« Le dispositif pour l'accès aux soins de l'Assurance Maladie est une avancée majeure »

14 avril 2017

Malgré la performance du système de santé français, des difficultés d’accès aux soins demeurent pour des raisons financières mais aussi par méconnaissance des circuits. L’Assurance Maladie a créé un dispositif de détection et d’accompagnement des personnes qui renoncent à se soigner. Cette démarche née dans le Gard sera progressivement généralisée sur tout le territoire d’ici à la mi-2018. Témoignage de Patrice Cukier, médecin généraliste à Vauvert dans le Gard.

Dans quelles situations avez-vous proposé ce service à vos patients ?

Dr Cukier : Au sein de mon cabinet ou dans le centre d'addictologie dans lequel j'interviens, il m'arrive de voir certains de mes patients se retrouvant dans des situations complexes, en difficultés financières ou administratives.

L'un d'entre eux avait, par exemple, perdu sa carte Vitale et ne savait pas comment procéder pour s'en procurer une nouvelle. En absence de droits et sans possibilité d'assumer ses dépenses médicales, il ne suivait pas le traitement médicamenteux qu'il devait pourtant prendre de façon régulière. Grâce à l'accompagnement dont il a bénéficié, il a pu non seulement mettre à jour sa situation mais découvrir également qu'il était éligible à la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C).

Un autre jeune patient en difficulté d'insertion dans le monde du travail souffrait d'une mauvaise dentition qui le désavantageait lors des entretiens d'embauche. Il était sans couverture complémentaire santé et avait renoncé aux soins suite au reste à charge financier trop important pour lui. Le conseiller qui l'a accompagné lui a permis de faire valoir ses droits à l'aide pour le paiement d'une complémentaire santé (ACS) et les soins dentaires dont il avait besoin sont actuellement en cours de réalisation.

Comment expliquez-vous qu'il faille mieux détecter le non-recours et mieux accompagner les patients concernés ?

Dr Cukier : Il n'est pas rare de voir certains patients hésiter à se faire soigner alors que des solutions existent pour les aider. Mais la plupart d'entre eux sont un peu réticents à l'idée de se confronter à nouveau au système administratif.

Or, les patients se retrouvant dans des situations de fragilité sont souvent des personnes isolées. Avec ce dispositif, ils ne s'adressent qu'à un seul interlocuteur de l'Assurance Maladie qui prend en charge leur dossier de bout en bout. Ce service sur-mesure les met en confiance et leur permet d'expliquer leur situation. C'est une avancée majeure pour régler les difficultés des assurés.

Comment intégrez-vous ce service dans votre pratique professionnelle ?

Dr Cukier : En tant que médecin, il est essentiel pour moi de m'assurer que tous mes patients ont la possibilité d'accéder aux soins dont ils ont besoin. Face à ce type de situations, je n'hésite donc pas à demander l'accord des patients afin qu'ils bénéficient de ce service d'accompagnement. C'est un service qui assure un suivi du patient pour l'aider à résoudre son problème et informe aussi le médecin de l'évolution de la situation signalée. Jusqu'à maintenant, pour la dizaine de patients dont j'ai signalé la situation, les difficultés ont toutes pu être résolues. Et c'est parfois très rapide, un patient m'a rapporté avoir été contacté 20 minutes après son passage dans mon cabinet !

Comment ça marche ?

Avec le dispositif de lutte contre le renoncement aux soins, c'est l'Assurance Maladie qui va à la rencontre des personnes en difficulté. Le service proposé recouvre 2 aspects :

  • la détection des personnes en difficulté ;
  • un accompagnement personnalisé pour lever les freins, jusqu'à la réalisation des soins nécessaires.

Les personnes en situation de renoncement aux soins sont identifiées soit par les équipes de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) - agents d'accueils, assistantes du service social, téléconseillers, conseillers de l'Assurance Maladie, soit par des partenaires de l'Assurance Maladie : professionnels de santé, travailleurs sociaux des Conseils départementaux, Centres communaux d'action sociale (CCAS), Caisse d'allocations familiales. Ces « détecteurs » forment un maillage indispensable.

Les assurés qui l'acceptent sont accompagnés par un agent de l'Assurance Maladie qui va établir un bilan de leur situation personnelle et administrative puis définir les niveaux d'intervention adaptés.
3 niveaux d'accompagnement peuvent être proposés :

  • un accompagnement administratif pour aider la personne à bénéficier des droits adéquats ;
  • une orientation et un suivi dans le système de soins et de santé ;
  • un accompagnement financier.

Depuis le lancement de ce service en expérimentation dans le Gard puis dans 21 CPAM, près de 8 000 dossiers ont été ouverts au 31 mars 2017. Selon une enquête réalisée auprès d'un échantillon de bénéficiaires du service qui ont réalisé leurs soins, les 2/3 d'entre eux pensent qu'ils n'auraient pas pu le faire sans l'appui du conseiller.

Deux notions à distinguer selon l'Observatoire des non-recours aux droits et services (Odenore) :

  • le non-recours renvoie aux personnes qui, en tout état de cause, ne bénéficient pas des droits ou des services auxquels elles peuvent prétendre ;
  • le renoncement aux soins renvoie au fait que des personnes déclarent avoir des besoins de soins mais ne pas pouvoir les satisfaire, pour différentes raisons.