« En cas de lombalgie commune, il faut favoriser le maintien en emploi du patient »

24 octobre 2018

Dans le cadre de la lombalgie commune, la poursuite de l’activité professionnelle – ou la reprise précoce du travail dans des conditions adaptées – est l’un des éléments-clés pour éviter le passage à la chronicité. 
Membre de la Société française de médecine du travail, le Pr Audrey Petit revient en vidéo sur le rôle pivot du médecin traitant et sur la nécessité d’une prise en charge coordonnée. Audrey Petit est rhumatologue au service de santé au travail et pathologie professionnelle du CHU d’Angers. Elle collabore également au groupe de travail pluridisciplinaire qui a participé à l'élaboration du programme de sensibilisation à la lombalgie commune. 
 

[Le professeur Audrey Petit, rhumatologue au centre de consultation de pathologie professionnelle du CHU d’Angers témoigne pour l’Assurance Maladie pour savoir pourquoi et comment favoriser le maintien en emploi des patients lombalgiques.]

Question : Quel est le rôle du médecin généraliste face à un patient lombalgique ?

Professeur Audrey Petit : Le médecin traitant est finalement le premier acteur du retour au travail puisqu'il est prescripteur de l'arrêt travail. Et c'est aussi l'interlocuteur qui a la connaissance de l'ensemble du dossier, à la fois sur les aspects médicaux mais aussi psychologiques, sociaux, et sur l'histoire personnelle des patients. Il est l'interlocuteur privilégié pour discuter du moment et des conditions de la reprise du travail à envisager pour cette situation en particulier.

Question : Pourquoi est-il important que les patients conservent une activité professionnelle ?

Professeur Audrey Petit : Plus on prolonge l'arrêt de travail, plus on va avoir tendance à perdre confiance dans ses capacités à retourner au travail. On va voir aussi un syndrome de déconditionnement physique, psychologique, social. C'est d'ailleurs important que les médecins traitants puissent conseiller à leurs patients de rencontrer leur médecin du travail à tout moment et le plus tôt possible en dehors et pendant l'arrêt de travail. Notamment via la visite de pré-reprise pendant l'arrêt de travail, pour réfléchir aux conditions et à la durée de l'arrêt de travail.

Question : Quel est le rôle du médecin du travail ?

Professeur Audrey Petit : Il est important et sûrement gagnant de rencontrer le plus tôt possible son médecin du travail. Quand on se pose la question de retourner au travail avec un symptôme de lombalgie persistant, on va éventuellement être amené à réfléchir à des adaptations des situations de travail. En termes d'aménagement du poste de travail ou sur les éléments physiques : port de charges, maintien de postures prolongées, par exemple. En termes d'organisation du travail : aménager des temps de pause ou reprendre à temps partiel thérapeutique. Et ça c'est vraiment le rôle du médecin du travail.

Signature : Mal de dos ? Le bon traitement, c’est le mouvement.

Le médecin traitant : acteur-clé du retour au travail

Le médecin traitant joue un rôle déterminant dans la prise en charge de la lombalgie : « Il est l’interlocuteur privilégié au regard de sa bonne connaissance de l’histoire médicale et personnelle du patient » tout comme de son environnement psychosocial », explique Audrey Petit. Si le premier objectif est de limiter la douleur, le médecin traitant pourra favoriser le maintien ou la reprise de l’activité physique et professionnelle du patient en limitant la durée des arrêts de travail prescrits par exemple. En effet, on sait que « plus l’arrêt de travail se prolonge, plus le patient va perdre confiance en ses capacités de retourner au travail. Un syndrome de déconditionnement physique, psychologique et social peut également apparaitre », développe Audrey Petit.

Médecin traitant-médecin du travail : une prise en charge coordonnée

« Il est par ailleurs important que le médecin traitant puisse conseiller au patient de rencontrer son médecin du travail le plus tôt possible, que ce soit en dehors ou pendant l’arrêt, via la visite de préreprise notamment. En effet, le retour au travail du patient lombalgique peut parfois nécessiter des adaptations de poste : le médecin du travail pourra alors préconiser des aménagements ergonomiques, ou portant sur l’organisation du temps de travail, comme des aménagements de pauses ou un temps partiel thérapeutique par exemple. »

En savoir plus sur la prise en charge de la lombalgie au travail.