Focus métier : maçonnerie

17 septembre 2021
Le coût humain et financier des accidents et maladies professionnelles dans le secteur de la construction est très élevé. Face à la diversité des situations à risques (manutentions, chutes…), des solutions existent pour améliorer l’hygiène et la sécurité sur les chantiers.

Chantiers de maçonnerie : des besoins de prévention importants

Une grande diversité de métiers exposés aux risques

Les travaux de maçonnerie (réalisation des fondations et des dalles, élévation des murs) et, plus largement des corps de métiers associés à la construction de pavillons, font appel à une grande variété de métiers : maçon, coffreur-bancheur, constructeur en béton armé, charpentier, enduiseur façadier, couvreur, démolisseur, enduiseur façadier, tailleur de pierre, carreleur, couvreur, électricien, étancheur – bardeur…

Ces travaux se caractérisent par de nombreux risques, du fait :

  • de postures contraignantes et du port de charges lourdes ;
  • de l’exposition aux aléas climatiques et à des environnements de travail dangereux (travail en hauteur, produits chimiques, nuisances sonores).

Un coût humain et financier important

Le secteur de la maçonnerie est marqué par une sinistralité bien supérieure à celle des autres secteurs. Les accidents du travail et maladies professionnelles y sont bien plus fréquents et plus graves que dans les autres secteurs. L’indemnisation des victimes représente ainsi un coût équivalent à 8 % de la masse salariale !

La prévention dans le secteur de la construction de maisons individuelles doit viser en priorité la réduction des risques liés aux chutes et les manutentions manuelles.

À eux seuls, ces deux risques représentent en effet deux tiers des dépenses consacrées à la prise en charge des accidents du travail et des maladies professionnelles au sein du secteur.

Principaux risques

Chutes de hauteur

Le secteur concentre le plus grand nombre de décès liés au risque de chutes de hauteur, dont les conséquences sont par ailleurs les plus graves. Qu’il s’agisse d’évoluer sur une terrasse, une plate-forme, un échafaudage ou une passerelle, l’environnement de travail du maçon présente en effet de nombreuses situations à risques.

La mise en place d’actions de prévention des chutes de hauteur passe par l’identification des situations de travail exposant les salariés au risque. Pour en savoir plus, consultez la page dédiée à la protection des salariés dans le BTP.

Chutes de plain-pied

Souvent considérées comme plus anodines, les chutes de plain-pied sont pourtant plus fréquentes. Elles peuvent en outre occasionner des lésions allant jusqu’à des incapacités permanentes, voire des décès. Plusieurs situations à risques nécessitent une vigilance accrue de la part des salariés du bâtiment :

  • sol humide, irrégulier, sale ou encombré ;
  • conditions météorologiques difficiles ;
  • transports d’objets lourds ;
  • attention focalisée sur une autre tâche que le déplacement ;
  • espaces étroits, escalier ;
  • cohabitation des piétons et des engins ;
  • circulation en urgence (retard, pression sur le délai).

Afin d’éviter les chutes de plain-pied (circulation encombrée, l’organisation des chantiers est un facteur clé de réduction des risques

Pour en savoir plus, consultez notre page sur la prévention des chutes.

Bruit

L’utilisation d’outils, de machines ou d’engins bruyants (marteau piqueur, tronçonneuse, mortaiseuse, meuleuse, perceuse, foreuse…) expose la quasi-totalité des métiers du BTP aux nuisances sonores. Celles-ci sont à l’origine de divers troubles, parmi lesquels la surdité. La fiche « Bruit » disponible sur le site de FORSAPRE détaille les conditions et niveaux d’exposition pouvant constituer des situations dangereuses.

La prévention s’articule autour de deux axes principaux :

  • agir le plus en amont possible pour prévenir les risques d’exposition dans l’environnement de travail (traitement acoustique des locaux, cloisonnement, encoffrement de machines…) ;
  • évaluer ensuite les risques d’exposition au bruit qui subsisteraient et mettre en place des mesures de protection des travailleurs exposés (casques antibruit, bouchons d’oreille…).

Pour en savoir plus sur les effets du bruit sur la santé et sur la démarche de prévention des nuisances sonores, consultez le dossier consacré au bruit sur le site de l’INRS.

Manutentions

La manutention des matériaux est à l’origine de nombreuses douleurs dans les membres supérieurs et de maux de dos, voire d’accidents. Ceux-ci sont dus au port de charges lourdes, à la répétition de certains gestes, ainsi qu’à des postures inconfortables ou contraignantes (comme la pose de blocs bétons à bout de bras, par exemple).

