Lombalgie commune : favoriser le maintien de l’activité professionnelle

14 novembre 2019
Si le travail peut être facteur de risque déclencheur d’une lombalgie, l’absence d’activité professionnelle est délétère pour le patient. En cas de lombalgie commune, le maintien de l’activité physique et professionnelle – ou la reprise précoce du travail dans des conditions adaptées – est l’un des éléments-clés pour prévenir le passage à la chronicité.

Causes et facteurs de risque professionnels

Les lombalgies communes ont généralement une origine multifactorielle. Leur prévalence élevée (4 personnes sur 5) s'explique notamment par des facteurs de risque multiples liés au travail (manutentions, vibrations du corps entier, travail physique dur, postures contraignantes, risques psychosociaux…) et à la vie de tous les jours (activités domestiques ou de loisir provoquant des lésions bénignes telles que contractures et microdéchirures musculaires qui cicatrisent spontanément).

Les principales causes des lombalgies liées au travail sont aujourd’hui bien connues. Du port de charge aux postures contraignantes, celles-ci se retrouvent dans de très nombreux secteurs d’activité. Le bâtiment, le transport et la logistique, le commerce, le traitement des déchets mais aussi l’aide et les soins à la personne sont directement concernés.

Infographie présentant les quatre causes principales de lombalgies liées au travail (cf. description détaillée ci-après)

Les principales causes des lombalgies liées au travail

La principale cause de lombalgies liées au travail est le port et le transport de charges ou de personnes. Elle concerne 40 % des lombalgies dues au travail.

La manutention manuelle d’objets est la deuxième cause de lombalgies liées au travail. Elle concerne 23 % des lombalgies dues au travail.

Les chutes de hauteur ou de plain-pied, ainsi que les postures contraignantes et les mouvements divers sont des causes importantes de lombalgies liées au travail. Elles concernent 11 % des lombalgies dues au travail.

Pour éviter le passage à la chronicité et ses conséquences, il est recommandé d’évaluer dès la 2e semaine d’évolution ou d’emblée en cas de lombalgie récidivante, les facteurs pronostiques, à savoir les facteurs psychologiques et comportementaux (« drapeaux jaunes ») susceptibles d'influencer le passage vers la chronicité et les facteurs socio-économiques et professionnels (drapeaux « bleus » et « noirs ») susceptibles d'influencer l'incapacité prolongée et de retarder le retour au travail.
De fait, représentant 1 accident du travail sur 5, les lombalgies sont à l'origine de durées d'arrêt de travail relativement longues (la durée moyenne des arrêts est de 2 mois en AT et 1 an en maladie professionnelle (1)) entrainant des difficultés de retour au travail.

Facteurs de risques selon le type de lombalgie
Nature de la lombalgie Facteur de risques
Lombalgie aiguë
  • Manutentions manuelles
  • Chutes
  • Exposition aux vibrations corps entier
  • Postures pénibles sous contrainte
  • Travail physique dur
  • Traumatismes
  • Efforts importants
Lombalgie chronique
  • Conditions de travail
  • Insatisfaction au travail
  • Travail physique dur
  • Stress
  • Contraintes psychosociales
  • Absence d’actions de prévention dans l’entreprise

Source : Lombalgie : facteurs de risques (INRS).

Facteurs de risques selon le type de situation
Situation Facteur de risques
Exigences physiques
du travail
  • Rythme de travail soutenu
  • Travail physique intense et/ou soutenu
  • Exigences physiques supérieures aux capacités
Climat social
au travail
  • Absence de soutien social
  • Absence de soutien hiérarchique
  • Manque d'autonomie
  • Contrat de travail de courte durée
  • Conflits au travail
  • Impossibilité de faire des pauses de sa propre initiative
Perceptions de la douleur
et du travail
  • Insatisfaction au travail
  • Travail monotone
  • Stress au travail
  • Croyance que le travail est dangereux
  • Charge émotionnelle au travail
  • Croyance qu'il vaudrait mieux ne pas travailler avec la douleur
  • Peur de la rechute
  • Faible espoir de reprise du travail
Gestion de l'incapacité
au travail
  • Compensation financière
  • Antécédents de compensation financière
  • Plainte de découragement
  • Retard à la déclaration d'accident
  • Faible prise en charge médicale immédiate
  • Impossibilité de modifier le poste
  • Salaire de compensation important

Source : Société française de médecine du travail (SFMT), Recommandation de bonne pratique. Surveillance médico-professionnelle du risque lombaire pour les travailleurs exposés à des manipulations de charges (PDF), septembre 2013 (labellisée par la HAS le 21 octobre 2013).

