« Nous devons intégrer les conséquences de l’épidémie dans nos actions à venir »

18 décembre 2020

Dominique Martin

Nouveau médecin-conseil national de la Caisse nationale de l’Assurance Maladie, Dominique Martin, docteur en médecine, psychiatre et ancien interne des hôpitaux de Paris, est depuis le 1er décembre chargé de la politique de l’Assurance Maladie dans le domaine médical. Après avoir dirigé l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), il vient ainsi succéder au professeur Olivier Lyon-Caen. Dans un entretien, il fait le point sur les grands projets en cours et esquisse quelques pistes de développement à venir.

Quels sont les grands projets sur lesquels vous allez travailler en 2021 ?

Dominique Martin. Les projets sur lesquels le médecin-conseil est actuellement engagé portent notamment sur la pertinence des soins et des parcours de soins pour un certain nombre de pathologies telles que, par exemple, l’insuffisance cardiaque, les pathologies respiratoires ou encore psychiatriques, avec des expérimentations en cours de démarrage dans plusieurs régions sous l’autorité de médecins-conseils régionaux. Je souhaite m’assurer que la pertinence des soins s’inscrive pleinement et prenne toute sa place dans la rénovation de la politique de la gestion du risque (GDR) puisqu’elle en est un élément essentiel. En clair, il s’agit de proposer des actions à la fois pertinentes pour les usagers mais également efficientes, en visant la meilleure allocation possible des ressources publiques. L’objectif étant de développer la coordination, qu’elle soit territoriale ou fonctionnelle, de façon à « lutter » contre la dispersion et les ruptures de prise en charge des pathologies chroniques. C’est un socle très important sur lequel le médecin-conseil national va continuer de travailler, dans une perspective tant de continuité que d’évolution.

Y a-t-il de nouveaux axes que vous souhaitez impulser ?

Dominique Martin. La première chose que je souhaite faire est de nouer des liens directs avec le réseau médical afin que nous puissions ensemble faire avancer un certain nombre de dossiers, et ce dans le respect de notre organisation. Par ailleurs, nous sommes en train de travailler sur le document Charges et produits qui fixe les grandes orientations de l’amélioration du système de soins et qui devrait être prêt au printemps prochain. Dans ce cadre, en tant que médecin-conseil national, j’essaie d’identifier des priorités. En particulier, nous devons avoir à l’esprit que nous ne pouvons pas, du point de vue médical, ne pas intégrer les problématiques liées à l’épidémie de Covid-19 dans nos actions à venir, compte tenu de ses conséquences importantes, puisqu’elle a éloigné des soins un certain nombre de malades, en particulier chroniques, entraînant des risques d’aggravation de ces pathologies. C’est un sujet de santé publique sur lequel le médecin-conseil national va devoir immanquablement plancher.

L’une des conséquences de l’épidémie est son impact sur la santé mentale. Quelles actions envisagez-vous ?

Dominique Martin. La santé mentale est un sujet particulièrement important car non seulement des personnes qui souffrent de pathologies mentales chroniques ont pu être éloignées des soins, mais aussi parce que des effets du confinement, ceux de la maladie elle-même, tout comme ceux de la précarisation, peuvent avoir des conséquences sur ce plan. Nous nous devons donc de travailler sur cette dimension. L’impact en termes de santé publique des conséquences de l’épidémie sur la santé mentale n’a pas encore  été complètement évalué, mais il est sans doute très important.
Plus globalement en matière de santé mentale, il faut savoir que celle-ci fait d’ores et déjà l’objet de projets dans le cadre des actions liées à la pertinence des soins. Ainsi, une expérimentation de parcours de soins avec des psychologues est en cours dans plusieurs régions. Elle consiste en la possibilité pour les médecins généralistes d’adresser à un psychologue, dans le cadre d’un parcours parfaitement balisé, les patients présentant des troubles anxio-dépressifs qui ne justifient pas un traitement médicamenteux lourd. Ces expériences font l’objet d’une évaluation dans le but de généraliser ce type de parcours. C’est une évolution dans laquelle le médecin-conseil national s’inscrit pleinement, en pleine coordination avec les autres directions de la Cnam et avec le réseau des médecins en régions.
Pour conclure, ma mission en qualité de médecin-conseil national est d’œuvrer dans un cadre parfaitement coordonné, sans silos, en mobilisant l’ensemble des acteurs de l’Assurance Maladie et en s’appuyant sur les force de tout un chacun. Son réseau est en effet une grande richesse de notre institution.