Mémo : détection et suivi de l’insuffisance cardiaque

Infographie sur l'amélioration de la detection et le suivi de l'insuffisance cardiaque (description complète ci-après)

Comment améliorer la détection et le suivi de l’insuffisance cardiaque ?

Comprendre le retard de diagnostic

L’insuffisance cardiaque est une pathologie qui reste méconnue par la population, bien qu’elle soit fréquente et sévère.

Mieux la dépister

Bien connaître les quatre signes d’alerte EPOF permet de bien identifier les personnes déjà atteintes ou à risque d’insuffisance cardiaque :

  • Essoufflement inhabituel
  • Prise de poids rapide
  • Pieds et chevilles gonflés (œdèmes)
  • Fatigue excessive

La prise en charge du patient

La prise en charge du patient passe par des étapes clés :

  1. La réalisation des examens nécessaires en cas de symptômes d’insuffisance cardiaque.
  2. L’initiation d’un traitement par diurétiques si nécessaire.
  3. L’adressage du patient à un cardiologue, si possible rapidement, pour confirmer le diagnostic.

L’accompagnement du patient

La pédagogie est nécessaire pour mobiliser le patient à l’auto-surveillance de ses symptômes.

Le patient sera également accompagné par une surveillance coordonnée pluriprofessionnelle des symptômes.

Les enjeux : diminuer l’errance diagnostique et ses conséquences

En France, 1,5 million de personnes souffrent d’insuffisance cardiaque (IC), avec 120 000 nouveaux cas chaque année. Un nombre en augmentation rapide (+ 25 % en 4 ans) du fait du vieillissement de la population.

Cette pathologie chronique et évolutive est mal connue par la population, y compris par les personnes diagnostiquées, qui ne relie pas les symptômes à ce trouble cardiaque. On estime que 400 000 à 700 000 personnes ne sont pas diagnostiquées. Cette errance diagnostique entraîne des hospitalisations évitables pour décompensation cardiaque, une dégradation de la qualité de vie pour ces patients - majoritairement âgés - et parfois leur décès. Du reste, l’insuffisance cardiaque est la cause de 70 000 décès par an (1).

Le rôle du médecin généraliste est central pour le repérage, la prise en charge de l’IC, l’adressage au bon moment du patient au cardiologue et le suivi posthospitalisation. La sécurisation de ces étapes clés du parcours de soins permet de prévenir son aggravation et de diminuer le risque d’hospitalisation.

Pour favoriser le diagnostic précoce et optimiser le suivi de l’IC, les 4 signaux d’alerte EPOF (Essoufflement, Prise de poids rapide, Œdèmes des membres inférieurs, Fatigue) doivent être surveillés car la présence d’un seul ou plusieurs d’entre eux, surtout après 60 ans, doit faire penser à l’insuffisance cardiaque ou à une aggravation de la maladie.

Infographie sur les chiffres de l'insuffisance cardiaque (description complète ci-après)

L'insuffisance cardiaque est la première cause d'hospitalisation après 65 ans et occasionne 70 000 décès par an.

Diagnostic et surveillance de l’insuffisance cardiaque

Les populations à risque d’insuffisance cardiaque sont aujourd’hui identifiées. Selon son étiologie, cette pathologie peut se manifester à un âge variable, et peut affecter des sujets jeunes. Sa prévalence s’accroît sensiblement à partir de 60 ans, atteignant progressivement des taux très significatifs (10 % chez les patients âgés de plus de 75 ans) et chez les patients fragiles ou atteints de comorbidités. Une grande proportion de patients porteurs d’une IC sont affectés par une maladie cardiovasculaire et près du tiers sont diabétiques.

Une approche populationnelle doit être privilégiée pour le diagnostic et le suivi de l’évolution de la maladie à travers la surveillance des signes EPOF.

Consulter les symptômes de l'insuffisance cardiaque, les signes de décompensation cardiaque et l'arbre décisionnel de diagnostic de l'insuffisance cardiaque (PDF).

