« Échanger avec les professionnels de santé et protéger les données de suivi des patients »

26 avril 2018

Le déploiement des messageries sécurisées de santé, porté par l'article 96 de la loi de modernisation de notre système de santé du 26 janvier 2016, est assuré par l'Asip Santé dans les établissements de santé et par l'Assurance Maladie auprès des professionnels de santé en ville et des Ehpad. Ce système de messageries est encadré par la Cnil au travers de l'autorisation unique AU-037. Il permet l'échange sécurisé de données de santé à caractère personnel et concerne l'ensemble des professionnels de santé habilités, médecins comme auxiliaires médicaux. Après une phase pilote dès mai 2016 dans seulement 16 CPAM, la généralisation a débuté en avril 2017. Depuis cette date, dans toutes les CPAM, les conseillers informatique services (CIS) et les délégués de l'Assurance Maladie (DAM) accompagnent les professionnels de santé dans l'acquisition d’une adresse MSSanté.

Le docteur Lucie Bommenel, médecin généraliste à Paris, témoigne des changements de sa pratique découlant de l'utilisation des messageries sécurisées de santé MSSanté.

Vous utilisez le système des messageries sécurisées de santé MSSanté. C'est désormais un des indicateurs du premier volet du nouveau forfait structure, mais au-delà, en quoi votre pratique a-t-elle changé avec cet outil ?

Dr Bommenel. Il y a encore 2 ans, je n'étais pas utilisatrice d’une des messageries MSSanté. J'avais entendu parler du système par un laboratoire d’analyses médicales il y a déjà 5 ans, puis par l’hôpital Saint-Antoine à Paris. Sur les comptes rendus papier qu'ils nous adressaient par courrier, ils collaient des post-it pour nous avertir de ce nouveau service. Et c'est finalement un conseiller informatique de ma caisse d’assurance maladie, avec lequel je suis très régulièrement en contact, qui m'a aidée à installer une messagerie MSSanté en mai 2016. Depuis, ce système me permet un gain de temps notable. Je reçois rapidement les bilans et comptes rendus de mes patients sur cette adresse et je peux déposer ces documents directement dans leur dossier patient informatique. Cela diminue le risque de perte, sans parler de l'économie de papier et de la question encombrante des archives papier. C'est un plus écologique qui me touche particulièrement.

Qu'échangez-vous via cette messagerie sécurisée qui vous sert au quotidien pour la coordination des soins et la prise en charge de vos patients ?

Dr Bommenel. Aujourd’hui, je suis uniquement destinataire de messages. Je reçois des comptes rendus d'hospitalisation de la part des établissements de santé, des bilans biologiques des laboratoires d'analyses, et radiologiques en provenance des cabinets de radiologie. De plus en plus, je reçois aussi des comptes rendus de consultation, adressés par mes correspondants spécialistes libéraux : ORL, pneumologues et cardiologues. Mais j'ai bien l’intention de devenir aussi émettrice de messages d'ici peu de temps. Cela me permettrait, en cas de demande urgente de ma part pour une consultation à l’hôpital, ou en cas d'hospitalisation d’un malade, d'adresser les données médicales de mes patients de manière vraiment sécurisée. Comme je n’ai plus de fax et que je ne dispose pas encore du Dossier Médical Partagé (DMP), je pourrai aussi envoyer instantanément des données à mes correspondants.

L’année 2018 est une année importante avec la généralisation du DMP à l’automne, dont le déploiement a été transféré à l'Assurance Maladie par la loi de santé de 2016. Quelle complémentarité voyez-vous avec les messageries sécurisées de santé ?

Dr Bommenel. Pour le moment, je n'ai pas vraiment d’avis sur la question, faute de pratique. J'imagine que je continuerai à utiliser la messagerie sécurisée pour les échanges et la coordination avec les confrères à propos d'un patient. Le DMP, lui, rassemblera sans doute les éléments essentiels en cas de prise en charge de ce patient par un autre professionnel de santé. En cas d’urgence notamment….

La moitié des médecins en France bientôt utilisateurs

La naissance des messageries sécurisées MSSanté date de début 2014, sous l’impulsion des pouvoirs publics et des ordres des professionnels de santé. Aujourd’hui, l’ensemble des professionnels de santé ont été invités à créer une adresse Mssanté.

Fin mars 2018, 46 % des médecins, généralistes et spécialistes confondus (1), avaient sauté le pas, soit 52 950 praticiens pour l’ensemble de la France métropolitaine. Certains départements sont aujourd’hui à un stade très avancé d’équipement : notamment le Gers (88 %), l’Ain (79 %) ou encore le Lot-et-Garonne (79 %).

Le travail d’accompagnement réalisé par les CIS et les DAM au niveau des CPAM, très axé jusqu’à présent sur les médecins libéraux, sera poursuivi en 2018 et étendu aux autres professionnels de santé (pharmaciens, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes…).

(1) Données annuaire MSSanté.