale est en chute libre et la désertification est en marche. Face à cette situation, nous cherchons par exemple depuis plusieurs années, avec des confrères, des solutions pour faire venir les étudiants, leur faire découvrir le territoire à l’occasion de stages… Et devant le nombre croissant de personnes qui peinent à trouver un médecin, il nous faut aussi trouver des moyens de prendre en charge davantage de patients.

Avant même que ne se profile l’avenant 7, nous avons donc eu l’idée de recruter des « assistants de consultation ». Nous avons travaillé dans le cadre de l’article 51 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018, qui permet de tester des modes innovants d’organisation et de financement des activités de soins. Six cabinets médicaux sont impliqués en Vendée dans cette expérimentation qui rend possible le financement intégral du salaire chargé. Dans mon cabinet, nous avons recruté en contrat à durée déterminée et à mi-temps une « assistante de consultation », qui exerce par ailleurs, le reste de son temps, comme diététicienne. Nous allons devoir, dans les mois qui viennent, examiner précisément de quelle façon nous pouvons basculer dans le cadre de l’avenant 7.

Quelles tâches confiez-vous à cette « assistante de consultation » ?

Dr François Verdon. Elle accueille le patient, l’aide éventuellement à se déshabiller et à se rhabiller, recueille les premières données (évolution depuis la dernière consultation…), met à jour les dossiers, vérifie les ordonnances, elle passe la carte Vitale… Elle prend aussi les constantes : pèse, mesure, prend le pouls, la tension artérielle. Elle peut également par exemple faire un électrocardiogramme : il suffit de brancher les électrodes et d’appuyer sur « on ». En cas de plaie, elle peut désinfecter, nettoyer le matériel, refaire un pansement…

Bien entendu, pout tout cela, elle dispose d’un bureau à elle : c’est indispensable pour que l’on ne se gêne pas mutuellement et qu’elle puisse voir un patient pendant que j’en reçois un autre.

Quels avantages trouvez-vous, dans votre pratique quotidienne, à la présence de cette assistante ?

Dr François Verdon. J’ai l’habitude de dire, de façon un peu triviale mais qui reflète bien le sentiment que j’éprouve depuis quatre mois : « c’est plus cool ». Tous les gestes accomplis par l’assistante ne prennent, un à un, que quelques minutes, mais, mis bout à bout, ils représentent du temps. Depuis son arrivée, je suis plus détendu, je ressens moins de pression. J’ai davantage le temps d’être vraiment médecin, de pouvoir réfléchir de façon sereine sur les cas, d’approfondir et d’affiner les interrogatoires. Je suis moins dans l’urgence, j’ai moins l’œil sur l’heure qui tourne. Et parallèlement, je vois plus de patients. Avant, je pouvais recevoir dans une matinée environ 14 patients ; aujourd’hui, c’est plutôt 17.

Au-delà, je constate un bénéfice secondaire : les patients se confient à elle, lui disent des choses qu’ils ne nous disent pas, à nous médecins, mais qu’ils veulent que l’on sache… Ils se sentent aussi plus libres de lui poser des questions. C’est la raison pour laquelle la qualité de l’écoute me paraît un critère important dans le choix des personnes que l’on recrute.

D’une façon générale, je pense que sa présence est positive pour tout le monde. Illustration : récemment, alors que je n’étais pas immédiatement disponible, elle a pu prendre en charge un jeune enfant venu au cabinet avec une blessure et qui avait besoin de points de suture. En attendant que j’arrive, elle a nettoyé la plaie, allongé l’enfant, l’a rassuré, ainsi que son père. Résultat : celui-ci n’a pas fait 25 km pour se rendre aux urgences de Cholet. C’est du temps et de l’argent gagné pour la famille, et des économies réalisées pour le système de santé.