Lombalgie commune : favoriser le maintien de l’activité professionnelle

12 novembre 2018
Si le travail peut être facteur de risque déclencheur d’une lombalgie, l’absence d’activité professionnelle est délétère pour le patient. En cas de lombalgie commune, le maintien de l’activité physique et professionnelle – ou la reprise précoce du travail dans des conditions adaptées – est l’un des éléments-clés pour prévenir le passage à la chronicité.

Causes et facteurs de risque professionnels

Les lombalgies communes ont généralement une origine multifactorielle. Leur prévalence élevée (4 personnes sur 5) s'explique notamment par des facteurs de risque multiples liés au travail (manutentions, vibrations du corps entier, travail physique dur, postures contraignantes, risques psychosociaux…) et à la vie de tous les jours (activités domestiques ou de loisir provoquant des lésions bénignes telles que contractures et microdéchirures musculaires qui cicatrisent spontanément).

Les principales causes des lombalgies liées au travail sont aujourd’hui bien connues. Du port de charge aux postures contraignantes, celles-ci se retrouvent dans de très nombreux secteurs d’activité. Le bâtiment, le transport et la logistique, le commerce, le traitement des déchets mais aussi l’aide et les soins à la personne sont directement concernés.

Les principales causes des lombalgies au travail

Pour éviter le passage à la chronicité et ses conséquences, il est recommandé d’évaluer dès la 2e semaine d’évolution ou d’emblée en cas de lombalgie récidivante, les facteurs pronostiques, à savoir les facteurs psychologiques et comportementaux (« drapeaux jaunes ») susceptibles d'influencer le passage vers la chronicité et les facteurs socio-économiques et professionnels (drapeaux « bleus » et « noirs ») susceptibles d'influencer l'incapacité prolongée et de retarder le retour au travail.
De fait, représentant 1 accident du travail sur 5, les lombalgies sont à l'origine de durées d'arrêt de travail relativement longues (la durée moyenne des arrêts est de 2 mois en AT et 1 an en maladie professionnelle (1)) entrainant des difficultés de retour au travail.

Facteurs de risque Lombalgie aiguë Lombalgie chronique
Au travail Manutentions manuelles
Chutes
Exposition aux vibrations corps entier
Postures pénibles sous contrainte
Travail physique dur
Traumatismes
Efforts importants
 
Conditions de travail
Insatisfaction au travail
Travail physique dur
Stress
Contraintes psychosociales
Absence d’actions de prévention dans l’entreprise
 

Source Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS). 

Exigences physiques du travail

Rythme de travail soutenu

Travail physique intense et/ou soutenu

Exigences physiques supérieures aux capacités

Climat social au travail

Absence de soutien social

Absence de soutien hiérarchique

Manque d'autonomie

Contrat de travail de courte durée

Conflits au travail

Impossibilité de faire des pauses de sa propre initiative

Perceptions de la douleur et du travail

Insatisfaction au travail

Travail monotone

Stress au travail

Croyance que le travail est dangereux

Charge émotionnelle au travail

Croyance qu'il vaudrait mieux ne pas travailler avec la douleur

Peur de la rechute

Faible espoir de reprise du travail

Gestion de l'incapacité au travail

Compensation financière

Antécédents de compensation financière

Plainte de découragement

Retard à la déclaration d'accident

Faible prise en charge médicale immédiate

Impossibilité de modifier le poste

Salaire de compensation important

Source Société française de médecine du travail (SFMT), « Recommandation de bonne pratique. Surveillance médico-professionnelle du risque lombaire pour les travailleurs exposés à des manipulations de charges », septembre 2013 (labellisée par la HAS le 21 octobre 2013).

En présence de ces facteurs de risque ou dès la 4e semaine d’évolution, il faut anticiper, préparer et accompagner la reprise du travail afin de favoriser le maintien dans l’emploi et éviter le passage à la chronicité. Avec l’accord du patient/travailleur, le médecin traitant peut alors contacter le service de santé au travail afin de mettre en place une démarche coordonnée.

L’absence d’activité professionnelle : un facteur de risque

Le maintien ou la reprise du travail fait partie du traitement : cela empêche la fonte des muscles et participe à redonner confiance au patient dans sa capacité à guérir et à continuer son activité professionnelle. À l’inverse, l’immobilisation et le repos sont des facteurs de risque d’évolution vers une forme chronique, rendant la reprise de l’activité physique plus douloureuse et difficile.
Maintenir ou favoriser une reprise précoce de l’activité professionnelle implique de fait un changement de paradigme face à un patient/salarié. 

« En cas de lombalgie, il ne faut plus se concentrer sur l’incapacité du patient à exercer son activité professionnelle, mais plutôt sur sa capacité à travailler. »

Pr Bruno Fautrel, chef de service de rhumatologie à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris)

Rassurer le patient sur l’évolution favorable

En cas de lombalgie commune, il est essentiel de redonner confiance au patient en lui rappelant que bien qu’intense, sa douleur est sans gravité et d’évolution généralement favorable, en particulier s’il reste actif. Ainsi, il n’est pas nécessaire d’attendre la disparition complète des symptômes pour pouvoir reprendre le travail. Une reprise rapide, lorsqu’elle est adaptée à l’état du patient en collaboration avec le service de santé au travail, permet notamment de prévenir le risque d’isolement socioprofessionnel.