Détection et surveillance des signes de l’insuffisance cardiaque en consultation

Le repérage des signaux d’alerte de l’insuffisance cardiaque (EPOF) constitue l’un des principaux leviers d’actions pour une prise en charge optimale de la maladie. Une surveillance à mener chez l’ensemble des patients à risque, qu’ils soient diagnostiqués ou non, en sortie d’hospitalisation ou non, afin de favoriser un diagnostic précoce mais aussi de repérer les signes de décompensation de la maladie.

Tout l’enjeu est donc d’installer avec le patient un réflexe d’échanges autour des symptômes de l’insuffisance cardiaque lors de la consultation.

Questions à poser aux patients à risque

Pour faciliter ces échanges, voici quelques questions simples et accessibles à poser aux patients à risque.

Essoufflement inhabituel

  • Ressentez-vous parfois un essoufflement inhabituel ?
  • Avez-vous des difficultés à reprendre votre souffle après un simple effort, au repos ou en position allongée ?

Prise de poids rapide

  • Avez-vous remarqué avoir pris du poids de manière rapide ?
  • 2 à 3 kilos supplémentaires en quelques jours et sans explication ?

Pieds et chevilles gonflés (œdèmes)

  • Avez-vous la sensation d’avoir les pieds et les chevilles gonflés ?
  • La marque de l’élastique de vos chaussettes reste-t-elle visible une fois celles-ci retirées ?
  • Avez-vous des difficultés à mettre vos chaussures ?

Fatigue excessive

  • Avez-vous la sensation d’une fatigue importante lors de vos activités quotidiennes ?
  • Lorsque vous marchez ?
  • Montez les escaliers ?
  • Ou encore lorsque vous portez des charges ?

Aide à la prise en charge

Une fois le diagnostic de l’insuffisance cardiaque posé, le médecin généraliste pourra initier plusieurs actions dans le cadre du suivi de son patient :

  • initier / optimiser le traitement médicamenteux et prendre l’attache d’un médecin cardiologue pour un avis spécialisé et orientation du patient (conduite à tenir à adapter au constat d’éléments de sévérité clinique et biologique) ;
  • identifier les pathologies, comorbidités sous-jacentes et facteurs de décompensation de la maladie afin d’initier ou optimiser leur prise en charge ; s’assurer du statut vaccinal du patient (grippe, pneumocoque, SARS-CoV-2…) ;
  • organiser le plan de soins global et personnalisé en concertation avec le cardiologue, et en mobilisant si besoin un infirmier en soins généraux (IDE) ainsi que le pharmacien dans le cadre du bilan partagé de médication ;
  • mettre en place ou optimiser une surveillance coordonnée pluriprofessionnelle de l’évolution des symptômes pour déceler les signes annonciateurs d’une décompensation, en échangeant régulièrement avec le patient sur les 4 signes et symptômes EPOF.

Pour votre pratique : vidéo d'expert

Insuffisance cardiaque : Améliorer ensemble le dépistage de l’insuffisance cardiaque (interview croisée)

Dr Émilie Ferrat, médecin généraliste à Saint-Maur-des-Fossés et membre du Collège national des généralistes enseignants (CNGE) et Dr Pierre Sabouret, médecin cardiologue à Paris et président du Collège national des cardiologues français (CNCF)
 

Vidéo « Au cœur de votre pratique » - L’interview Améliorer ensemble le dépistage de l’insuffisance cardiaque

Intervenants : Dr Pierre Sabouret, médecin cardiologue et président du CNCF, Paris, Dr Émilie Ferrat, médecin généraliste et membre du CNGE, Saint-Maur-des-Fossés.

Quelles sont les causes du retard de diagnostic de l’insuffisance cardiaque ?

Dr Ferrat. Les causes du retard de diagnostic associé à l’insuffisance cardiaque sont expliquées par plusieurs facteurs. Tout d’abord, il n’existe aucun symptôme qui à lui seul permet de confirmer ce diagnostic. Les symptômes sont non spécifiques, notamment chez les patients qui sont atteints d’autres pathologies chroniques associées, comme des pathologies respiratoires (asthme ou bronchite chronique). D’autre part, il existe une mauvaise connaissance de l’insuffisance cardiaque dans la population et des symptômes. Ces symptômes sont encore trop souvent attribués au vieillissement et ne sont pas reliés à ce trouble cardiaque. Et enfin, ces symptômes ne sont pas systématiquement abordés ni par le médecin, ou le patient en consultation.