En présence de ces facteurs de risque ou dès la 4e semaine d’évolution, il faut anticiper, préparer et accompagner la reprise du travail afin de favoriser le maintien dans l’emploi et éviter le passage à la chronicité. Avec l’accord du patient/travailleur, le médecin traitant peut alors contacter le service de santé au travail afin de mettre en place une démarche coordonnée.

L’absence d’activité professionnelle : un facteur de risque

Le maintien ou la reprise du travail fait partie du traitement : cela empêche la fonte des muscles et participe à redonner confiance au patient dans sa capacité à guérir et à continuer son activité professionnelle. À l’inverse, l’immobilisation et le repos sont des facteurs de risque d’évolution vers une forme chronique, rendant la reprise de l’activité physique plus douloureuse et difficile.
Maintenir ou favoriser une reprise précoce de l’activité professionnelle implique de fait un changement de paradigme face à un patient/salarié. 

« En cas de lombalgie, il ne faut plus se concentrer sur l’incapacité du patient à exercer son activité professionnelle, mais plutôt sur sa capacité à travailler. »

Pr Bruno Fautrel, chef de service de rhumatologie à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris)

Rassurer le patient sur l’évolution favorable

En cas de lombalgie commune, il est essentiel de redonner confiance au patient en lui rappelant que bien qu’intense, sa douleur est sans gravité et d’évolution généralement favorable, en particulier s’il reste actif. Ainsi, il n’est pas nécessaire d’attendre la disparition complète des symptômes pour pouvoir reprendre le travail. Une reprise rapide, lorsqu’elle est adaptée à l’état du patient en collaboration avec le service de santé au travail, permet notamment de prévenir le risque d’isolement socioprofessionnel.

Le bon usage des arrêts de travail pour favoriser la guérison

La prescription d’un Arrêt de travail pour lombalgie commune (PDF) appartient au médecin traitant. Pour tout type d’emploi, il faut éviter la prescription d’un arrêt de travail. L’arrêt de travail peut cependant être nécessaire devant une douleur importante : l’arrêt de travail initial est alors court (5 jours au plus), en fonction de l’intensité de la douleur, de l’âge, de la condition physique du patient, de son poste de travail ou encore du temps et du mode de transport. 

La durée initiale doit être réévaluée rapidement pour éviter le passage à la chronicité. De fait, la reprise précoce de l’activité professionnelle dans des conditions adaptées participe de la prise en charge.

Une prise en charge coordonnée pour favoriser une reprise rapide

Dès la 4e semaine d’arrêt de travail, il faut anticiper, préparer et accompagner la reprise du travail, notamment en informant le patient en arrêt de travail de l’intérêt de solliciter une visite de pré-reprise précoce.

Avec l’accord du patient, il est recommandé de mettre en place une concertation précoce entre le médecin traitant, le médecin du travail, et éventuellement le médecin conseil.

Les missions des services de santé au travail sont assurées par une équipe pluridisciplinaire de santé au travail comprenant les médecins du travail, les intervenants en prévention des risques professionnels (IRPP) tels que les psychologues, les ergonomes… et les infirmiers. 
Ces équipes peuvent être complétées par des assistants de services de santé au travail (ASST), et des professionnels recrutés après avis des médecins du travail. 
Équipes pluridisciplinaires par essence, elles permettent de prendre en compte l’ensemble des facteurs liés à la lombalgie : de l’information et la formation des salariés et des employeurs, à l’adaptation des postes.
Le médecin du travail collabore avec le médecin traitant du patient et son employeur afin de prévenir au mieux les facteurs de risques et de favoriser le retour précoce des travailleurs en arrêt. 
Dans ce cadre, le médecin traitant pourra contribuer à encadrer la reprise ou le maintien en activité professionnelle de son patient en demandant une visite de préreprise au médecin du travail, soumis au secret médical et professionnel. Parce que le médecin du travail a besoin de connaître les symptômes, le diagnostic et le traitement pour bien accompagner le travailleur, l’échange –Jécrit ou oral – avec le médecin traitant peut permettre de gagner en efficacité.

Dans le cadre du suivi des arrêts de travail ou à la demande du médecin traitant, le médecin-conseil a pour rôle de prévenir la désinsertion socioprofessionnelle. En accord avec le patient, il peut contacter le service de santé au travail afin de mettre en place une reprise rapide et adaptée du travail. La reprise du travail à temps partiel ne peut se mettre en place qu’avec l’accord du médecin-conseil.

Afin de faciliter les relations entre le patient, le médecin traitant, le médecin conseil et le médecin du travail, l’Assurance Maladie met en place une nouvelle offre de service à travers le conseiller service.

À la demande du médecin traitant, un agent du service médical de la CPAM peut intervenir auprès du patient pour faciliter ses démarches auprès du médecin du travail et du service social de l’Assurance Maladie. Ainsi, il peut organiser une consultation du patient auprès du médecin-conseil si nécessaire.

