Les recommandations de l’ANSM sur le Lutényl, le Lutéran et le suivi des patientes

30 mars 2021

Compte tenu du sur-risque avéré de méningiome intracrânien lié à l’utilisation d’acétate de nomégestrol (Lutényl et génériques) et d’acétate de chlormadinone (Lutéran et génériques), mis en évidence par une étude épidémiologique récente l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a produit, en janvier 2021, des recommandations d’utilisation et de suivi à l’intention des professionnels de santé et de leurs patientes (1).

En résumé, l’ANSM invite les médecins à :

  • informer leurs patientes du risque de méningiome ;
  • réévaluer la pertinence d’un traitement par acétate de nomégestrol ou acétate de chlormadinone en tenant compte du bénéfice-risque individuel ;
  • limiter la durée d’utilisation de ces médicaments ainsi que leurs posologies aux doses minimales efficaces (effet dose cumulée) ;
  • ne pas substituer les macroprogestatifs entre eux (acétate de nomégestrol, acétate de chlormadinone et acétate de cyprotérone) en cas de méningiome ou d’antécédent de méningiome ;
  • faire réaliser une IRM cérébrale en cas de symptômes évocateurs d’un méningiome ;
  • proposer aux femmes de plus de 35 ans en cas de traitement prolongé (à partir de 5 ans), une imagerie cérébrale par IRM.
Lutényl/Lutéran : les recommandations de l’ANSM face au sur-risque de méningiome

Partie 1 Un sur-risque de méningiome avéré

Une augmentation importante du risque de méningiome intracrânien chez les femmes traitées par les macroprogestatifs Lutényl (acétate de nomégestrol) et Lutéran (acétate de chlormadinone) a été mise en évidence par une récente étude épidémiologique (1).

Multiplication du risque de méningiome par rapport au risque de base.

Le risque augmente avec la durée du traitement, et également avec la dose utilisée et l’âge de la patiente :

  • sous Lutényl le risque est multiplié par 3,2 au-delà de 6 mois de traitement et par 12,1 à partir de 5 ans de traitement ;
  • sous Lutéran, le risque est multiplié par 3,3 au de-là de 6 mois de traitement et par 6,6 pour 3,5 ans de traitement.

Le risque de méningiome est rare à l’échelle collective : moins de 1 cas pour 1 000 personnes traitées chaque année. Mais il augmente fortement avec la dose cumulée et l’âge de la patiente.

Le risque de méningiome conduisant à une chirurgie augmente avec l’âge. Il est 3 fois plus élevé pour les femmes de 35 à 44 ans que pour celles de 25 à 34 ans.

100 cas par an : c’est le nombre de femmes avec un ou plusieurs méningiomes opérés attribuables au Lutényl ou au Lutéran, en France.

Partie 2. Recommandations sur le traitement par Lutényl, Lutéran ou leurs génériques

Conduite à tenir en fonction des situations thérapeutiques (recommandations de l’ANSM, janvier 2021)

Indications pour lesquelles le rapport bénéfice/risque est considéré favorable Chez la femme en âge de procréer lorsque les alternatives thérapeutiques ont échoué ou sont contre-indiquées :

Acétate de nomégestrol 5 mg (Lutényl et génériques)

  • Hémorragies fonctionnelles
  • Ménorragies liées aux fibromes en pré-opératoire
  • Mastopathie sévère

Acétate de chlormadinone 5 et 10 mg (Lutéran et génériques)

  • Endométriose
  • Hémorragies fonctionnelles
  • Ménorragies liées aux fibromes en pré-opératoire
  • Mastopathie sévère

Le traitement devra être le plus court possible ET le rapport bénéfice/risque doit être réévalué au minimum une fois par an.

Situations pour lesquelles le bénéfice/risque est considéré défavorable :

  • Ménopause, cycle artificiel en association avec un oestrogène
  • Irrégularités du cycle
  • Syndrome prémenstruel (dysménorrhées essentielles)
  • Mastodynies non sévères
  • Contraception (sans facteur de risque cardiovasculaire associé)

Ne pas utiliser : Existence d’alternatives thérapeutiques

 

Partie 3. Surveillance des patientes par IRM cérébrale : schéma recommandé et profils particuliers

Un examen par imagerie cérébrale (IRM) doit être réalisé quel que soit l'âge de la patiente :

  • à tout moment pendant ou après le traitement en cas de signes évocateurs de méningiomes ;
  • au bout d’1 an de traitement lorsque le traitement nécessite d’être poursuivi, puis 5 ans après la première IRM, puis tous les 2 ans tant que le traitement est poursuivi ;
  • à l'initiation du traitement en cas de facteurs de risque identifiés de méningiome (antécédent de radiothérapie encéphalique dans l’enfance ou neurofibromatose de type 2).

Cas particulier : les patientes ayant arrêté le traitement macroprogestatif

En cas de signes cliniques évocateurs d’un méningiome, une IRM cérébrale devra être pratiquée, même à distance du traitement.

En l’absence de signe clinique, il n’est pas nécessaire de réaliser une IRM.

 

Cas particulier : désir de grossesse

Lorsqu'une grossesse est souhaitée et en cas d'antécédents de méningiome (opéré ou non) en lien avec la prise d'acétate de nomégestrol, de chlormadinone ou de cyprotérone, une prise en charge pluridisciplinaire doit être mise en place.

(1) Étude du groupement d’intérêt scientifique EPI-Phare, constitué par l’ANSM et l’Assurance Maladie, réalisée à partir des données nationales de remboursement sur 1,8 et 1,5 million de femmes ayant consommé de l’acétate de nomégestrol ou de l’acétate de chlormadinone entre le 1er janvier 2007 et le 31 décembre 2018.

L'étude est accessible depuis ce chemin : ameli/ressources/Statistiques et publication/ Études en santé publique/Études pharmaco-épidémiologiques/Exposition prolongée à de fortes doses d’acétate de cyprotérone et risque de méningiome.

 

En savoir plus sur le site de l'ANSM.

(1) Étude réalisée à partir des données nationales de remboursement de l’Assurance Maladie sur 1,8 et 1,5 million de femmes ayant consommé de l’acétate de nomégestrol ou de l’acétate de chlormadinone entre le 1er janvier 2007 et le 31 décembre 2018.