« Il y a pour les enfants un intérêt personnel à être vaccinés ! »

Depuis le 22 décembre dernier, la vaccination contre le Covid-19 est ouverte aux enfants à partir de 5 ans. Daniel Floret, pédiatre et vice-président de la commission technique des vaccinations à la Haute Autorité de santé (HAS), revient sur les multiples enjeux de la vaccination des plus jeunes, une population qui encourt des risques moindres mais bien réels.

Quels risques fait peser, individuellement et collectivement, la contamination au Covid-19 des plus jeunes ?

Pr Daniel Floret. Sur le plan individuel, le risque n’est pas nul car les cas d’infection atteignent un niveau relativement élevé : les données observées début janvier montrent un taux d’incidence de l’ordre de 3 000 pour 100 000 chez les 3-11 ans. Ceci étant, beaucoup de formes asymptomatiques sont détectées via les dépistages en milieu scolaire. La maladie affecte moins les plus jeunes que les adultes, c’est indiscutable, mais les formes graves progressent : nous observons depuis quelques mois, avec l’explosion du variant Delta, un doublement de la proportion d’hospitalisation d’enfants, dont un nombre important de nourrissons. Au-delà des syndromes classiques, se pose la question du syndrome inflammatoire multi-systémique pédiatrique (PIMS). Environ 800 cas ont été recensés depuis le début de l’épidémie. Ces jeunes patients ont tous été hospitalisés, les trois quarts en soins critiques pour une durée moyenne d’une semaine. La réaction est sérieuse : elle s’accompagne le plus souvent d’une myocardite et frappe essentiellement la tranche d’âge des 3-11 ans.

Sur le plan collectif, les enfants participent de la transmission du virus, particulièrement en milieu scolaire. L’enjeu réside dans la limitation des cas, ce qui implique une obligation de test, des isolements temporaires, des fermetures de classes. Cet ensemble de mesures, complexe, perturbe et fragilise l’institution scolaire. L’intérêt collectif, à cet endroit, est de préserver l’institution et sa continuité. À cet égard, un enjeu réside dans les collèges. L’autorisation de mise sur marché du vaccin ayant commencé à 12 ans, les élèves de 6e se retrouvent non vaccinés, en contact avec le reste des tranches d’âge. Une incohérence qu’il conviendrait de résoudre depuis que les recommandations vaccinales ont été abaissées à l’âge de 5 ans.
Un second élément de priorité concerne la fratrie, même si la contamination semble se jouer davantage dans le sens adultes-enfants que l’inverse. Face à l’augmentation des cas d’enfants de moins de 1 an hospitalisés, il conviendrait que les familles ayant des nourrissons se vaccinent, parents et fratrie compris, pour éviter toute contamination aux conséquences potentiellement sévères pour le petit nourrisson.

Quelle protection confère la vaccination chez les 5-11 ans ? L’efficacité diffère-t-elle selon les variants ?

Pr Daniel Floret. Les études en vie réelle sont encore limitées. Les essais cliniques pratiqués pour la vaccination montrent un niveau de réponse en anticorps similaire à celui que l’on retrouve chez les adolescents et jeunes adultes. Bien que le faible effectif de l’étude n’a pas permis de statuer sur la prévention des formes graves ni de l’infection, le vaccin est d’une efficacité comparable à celle enregistrée chez les adultes pour la prévention des formes symptomatiques. S’agissant du variant Omicron, nous demeurons à un stade hypothétique en l’absence de données stables, mais puisque les vaccins à ARN messager protègent plusieurs mois durant les adultes, les chances sont faibles pour que cette efficacité ne se retrouve pas chez les enfants, dont le système immunitaire est plus performant. Cependant, la contagiosité comme tout comme l’immunité conférée par la vaccination évoluent, et ce qui était vrai il y a quelques mois ne l’est pas forcément aujourd’hui.

La vaccination peut inquiéter certains parents. En tant que pédiatre ou médecin, quels arguments privilégier pour les rassurer ?

Pr Daniel Floret. En effet, les médecins se retrouvent parfois en difficulté : on le perçoit dans les enquêtes, les parents exprimant une forte réticence à vacciner les enfants. Un paradoxe qui n’est pas nouveau : ce scepticisme a toujours existé, et pourtant les obligations vaccinales pédiatriques classiques sont très largement suivies. Pour rassurer, il convient de souligner plusieurs points. Tout d’abord, les effets indésirables de la vaccination chez les enfants ne doivent pas être source de préoccupation. Les États-Unis ont déjà vacciné plus de 9 millions d’enfants, dont 7 millions ont reçu 2 doses. On y retrouve des effets indésirables similaires : fatigue, asthénie, des douleurs diffuses, mais rien de sérieux ni de durable. Autre information corollaire, les vaccins Pfizer pour enfant sont 3 fois moins dosés que chez les adultes : 30 microgrammes d’antigène pour les adultes, contre 10 microgrammes pour les enfants. Cette réduction de la dose d’antigène permet de garder un niveau de réponse immunitaire comparable entre les enfants et les adultes tout en réduisant probablement le risque d’effets indésirables.

Un second point de vigilance doit être partagé : on ne peut pas exclure qu’une forme symptomatique et grave survienne. Depuis le début de la pandémie, une trentaine d’enfants sont décédés de cette manière, tous présentant des comorbidités. Ces drames pourraient être évités. Il faut insister sur ce point : les enfants à comorbidités doivent être impérativement vaccinés. On ne vaccine pas les enfants pour protéger les adultes, mais bien parce qu’il y a pour les enfants un intérêt personnel à être vaccinés ! Les données sont rassurantes concernant les effets indésirables, la vaccination doit les protéger contre les formes graves et devrait permettre le maintien du fonctionnement de l’institution scolaire.

En dehors de ces cas précis, Il n’existe nulle injonction à la vaccination des plus jeunes, et les recommandations de la HAS demeurent très souples : les parents désireux de protéger leur enfant pour les raisons évoquées peuvent le faire. Le rôle du médecin est d’accompagner cette confiance dans les bienfaits de la vaccination, pas d’imposer.

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