Éléments clés de la prise en charge pluridisciplinaire de la lombalgie commune

21 septembre 2020
Prévenir le passage à la chronicité de la lombalgie commune est un enjeu de santé publique au regard des risques de désinsertion sociale et professionnelle pour les patients. Pour éviter cette chronicisation, le maintien de l’activité physique y compris professionnelle, ainsi que la participation active du patient sont les éléments clefs de l’évolution favorable de la lombalgie aiguë commune.

Si le patient présente des facteurs de risque de passage à la chronicité, la prise en charge pluridisciplinaire et la bonne coordination entre professionnels de santé sont déterminantes. 

L’apport de la kinésithérapie

En présence de facteurs de risque de passage à la chronicité ou en cas de lombalgie chronique, il convient d’orienter le patient vers la kinésithérapie. En effet, l’exercice physique est le traitement principal qui permet une évolution favorable de la lombalgie.

Le kinésithérapeute participe au maintien ou à la reprise rapide de l’activité physique au travers de programmes d’exercices supervisés adaptés à la situation clinique du patient. Pratiqués en groupe ou en individuel, le plus important est que ces exercices fassent appel à la participation active du patient qui pourra les reproduire à domicile, en limitant notamment les méthodes passives. Le kinésithérapeute rassure également sur l’évolution favorable tout au long de la rééducation du patient et contribue à son éducation.

En savoir plus avec le guide Éléments d’information sur la kinésithérapie dans le cadre de la prise en charge de la lombalgie commune (PDF).

Un programme en 3 points

1. Kinésithérapie analytique

  • Étirements musculaires
  • Mobilisations et gain d’amplitude
  • Renforcement musculaire des extenseurs du rachis et du transverse de l’abdomen
  • Travail de proprioception lombo-pelvien

2. Activité physique

  • Kinésithérapie globale aérobie
  • Programme de réentrainement à l’effort et de restauration fonctionnelle
  • Activité́ physique adaptée

3. Gestion de la douleur

Une réévaluation par le kinésithérapeute est recommandée après la 4e séance.

Qu’en est-il des techniques manuelles ? Les données probantes en faveur des techniques manuelles ne sont pas suffisamment robustes pour recommander leur utilisation isolée.

Interviews d’experts partenaires de l’Assurance Maladie sur l’importance des interactions entre professionnels de santé et de la kinésithérapie

Intervention du Professeur Bruno Fautrel, rhumatologue à l'hôpital de la Pitié Salpetrière AP-HP

L’interaction entre les professionnels de santé est extrêmement importante.

Et c’est la cohérence des propos tenus et des actions mises en place par les uns et les autres qui va permettre au patient de se sentir guidé et d’aller dans une voie qui va être celle de l’amélioration des symptômes et de la reprise des activités.

[Professionnels de santé : conseils pour une meilleure prise en charge de la lombalgie aiguë commune et pour prévenir le passage à la chronicité]

Intervention de Docteur Cyril Bégue - médecin généraliste

Le rôle du médecin généraliste face à un patient qui se plaint de lombalgie c’est d’identifier les lombalgies symptomatiques qui nécessitent une prise en charge particulière et puis c’est d’anticiper les situations où il y a des risques importants de chronicisation en identifiant les drapeaux jaunes et donc d’accompagner le patient pour lui permettre de reprendre une activité le plus rapidement possible.

[Le maintien de l'activité est le principal facteur de guérison de la lombalgie]

Intervention de Docteur Cyril Bégue - médecin généraliste

En cas de lombalgie, il est important de poursuivre ses activités, en respectant la douleur mais de poursuivre ses activités au maximum.

Il est préférable que le patient puisse poursuivre son activité professionnelle afin de favoriser la guérison mais si l’intensité de la douleur et les conditions de travail ne le permettent pas, il faut alors prescrire un arrêt de travail plutôt court afin de pouvoir réévaluer le patient rapidement.

[Bien évaluer les facteurs de risque de la chronicité de la lombalgie permet d'orienter le patient vers les bons professionnels de santé]

Intervention de Docteur Cyril Bégue - médecin généraliste

Si la douleur se prolonge, que l’on revoit le patient au bout d’une à deux semaines, on va réévaluer les drapeaux rouges mais aussi, et là, de plus en plus important, les facteurs de risque de passage à la chronicité pour éviter que la lombalgie ne devienne chronique.

Plus les semaines vont passer et plus il sera important de prescrire de la kinésithérapie pour favoriser le maintien de l’activité du patient.

Intervention de Xavier Dufour, masseur-kinésithérapeute

Nous, kinésithérapeutes, avons vraiment ce rôle majeur de montrer au patient qu’il peut bouger, qu’il peut faire des choses, finalement c’est le rassurer.

Aujourd’hui, pour les patients lombalgiques, en phase très aiguë, le champ de la mobilisation articulaire, de la thérapie manuelle permet de réduire la douleur mais ne permet pas de prévenir la récidive à moyen-long terme.

