« Il faut une implication du médecin traitant dans le Dossier Médical Partagé »

26 juillet 2018

Généralisé en octobre 2018, le Dossier Médical Partagé (DMP) fera bientôt partie de la vie des patients comme des professionnels de santé. Depuis décembre 2016, 9 départements l’expérimentent déjà, dont l’Indre-et-Loire où exerce le docteur Jean-Pierre Peigné. Il détaille l’utilité de ce DMP en matière de santé publique.

Vous êtes un ambassadeur de longue date du DMP et faites partie des premiers expérimentateurs, quel est selon vous son intérêt principal pour la communauté médicale ?

Dr Jean-Pierre Peigné. Grâce à la permanence des soins ambulatoires (PDSA), le médecin n’est plus « sur le pont » 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. On lui demande de confier ses patients à la communauté médicale, mais comment lui garantir qu’ils seront pris en charge le mieux possible ? La réponse est le DMP. C’est encore plus vrai en cas de problème démographique, de nomadisme des patients. Dans la vraie vie, tout le monde n’a pas de médecin traitant. Mais il faut que le DMP offre des informations, sinon les services d’urgence cesseront de s’y référer. C’est en partie l’utilité de l’historique des remboursements sur 24 mois automatiquement alimenté par l’Assurance Maladie à l’ouverture d’un DMP.

Quelle est la place du médecin traitant dans ce dispositif ?

Dr Jean-Pierre Peigné. Aujourd’hui, les hôpitaux commencent à déposer les résultats d’examens, les comptes rendus opératoires ou de sortie dans le DMP. Mais si on s’arrête là, le DMP ne restera qu’une compilation documentaire. Il faut également une implication du médecin traitant, le seul capable d’avoir une vision globale du patient, de faire un résumé du DMP et de l’entretenir. Je me suis ainsi astreint à réaliser un volet de synthèse médicale, un résumé du dossier, pour tous mes patients fragiles, en ALD : les antécédents, les problèmes en cours, l’ordonnance des médicaments chroniques, les allergies et puis les points de vigilance. C’est essentiel, pour tous les patients, d’ailleurs. Imaginez : un régulateur du Samu appelé pour un patient âgé avec des troubles cognitifs. Grâce au volet de synthèse ou au dossier de liaison d’urgence d’un établissement de santé, en 30 secondes il a pris connaissance de la situation du patient et prend une décision éclairée. Et puis, bientôt, tout sera interopérable : grâce au DMP, même sans successeur, le médecin traitant qui part à la retraite n’abandonne plus ses patients, il peut y déposer le volet de synthèse, ainsi que les documents essentiels pour le patient. D’une certaine manière, le DMP me permet de confier mon patient à un autre médecin dont je ne connais pas encore le nom.

Et justement, dans votre relation avec vos patients, comment intégrez-vous le DMP ?

Dr Jean-Pierre Peigné. Je connais bien les patients dont je suis le médecin traitant, et il arrive que je mette de l’ordre avec eux dans leur dossier informatique. C’est l’occasion de leur expliquer l’intérêt du DMP, la manière dont il est sécurisé, que l’Assurance Maladie n’a pas accès au contenu de leur DMP, pas plus que les assureurs. Je leur dis aussi que tout est tracé et que, quand on y accède en urgence, il faut rendre compte, que le médecin traitant est notifié et que le patient lui-même est notifié que quelqu’un a accédé à son DMP. Je leur demande de permettre qu’en cas d’urgence, un professionnel de santé puisse accéder directement à leur dossier s’ils ne sont pas en mesure de donner leur accord. La réponse est toujours la même : ils acceptent, en s’étonnant même que je pose la question.