« L’approche holistique s’impose en cas de symptômes prolongés de la Covid-19 »

28 mai 2021

Dr Pierre Gabach

Alors que l’épidémie de Covid-19 décroît en France, le docteur Pierre Gabach, adjoint à la direction de l’amélioration de la qualité et de la sécurité de soins et chef du service des bonnes pratiques de la Haute Autorité de santé (HAS), explique les modalités de prise en charge des patients souffrant des symptômes prolongés de la Covid-19. L’occasion également de faire le point sur l’état des connaissances sur les causes possibles de ces symptômes. Entretien.

À partir de quand parle-t-on de symptômes prolongés de la Covid-19 et quels sont-ils ?

Dr. Pierre Gabach. Les symptômes prolongés de la Covid-19 sont des symptômes qui durent au-delà de 4 semaines après le début de la maladie. Ces symptômes sont multiples, mais nous en observons 4 qui dominent la plupart du temps. Il s’agit avant tout d’une fatigue majeure qui persiste, d’une dyspnée, de troubles neurologiques et de troubles fonctionnels. Les patients évoquent souvent des douleurs thoraciques avec des palpitations et de troubles de la concentration. Ils présentent des troubles cognitifs et parlent de « brouillard cérébral » accompagné de maux de tête, des troubles de l’odorat et du goût, mais aussi de douleurs musculaires, articulaires, de troubles du sommeil, de l’anxiété… Ces symptômes sont polymorphes, et peuvent évoluer de façon fluctuante avec des phases d’aggravation et d’amélioration sur plusieurs semaines ou mois. Dans la grande majorité des cas, les patients récupèrent mais cela prend du temps, d’où l’importance de l’accompagnement des médecins pour les aider à reprendre confiance en eux.

Quelle est la prise en charge, notamment celle portée par les médecins généralistes ?

Dr. Pierre Gabach. Il faut adopter une approche holistique du patient. En cela, le médecin traitant est au centre de ce dispositif de prise en charge globale. Souvent, les symptômes décrits par le patient ne sont pas le reflet de l’examen clinique, qui révèle dans bien des cas peu d’anomalies. C’est pourquoi l’écoute et l’empathie sont des qualités importantes que le praticien doit mettre en avant durant la consultation. En outre, l’objectif de l’entretien consiste à écarter les situations d’urgence nécessitant l’orientation du patient vers des services spécialisés. Il convient, par exemple, de mesurer la saturation d’oxygène de son patient afin d’identifier une potentielle désaturation au repos et à l’effort. Un test simple : demander au patient de se lever et de s’asseoir sur une chaise plusieurs fois en une minute en mesurant la SpO2 avec un oxymètre de pouls. Pour aider les praticiens à identifier et prendre en charge ces patients, la HAS a publié des réponses rapides et 10 fiches techniques par symptôme ou spécialité, élaborées en collaboration avec les sociétés savantes et les associations de malades concernées. Nous avons également réalisé un webinaire dédié aux médecins généralistes, auquel ont participé une dizaine de médecins généralistes et spécialistes et qui est consultable sur le site de la HAS. Enfin, lorsque les symptômes persistent, les agences régionales de santé (ARS) mettent en place des structures proposant des prises en charge multidisciplinaires pour permettre un accompagnement de ces patients.

Quelles sont les causes de ces symptômes prolongés ?

Dr. Pierre Gabach. L’histoire naturelle de cette maladie est récente. Les données évolutives sont encore rares et les mécanismes physiopathologiques sont au stade d’hypothèses. Une persistance virale est évoquée, de même qu’une réponse dysimmunitaire ou inflammatoire inadaptée. Plusieurs études sont en cours sur ce sujet. L’apparition des troubles somatiques fonctionnels, de troubles psychologiques ou psychiatriques peut aussi conduire le patient à entretenir ces symptômes. Plus de 20 % des patients présentent encore au moins un des symptômes initiaux de la Covid-19 cinq semaines après le début de la maladie, et plus de 10 % à six mois. Ce temps de récupération, plus ou moins long, fluctue en fonction des patients, sans que l’on en connaisse les facteurs prédictifs.

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