Retrouvez les coordonnées des conseillers service de l’Assurance Maladie auprès du service médical de la caisse primaire d’assurance maladie dont dépend votre patient.

Il est également recommandé avec l’accord du patient d'informer l’employeur par le médecin du travail si un aménagement de la situation de travail ou un retour progressif au travail est nécessaire.

Elle peut être mise en place à tout moment pendant l’arrêt de travail à la demande du salarié ; elle est plus particulièrement recommandée dès la 4e semaine d’arrêt de travail ou en cas d’arrêts de travail répétés.

Organisée auprès du médecin du travail, elle permet :

  • de rassurer le salarié avant sa reprise ;
  • d’étudier les conditions de retour au travail (le moment et les modalités de la reprise) ;
  • d’anticiper avec l’employeur les éventuels aménagements temporaires du poste et du temps de travail (reprise à temps partiel) ;
  • de rappeler les mesures de prévention.

Elle n’a aucune conséquence sur l’arrêt de travail et ne découle sur aucun avis d’aptitude. Cette visite est un moment essentiel pour s’assurer de la compréhension partagée de la situation entre le travailleur, le médecin traitant et le médecin du travail. Elle est indispensable à l’élaboration d’une stratégie concertée visant la reprise du travail.

Plusieurs visites de pré-reprise peuvent être nécessaires. À l’issue, le médecin du travail informe, sauf si le travailleur s’y oppose, l’employeur et le médecin conseil de ses préconisations afin que toutes les mesures soient mises en œuvre en vue de favoriser le retour au travail et le maintien en emploi du travailleur.

Pourquoi ?

  • Permettre une reprise progressive de l’activité professionnelle ;
  • aider le salarié à reprendre son emploi à temps complet.

Comment ?

  • Sur prescription médicale (médecin traitant ou médecin de soins) ;
  • avec l'accord du médecin-conseil et de l’employeur ;
  • pourcentage du temps de travail variable et +/- (50%, 80%…).

Quelle rémunération ?

  • Salaire au prorata du temps travaillé ; 
  • et indemnités journalières au prorata du temps non travaillé.

Quelles conditions ?

  • Précédé d’un arrêt de travail à temps complet (sauf AT/MP et ALD).
     

Dernière recommandation : solliciter les acteurs du maintien en emploi dans les cas complexes.

Les services de santé au travail ont par ailleurs un rôle et des missions spécifiques au sein des entreprises en accompagnant les employeurs dans la mise en place de programme de prévention.

(1) Enjeux Santé Travail 2016, éléments statistiques sur les lombalgies, décembre 2016.

[Le professeur Audrey Petit, rhumatologue au centre de consultation de pathologie professionnelle du CHU d’Angers témoigne pour l’Assurance Maladie pour savoir pourquoi et comment favoriser le maintien en emploi des patients lombalgiques.]

Question : Quel est le rôle du médecin généraliste face à un patient lombalgique ?

Professeur Audrey Petit : Le médecin traitant est finalement le premier acteur du retour au travail puisqu'il est prescripteur de l'arrêt travail. Et c'est aussi l'interlocuteur qui a la connaissance de l'ensemble du dossier, à la fois sur les aspects médicaux mais aussi psychologiques, sociaux, et sur l'histoire personnelle des patients. Il est l'interlocuteur privilégié pour discuter du moment et des conditions de la reprise du travail à envisager pour cette situation en particulier.

Question : Pourquoi est-il important que les patients conservent une activité professionnelle ?

Professeur Audrey Petit : Plus on prolonge l'arrêt de travail, plus on va avoir tendance à perdre confiance dans ses capacités à retourner au travail. On va voir aussi un syndrome de déconditionnement physique, psychologique, social. C'est d'ailleurs important que les médecins traitants puissent conseiller à leurs patients de rencontrer leur médecin du travail à tout moment et le plus tôt possible en dehors et pendant l'arrêt de travail. Notamment via la visite de pré-reprise pendant l'arrêt de travail, pour réfléchir aux conditions et à la durée de l'arrêt de travail.

Question : Quel est le rôle du médecin du travail ?

Professeur Audrey Petit : Il est important et sûrement gagnant de rencontrer le plus tôt possible son médecin du travail. Quand on se pose la question de retourner au travail avec un symptôme de lombalgie persistant, on va éventuellement être amené à réfléchir à des adaptations des situations de travail. En termes d'aménagement du poste de travail ou sur les éléments physiques : port de charges, maintien de postures prolongées, par exemple. En termes d'organisation du travail : aménager des temps de pause ou reprendre à temps partiel thérapeutique. Et ça c'est vraiment le rôle du médecin du travail.

Signature : Mal de dos ? Le bon traitement, c’est le mouvement.

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