Les pathologies les plus fréquentes sont les troubles musculosquelettiques.

La réduction des risques liés aux manutentions manuelles consiste à :

  • optimiser les modes de livraison au plus près des travaux, de manière à limiter les manutentions manuelles ;
  • gérer l’interface livraison / construction en planifiant le plus tôt possible ;
  • privilégier le recours aux manutentions mécanisées, ainsi que l’utilisation de moyens collectifs de manutention adaptés (tels qu’une grue à montage automatisé, par exemple) ;
  • choisir des matériaux, conditionnements et techniques de construction facilitant la manutention (joints minces, béton autoplaçant, par exemple) et tenant compte des critères de pénibilité.

Pour en savoir plus, consultez la brochure éditée par l’INRS sur la manutention manuelle ainsi que la fiche FAN « Manutentions et postures ».

Travail à la chaleur

Dans le secteur du bâtiment, les activités se déroulent à l’extérieur ; le soleil est la principale source de chaleur, exposant les travailleurs à des effets sur la santé pouvant être graves (rougeurs, fièvre, maux de tête, crampes et perte de connaissance, épuisement et déshydratation, coup de chaleur).

La chaleur pèse aussi sur la sécurité : la sueur peut gêner la vue, faire glisser un outil pris en main ou altérer la conscience, augmentant le temps de réaction ou le risque d’erreur.

Pour en savoir plus, consultez le dossier de l’INRS consacré au travail à la chaleur ainsi que la fiche FAN « Chaleur (travail à la chaleur) ».

Travail en espace confiné

Amenés à travailler dans des espaces fermés (vides sanitaires, galeries techniques, toupies à béton…), les maçons sont exposés aux risques caractérisant ces espaces confinés.

Les principaux risques des interventions en espaces confinés sont liés au manque d’oxygène ou à l’exposition à des substances toxiques :

  • perte de connaissance ou convulsions liées à une quantité d’oxygène insuffisante dans le corps ;
  • intoxication due à l’inhalation ou l’ingestion de substances toxiques ;
  • risques biologiques (travaux dans les égouts notamment) ;
  • incendie ou explosion ;
  • brûlure.

La démarche de prévention des risques lors de travaux en espace confiné (PDF) doit suivre quelques étapes indispensables :

  • identifier le site et son environnement, afin de connaître l’usage antérieur et actuel de l’espace confiné ;
  • définir la nature de l’intervention et vérifier que la présence de personnel à l’intérieur de cet espace est indispensable ;
  • évaluer les risques et les faire figurer dans le document unique d’évaluation des risques et le plan de prévention ;
  • préparer l’opération proprement dite sur le plan organisationnel, en définissant des procédures d’intervention.

Pour en savoir plus, consultez le dossier de l’INRS consacré à la prévention des travaux en espaces confinés ainsi que les fiches FAN « Égouts » et Risques biologiques.

Vibrations

Les vibrations auxquelles sont soumis les salariés du BTP concerne principalement les machines percutantes (marteaux-piqueurs, burineurs, brises béton, clefs à choc, riveurs…) ou rotopercutantes (perforateurs…). De manière générale, une exposition prolongée aux vibrations se traduit par des troubles ostéo-articulaires au niveau des poignets, des coudes et des épaules. Ces troubles varient en fonction de plusieurs critères :

  • la durée d’exposition (une demi-heure par jour est un maximum) ;
  • le type de machine vibrante tenue ou guidée à la main (selon qu’elles sont percutantes ou tournantes) ;
  • la fréquence de frappe.

Pour réduire le risque vibratoire, l’employeur doit mettre en œuvre les actions suivantes :

  • choisir des outils ergonomiques (poids, dimensions, prise en main) ;
  • maintenir les machines en bon état ;
  • utiliser des machines dotées de dispositifs antivibratiles ;
  • limiter la durée d’exposition ;
  • réduire les efforts de poussée et de préhension.

La réglementation impose aux employeurs d'évaluer le risque vibratoire (ou de le mesurer) et de prendre les actions nécessaires pour réduire le risque. Pour en savoir plus, consultez le dossier consacré aux vibrations transmises aux membres supérieurs sur le site de l’INRS ainsi que les fiches FAN « Vibrations corps entier » et « Vibrations mains bras ».

Exposition au ciment

En contact quotidien avec le ciment et le béton, les professionnels du bâtiment sont exposés à des maladies professionnelles très spécifiques, liés à la présence de produits comportant des risques chimiques.