Le bon usage des arrêts de travail pour favoriser la guérison

La prescription d’un arrêt de travail appartient au médecin traitant. Pour tout type d’emploi, il faut éviter la prescription d’un arrêt de travail. L’arrêt de travail peut cependant être nécessaire devant une douleur importante : l’arrêt de travail initial est alors court (5 jours au plus), en fonction de l’intensité de la douleur, de l’âge, de la condition physique du patient, de son poste de travail ou encore du temps et du mode de transport. 
La durée initiale doit être réévaluée rapidement pour éviter le passage à la chronicité. De fait, la reprise précoce de l’activité professionnelle dans des conditions adaptées participe de la prise en charge.
 

Une prise en charge coordonnée pour favoriser une reprise rapide

Dès que des facteurs de risque sont identifiés, une coordination entre le médecin traitant, le service de santé au travail, voire le médecin conseil de l’Assurance Maladie est souhaitable. 

Les missions des services de santé au travail sont assurées par une équipe pluridisciplinaire de santé au travail comprenant les médecins du travail, les intervenants en prévention des risques professionnels (IRPP) tels que les psychologues, les ergonomes… et les infirmiers. 
Ces équipes peuvent être complétées par des assistants de services de santé au travail (ASST), et des professionnels recrutés après avis des médecins du travail. 
Équipes pluridisciplinaires par essence, elles permettent de prendre en compte l’ensemble des facteurs liés à la lombalgie : de l’information et la formation des salariés et des employeurs, à l’adaptation des postes.
Le médecin du travail collabore avec le médecin traitant du patient et son employeur afin de prévenir au mieux les facteurs de risques et de favoriser le retour précoce des travailleurs en arrêt. 
Dans ce cadre, le médecin traitant pourra contribuer à encadrer la reprise ou le maintien en activité professionnelle de son patient en demandant une visite de préreprise au médecin du travail, soumis au secret médical et professionnel. Parce que le médecin du travail a besoin de connaître les symptômes, le diagnostic et le traitement pour bien accompagner le travailleur, l’échange –Jécrit ou oral – avec le médecin traitant peut permettre de gagner en efficacité.

Dans le cadre du suivi des arrêts de travail ou à la demande du médecin traitant, le médecin-conseil a pour rôle de prévenir la désinsertion socioprofessionnelle. En accord avec le patient, il peut contacter le service de santé au travail afin de mettre en place une reprise rapide et adaptée du travail. La reprise du travail à temps partiel ne peut se mettre en place qu’avec l’accord du médecin-conseil.

La SFMT recommande 4 actions pour une prise en charge coordonnée : 

  1. informer le travailleur en arrêt de l’intérêt de solliciter une visite de préreprise précoce ;

Organisée par le médecin du travail, la visite de pré-reprise vise d’une part à rassurer le salarié avant sa reprise. D’autre part et surtout, elle permet : 
-    d’étudier les conditions du retour à l’emploi (le moment et les modalités de la reprise)
-    d’anticiper avec l’employeur les éventuels aménagements temporaires du poste et du temps de travail (en cas de temps partiel thérapeutique).
Enfin, elle est l’occasion de rappeler les mesures de prévention. C’est un moment essentiel pour s’assurer de la compréhension partagée de la situation, elle-même indispensable à la mise en place d’une stratégie concertée visant la reprise du travail.
 

2.    organiser un échange précoce (après 4 semaines d’arrêt), avec l’accord du travailleur, entre le médecin traitant et le médecin du travail et éventuellement, le médecin conseil ;
3.    échanger rapidement, avec l’accord du travailleur, avec le chef d’entreprise ou ses représentants, si un aménagement de la situation de travail ou un retour progressif au travail est envisagé ;
4.    dialoguer, dans les cas complexes, avec les acteurs du maintien en emploi.

Le temps partiel fait également partie de l’arsenal thérapeutique envisageable : la reprise progressive de l’activité professionnelle permet au patient de reprendre confiance dans le monde du travail et dans sa capacité à travailler. Cette solution est également menée en collaboration avec le service de santé au travail et l’employeur.
 

Pourquoi ?

  • Permettre une reprise progressive de l’activité professionnelle ;
  • aider le salarié à reprendre son emploi à temps complet.

Comment ?

  • Sur prescription médicale (médecin traitant ou médecin de soins) ;
  • avec l'accord du médecin-conseil et de l’employeur ;
  • pourcentage du temps de travail variable et +/- (50%, 80%…).

Quelle rémunération ?

  • Salaire au prorata du temps travaillé ; 
  • et indemnités journalières au prorata du temps non travaillé.

Quelles conditions ?

  • Précédé d’un arrêt de travail à temps complet (sauf AT/MP et ALD).
     

Les services de santé au travail ont par ailleurs un rôle et des missions spécifiques au sein des entreprises en accompagnant les employeurs dans la mise en place de programme de prévention.

(1) Enjeux Santé Travail 2016, éléments statistiques sur les lombalgies, décembre 2016.