« Il est préférable que ce soit le médecin qui aborde en premier le sujet de la sexualité »

29 juin 2021

Portrait du docteur conort

Depuis le 1er juin 2021, tous les médecins peuvent prescrire la prophylaxie pré-exposition PrEP, un médicament de prévention contre le VIH (virus de l'immunodéficience humaine). Le docteur Guillaume Conort, médecin généraliste à la maison de santé de Penne-d'Agenais (Lot-et-Garonne) et ancien chef de clinique de médecine générale à l’université de Bordeaux, revient sur cette extension de la PrEP et plus largement sur l’accompagnement des patients en matière de santé sexuelle et de suivi et de prévention des infections sexuellement transmissibles (IST).

Est-ce difficile d’aborder le sujet de la sexualité et de la prévention avec vos patients ?

Dr. Guillaume Conort. En tant que praticien, j’ai l’impression que plus on aborde ce sujet régulièrement, plus il devient aisé de le faire. Je pense que le patient peut plus facilement en parler avec le médecin traitant qu’avec tout autre professionnel de santé, car il y a bien souvent une relation de confiance entre eux et nous.

Selon mon expérience et certaines thèses que j’ai dirigées (1), il est préférable que ce soit le médecin qui aborde en premier la question de la sexualité plutôt que d’attendre que ce soit le patient qui en parle. La façon d’aborder est importante, il faut le faire de façon ouverte. Pour parler de sexualité, le prétexte peut venir lors de la prescription d’un médicament par exemple. Je peux alors demander : « le médicament que je vous prescris peut avoir des effets secondaires sur la sexualité. Souhaitez-vous que nous en parlions ? ». Il y a plusieurs accroches possibles : à l’occasion d’un dépistage qui n’est pas lié à la sexualité, lors d’une prise de sang…

Si certains médecins peuvent avoir des difficultés à aborder la question, il existe une formation en ligne gratuite sur « FormaPrEP » avec un module intitulé « Comment aborder la sexualité en médecine générale ». Cette formation peut permettre de lever des freins, donner des pistes pour savoir comment intervenir, et peut-être même trouver de la légitimité en tant que médecin à parler de ce sujet de prévention.

Quels messages-clés diffusez-vous à vos patients sur ces sujets ?

Dr. Guillaume Conort. C’est difficile de répondre car je fonctionne toujours avec un message personnalisé ! J’adapte en fonction des besoins de mon patient, de ce que j’ai identifié dans ses pratiques sexuelles. Les patients peuvent avoir peur d’un jugement. J’essaye donc de porter un regard bienveillant, non jugeant. Pour que l’information passe et soit mise en pratique, le patient doit se sentir en confiance. Le plus important est de proposer des mesures de prévention combinées contre les IST (préservatifs, vaccinations, dépistages réguliers des IST, tests de grossesse, contraception) et qui sont les mieux adaptées à chaque patient.

J’exerce aussi à l’espace santé étudiant situé à Bordeaux et je me rends compte que les jeunes sont assez à l’aise pour parler des sujets liés à la sexualité et à la prévention mais paradoxalement, ils ont de réelles difficultés d’accès aux soins et/ou des réticences à consulter. Pour plusieurs raisons : de mauvaises expériences avec le système de santé, peu de disponibilités pour prendre soin d’eux et réaliser des dépistages car ils naviguent entre leurs études et leur job d’étudiant...

Côté prévention, la PrEP peut désormais être prescrite depuis le 1er juin par tous les médecins : pourquoi est-ce important ?

Dr. Guillaume Conort. La PrEP est un outil de lutte contre le VIH qui ne pouvait être prescrit avant qu’à l’hôpital ou dans les centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) : la possibilité de prescription par les médecins généralistes va permettre de faciliter son accès. C’était attendu : le médecin est proche du patient à la fois dans la relation et dans la géographie ; ainsi, l’accès aux soins est doublement facilité. Il n’y a plus besoin de passer par un spécialiste. Cela diminue le poids logistique (déplacement dans un hôpital par exemple) qui pouvait être un frein pour certains patients.

D’autant plus que la mise sous PrEP nécessite un engagement du médecin dans le suivi du patient et l’adhésion continue par le patient à la démarche. Il existe 2 schémas de prescription : en continu, le traitement est efficace au bout de 7 jours de prise. À la demande (uniquement chez les hommes cisgenres (2)), il est efficace 2 heures après une prise de deux comprimés, si on prend bien ensuite un comprimé tous les jours jusqu’à 2 jours après le dernier rapport. Il faut au préalable s’assurer que la fonction rénale soit normale et bien sûr qu’il n’y ait pas d’infection au VIH en cours. On contrôle ensuite la fonction rénale et la sérologie VIH un mois après, puis tous les trois mois avec un dosage des alanines aminotransférases (ALAT) et un dépistage des IST. Les schémas sont bien détaillés sur la fiche rapide de la HAS.

La PrEP est complémentaire aux autres mesures de prévention : elle protège du VIH mais pas des autres IST et ce n’est pas un contraceptif. Encore une fois, il faut s’adapter à chaque personne pour lui proposer le ou les outils de prévention qui lui conviendra le mieux.

(1) Exemple : Thèse « Attentes et représentations des patients sur l’abord de la santé sexuelle en médecine générale » de Julie Rose.

(2) Se dit d'une personne dont l'identité de genre (masculin ou féminin) correspond au sexe avec lequel elle est née.