Les métiers les plus touchés sont les maçons, coffreurs, finisseurs, enduiseurs, ravaleurs, carreleurs, chapistes, surtout s’ils doivent appliquer à la main les bétons, colles et mortiers. Dans une moindre mesure, les plombiers, chauffagistes, électriciens, couvreurs, menuisiers peuvent présenter les mêmes symptômes, en dépit d’une exposition au ciment plus occasionnelle.

Les maladies associées sont essentiellement des affections touchant la peau (dermites, eczémas, brûlures) mais également des troubles oculaires (blépharites, conjonctivites…) et, dans certains cas, des symptômes respiratoires (rhinites, pathologies bronchopulmonaires…).

Ces pathologies sont regroupées dans le tableau 8 des maladies professionnelles, dit des « affections causées par les ciments ».

Une synthèse de cette nuisance est accessible dans la fiche FAN « Ciment » proposée par FORSAPRE.

L’évaluation des risques, préalable indispensable

Pour aider les chefs d’entreprises du bâtiment à initier une démarche de prévention, un outil en ligne entièrement gratuit est mis à leur disposition. Il est accessible sur Mondocunique Prem’s, le site dédié au document unique d’évaluation des risques proposé par l’OPPBTP (Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics.

Prévenir les risques sur les chantiers

La loi impose à l’employeur de « prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et la santé physique et mentale des travailleurs ». Il doit en outre veiller à adapter ces mesures (prévention, information, formation…) pour améliorer de manière continue la réponse proposée aux situations existantes.

L’élaboration par l’employeur d’un document unique d’évaluation des risques (Cf. encadré) est obligatoire, à cet égard. Cette étape indispensable permet de définir un plan d’actions adapté aux risques identifiés au sein de l’entreprise.

L’employeur associera ses salariés (via leurs représentants s’ils sont en place) à l’évaluation des risques.

Bien s’informer

L’employeur peut en outre s’appuyer sur les services santé au travail interentreprises (SSTI) pour le BTP. Les médecins du travail du BTP de ces structures élaborent collectivement des fiches de synthèse sur les métiers de la maçonnerie notamment, éditées sur le site FORSAPRE :

De nombreuses ressources existent par ailleurs pour vous aider à identifier et à mettre en œuvre les mesures de prévention les mieux adaptées à vos spécificités :

Sécuriser les accès et les modes de travail

Le chantier doit prévoir les aménagements permettant d’amener à pied d’œuvre matériels et matériaux sans rupture de transport, afin de réduire les risques de chutes et de limiter les efforts à fournir lors de l’approvisionnement :

  • voies d’accès au chantier sécurisées :
  • abords des façades remblayés et stabilisées ;
  • différences de niveaux comblées par une passerelle d’accès suffisamment solide et équipée de garde-corps.

Pour en savoir plus, consultez la fiche pratique ED6237 – Construction de maisons individuelles – Aménagez les accès à la construction éditée par l’INRS.

Les modes de travail doivent également être pensés pour réduire les efforts physiques et les risques de TMS, à l’aide de matériel ergonomique :

  • brouettes électriques ou équipées de roues gonflables ;
  • chariots de manutention ;
  • transpalettes, dessertes ;
  • outils (perforateurs, brise-bététons, tronçonneuses…) équipés de systèmes anti-vibration ;

Pour en savoir plus, consultez les recommandations de l’Assurance Maladie et les fiches pratiques éditées par l’INRS :

Prévenir les chutes de hauteur

Si le travail au sol n’est pas possible, la pose d’équipements fixes doit être envisagée. Il peut s’agir de :

  • moyens d’accès (échelles à crinolines, escaliers avec rambardes…) ;
  • ou de protections (trémies d’escalier, échafaudage périphérique ou, à défaut, d’une protection plaquée…).

Dans les cas où ces protections collectives ne peuvent être mises en place, les salariés exposés au risque de chute de hauteur doivent être munis d’équipements de protection individuelle).

Pour en savoir plus, consultez notre page dédiée à la prévention des chutes de hauteur, ainsi que les recommandations de l’Assurance Maladie et les fiches pratiques éditées par l’INRS :

Améliorer l’hygiène sur les chantiers

Pour limiter les risques de chutes, de heurts, de glissades, d’incidents électriques ou d’accidents liés à l’utilisation des machines, l’hygiène des chantiers est un facteur clé. Un chantier propre et sécurisé dispose :

  • d’un raccordement à l’eau et l’électricité dès le début du chantier ;
  • d’un vestiaire/réfectoire avec sanitaire équipé de lave-mains ;
  • de câbles et tuyaux bien protégés ;
  • de déchets évacués au fur et à mesure ;
  • d’aciers en attente bien protégés.

Pour en savoir plus, consultez les fiches pratiques éditées par l’INRS :