Quelles sont les conséquences du retard de diagnostic de l’insuffisance cardiaque ?

Dr Sabouret. Un diagnostic précoce de l’insuffisance cardiaque est indispensable car un retard diagnostique peut entraîner une décompensation cardiaque aigüe qui, elle-même implique une hospitalisation et chaque hospitalisation est associée à un sombre pronostic. De plus, la qualité de vie des patients insuffisants cardiaques est souvent gravement entravée, bien plus que certains patients qui ont des pathologies cancéreuses. Il est donc indispensable d’avoir un diagnostic précoce pour pouvoir permettre par le cardiologue, qui va conforter le diagnostic et introduire les traitements, d’optimiser la prise en charge, de réduire les hospitalisations, d’améliorer les symptômes et donc la qualité de vie, et de même, améliorer indirectement le pronostic de ces patients.

En ville, quels symptômes doivent orienter automatiquement vers une insuffisance cardiaque ?

Dr Ferrat. Les symptômes qui doivent systématiquement orienter vers une insuffisance cardiaque sont regroupés dans l’acronyme EPOF. E pour essoufflement à l’effort puis au repos. P pour une prise de poids de 2 à 3 kg en moins d'une semaine. O pour œdèmes des membres inférieurs au niveau des pieds et des chevilles. F pour une fatigue récemment accrue dans les activités de la vie quotidienne. Ces symptômes ne sont pas systématiquement abordés en consultation par le patient, et donc, il convient pour le médecin d'aller les rechercher, notamment en cas de facteurs de risques de développer une insuffisance cardiaque, après 60 ans, en cas d’hypertension artérielle, de diabète, de fibrillation auriculaire ou d’insuffisance rénale par exemple. Enfin, chez les patients qui ont déjà une insuffisance cardiaque chronique, il est important de rechercher ces symptômes au long cours afin de repérer une potentielle décompensation et de prévenir des hospitalisations, encore trop souvent fréquentes chez ces patients.

En quoi les rôles du généraliste et du cardiologue sont-ils complémentaires dans le dépistage de l’insuffisance cardiaque ?

Dr Sabouret. Le dépistage de l’insuffisance cardiaque nécessite une collaboration entre le médecin traitant et le cardiologue, avec une meilleure connaissance également du grand public pour pouvoir consulter suffisamment tôt et ne pas attendre une aggravation néfaste des symptômes. Le médecin généraliste a déjà un rôle fondamental car il est en première ligne et c’est lui qui voit le plus de patient. Il doit tout d’abord examiner son patient en cas de signes cliniques assez banals. Il réalise une radiographie thoracique qui penchera pour une insuffisance cardiaque et éliminera d’autres causes d’essoufflement et puis doser les peptides natriurétiques. Ensuite le cardiologue intervient et, comme les traitements sont très complexes, c’est vraiment le rôle du cardiologue d’introduire les traitements validés, quatre classes principales, d’éduquer le patient, sur la surveillance du poids, de l’essoufflement, du régime peu salé et surtout d’augmenter rapidement les traitements validés parce que si l’on n’atteint pas la dose optimale, le pronostic est beaucoup plus sombre. Donc le cardiologue a un rôle fondamental sur éducation, introduction des traitements validés et titration de ces traitements, qui se fait en collaboration parfois, chez les patients très fragiles, avec les hôpitaux de jour ou les hôpitaux de semaine.

Télécharger le mémo « détection et suivi de l’insuffisance cardiaque » (PDF).

(1) Livre blanc de l’insuffisance cardiaque, septembre 2021, Société française de cardiologie (SFC) - Groupe « Insuffisance cardiaque et cardiomyopathies » (GICC), 27 septembre 2021.

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