La kinésithérapie analytique a un intérêt sur la raideur et la perte de mobilité et donc de retrouver cette mobilité permet le plus souvent de réduire la douleur du patient et derrière on enchaîne vraiment sur l’actif pour permettre une prise en charge au long cours et ainsi éviter la récidive et la chronicité.

[D'autres acteurs de santé agissent sur les cas les plus graves de la lombalgie]

Intervention du Professeur Bruno Fautrel, rhumatologue à l'hôpital de la Pitié Salpetrière AP-HP

Le rhumatologue doit vraiment intervenir et il ne faut pas hésiter à le contacter à partir du moment où les symptômes commencent à s’éterniser.

Quand on passe un délai de quatre à six semaines, on s’engage vers une lombalgie chronique et à ce moment-là, avoir ce regard de l’expert peut amener à réorienter la prise en charge et essayer d’éviter d’arriver au stade chronique.

Et puis, bien évidemment, lorsque votre patient a des symptômes de gravité, des drapeaux rouges, là encore le rhumatologue va pouvoir vous aider pour essayer de mettre en place les investigations qui permettront d’assurer la prise en charge du patient.

Si le patient n’a pas de signe d’alerte, c’est-à-dire de drapeaux rouges, bien évidemment, à partir du moment où vous êtes en difficulté, vous avez l’impression que la prise en charge que vous avez proposée ne permet pas d’améliorer de façon substantielle l'état patient, vous êtes tout à fait libre de contacter votre correspondant rhumatologique, de manière à pouvoir avoir, là encore, son regard et éventuellement qu’il vous aide à assurer la suite de la prise en charge.

[Dans le diagnosctic des patients, l'imaginerie doit être utilisée à bon escient.]

Les examens d’imagerie souvent sont demandés par les patients et il faut bien comprendre que ces examens d’imagerie peuvent être intéressants bien évidemment s’il y a un drapeau rouge, s’il y a un geste infiltratif qui va à ce moment-là permettre d’améliorer les symptômes et puis à chaque moment, à chaque fois qu’il y aura de nouveaux symptômes, une aggravation des symptômes, l’apparition d’une radiculalgie et qu’il faut à ce moment-là comprendre le mécanisme, ce qui orientera la prise en charge.

Donc les examens d’imagerie ne doivent pas être considérés comme des examens systématiques, qu’il faut faire devant tout patient qui a mal au dos, mais dès que ces examens vont changer ou conditionner la prise en charge c’est là qu’il faut savoir les prescrire et les demander.

[Le recours à l'imagerie n'est pas systématique.]

Intervention de Xavier Dufour, masseur-kinésithérapeute

Finalement, en identifiant bien l’étiologie, c’est-à-dire la cause réelle, et les facteurs qui provoquent cette lombalgie alors une prise en charge interdisciplinaire cohérente permet dans la plupart des cas de supprimer la douleur ou alors de permettre de vivre à un niveau complètement acceptable.

© Assurance Maladie

Prise en charge psychologique

En présence de facteurs psychologiques et comportementaux influant sur la symptomatologie et/ou le risque de passage à la chronicité, il est possible d’envisager une prise en charge psychologique. En effet, les problèmes psychologiques peuvent participer au déclenchement et/ou à la chronicisation de la lombalgie commune, et entretenir la douleur.

Comment la prise en charge psychologique se met-elle en place ?
  • Le médecin généraliste doit en tenir compte dans l’évaluation de la situation clinique et le projet thérapeutique. Chaque professionnel joue un rôle dans l’accompagnement psychologique.
  • La relaxation et les approches cognitivo-comportementales aident le patient à modifier un comportement inapproprié vis-à-vis de sa situation. Elles permettent une meilleure gestion de la douleur et favorisent la déconstruction des fausses croyances vis-à-vis de la lombalgie.
  • Si le patient présente des antécédents ou des signes dépressifs un traitement pharmacologique peut être discuté éventuellement après un avis psychiatrique.

Orienter vers le médecin spécialiste

À partir de la 6e semaine d’arrêt de travail et en cas de persistance des lombalgies ou de lombalgie récidivante, de modification de la symptomatologie et/ou d’échec des traitements bien conduits, le médecin traitant peut adresser le patient à un médecin spécialiste (rhumatologue ou médecin de médecine physique et de réadaptation) avec lequel il travaille en coordination.

Retour au travail

En présence de facteurs de risques professionnels, il conviendra d’anticiper, préparer et accompagner la reprise du travail afin de favoriser le maintien dans l’emploi. Avec l’accord du patient/travailleur, le médecin traitant peut alors contacter le service de santé au travail afin de mettre en place une démarche coordonnée.

En savoir plus sur le maintien de l’activité professionnelle pour les patients lombalgiques.