« La CPTS apporte des solutions concrètes en termes de prise en charge cohérente et pertinente »

27 octobre 2021

François Cammal et Adrien Plassard, tous deux médecins généralistes, mettent la dernière main au projet de création de la communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) Centre-Hérault (34). L’objectif : signer l’accord conventionnel interprofessionnel (ACI) d’ici fin décembre. La communauté, qui regroupe aujourd’hui 130 professionnels de santé adhérents, couvre un bassin de vie de 120 000 habitants répartis dans 96 communes. Il s’agit de la 4e CPTS qui devrait prochainement être conventionnée dans l’Hérault. Les docteurs Cammal et Plassard reviennent sur le processus de création de la CPTS et sur l’intérêt d’avoir bénéficié cet été d’un « atelier d’accélération » de l’Assurance Maladie (1). Entretien croisé.

Comment est né votre projet de création de la CPTS Centre-Hérault ?

Dr Plassard. Au départ, les professionnels de santé libéraux se sont réunis au sein de l’association Santé Lib créée en 2015, car ils ressentaient le besoin de se coordonner pour répondre aux problématiques spécifiques d’accès aux soins, notamment celle des urgences, du territoire Cœur d’Hérault (2). Il s’agissait à la fois de dynamiser l’offre de soins pour lutter contre la désertification médicale, tout en améliorant notre qualité de travail. Quand la loi a créé les CPTS en 2016, la métamorphose de l’association a semblé évidente.

Dr Cammal. Il a, en effet, fallu trouver des solutions au problème posé par les urgences et l’accès aux soins d’un territoire confronté depuis plus de 20 ans à une explosion démographique, à des difficultés liées à la mobilité et, aussi, à la précarité sociale. L’implication des professionnels de santé et des élus du territoire a donné naissance à la future coordination territoriale pluriprofessionnelle dont les premières pierres ont été posées avec la création de la maison médicale de garde (MMG) et du Smur Cœur d’Hérault, quelques années après.
C’est dans ce contexte que notre projet de CPTS a démarré, fin 2018, avec l’envoi de la lettre d’intention à l’agence régionale de santé (ARS) Occitanie (3). La crise sanitaire a retardé notre projet mais il est, aujourd’hui, en passe de se finaliser avec la signature de l’accord conventionnel interprofessionnel (ACI) fin décembre.

Comment l’atelier d’accélération de l’Assurance Maladie dont la CPTS a bénéficié vous a-t-il aidé ?

Dr Cammal. Avec la crise sanitaire, la principale difficulté a été de trouver du temps pour aborder la dernière phase d’écriture du projet de santé structurée avec la mise en place des différents groupes de travail. L’atelier d’accélération a permis de mieux repérer les axes de notre projet CPTS. L’atelier a facilité le repérage des axes de notre projet collectif, la méthodologie de l’équipe de l’accélérateur a permis de prendre en compte les avis et apports des uns et des autres, elle a facilité les contributions et la coordination dans la structuration du projet.

Dr Plassard. Il y avait un manque de lisibilité sur le projet de la CPTS. On savait certes qu’il fallait coordonner, mais cela manquait d’éléments concrets, malgré un engouement initial et une forte adhésion des professionnels. Par ailleurs, le fait d’avoir travaillé bénévolement a pu poser certaines limites car le temps dédié à ces projets est du temps pris sur le soin. Grâce à l’accélérateur, on a pu clarifier plus vite les actions en cohérence avec les missions initiales confiées aux CPTS. On a pu définir des responsables de mission et former des équipes projets autour de « fiche-actions » partagées. On espère ainsi favoriser l’engagement des acteurs, et obtenir des moyens financiers qui seront débloqués lorsque l’ACI sera signé.

Quels conseils donneriez-vous à des praticiens qui souhaitent monter une CPTS ?

Dr Cammal. Le succès d’une CPTS dépend avant tout des professionnels eux-mêmes qui doivent s’en saisir, connaître et utiliser les outils proposés, les tester et les adapter à leur pratique. Ce n’est pas « je » mais « nous ». C’est un travail collaboratif nourri par des professionnels qui sont au plus près de la population du territoire dont ils connaissent les besoins et les difficultés.
La CPTS peut apporter, sur le terrain et au quotidien, des solutions concrètes en termes d’organisation de prise en charge cohérente et pertinente, d’éducation thérapeutique et de suivi, d’actions de santé publique au plus proche des populations et en proximité. Véritable interface, la CPTS doit veiller à faire le lien entre les différents acteurs de santé du territoire au service du patient et d’un parcours coordonné.

Dr Plassard. Il faut partir du patient. Rien ne sert d’élaborer de la coordination si ce n’est pas pour répondre initialement à une problématique de soins. Il faut aussi s’assurer que la réponse n’existe pas déjà à un autre étage : au sein de son cabinet médical, d’une maison de santé pluriprofessionnelle (MSP), d’une commission santé ou des plateformes territoriales d'appui (PTA). Ce qui est sûr, c’est que lorsqu’on est plusieurs à réfléchir à un projet de soins, c’est très vite enrichissant. Par exemple, dès qu’on a lancé l’organisation de l’offre de programmes d’éducation thérapeutique autour du diabète, on était tous enthousiastes, et les patients aussi. Ce sont ces moments qui donnent du sens au travail d’équipe.

 

Référent organisations coordonnées (ROC) : quèsaco ?

Sophie Devendeville, référente organisations coordonnées (ROC) dans la CPAM de l’Hérault, détaille les missions du ROC. « Dans chaque caisse d’assurance maladie, le binôme des ROC est composé de deux profils : administratif et médical. Il a notamment en charge, en partenariat avec les autres acteurs du territoire (ARS, MSA, URPS, fédérations…) l’accompagnement des porteurs de projets d’exercice coordonné (CPTS, MSP et centres de santé) à chaque étape : lettre d’intention, projet de santé, contractualisation.
Le binôme ROC intervient via des conseils méthodologiques, la transmission de données statistiques, l’accompagnement à l’utilisation de l’outil Rézone, l’organisation de réunions d’échanges avec les différents interlocuteurs, la co-construction des indicateurs du contrat signé dans le cadre de l’ACI.
Par ailleurs, il est conseillé aux porteurs de projet de s’appuyer sur un coordinateur qui s’occupera de superviser les groupes de réflexion et de formaliser la lettre d’intention et le projet de santé. À chaque étape, le porteur de projet peut aussi solliciter le binôme ROC de son département, qui lui proposera un accompagnement adapté à ses besoins, tel qu’une session de co-construction animée par l’accélérateur ».

 

Pour aller plus loin :

 

(1) François Cammal est coprésident délégué général (sur la photo à gauche) et Adrien Plassard est membre du conseil d’administration de la CPTS (sur la photo à droite).
(2) Le territoire Cœur d’Hérault regroupe les trois intercommunalités du Clermontais, du Lodévois et Larzac et de la vallée de l’Hérault.

(3) La lettre d’intention a été signée par les associations Santé Lib et Permanence de soins libérale des médecins du Cœur d'Hérault (Pelmech). Cette dernière regroupe la majorité des médecins généralistes du Centre Hérault et porte la maison médicale de garde (MMG) Cœur d’Hérault.