Démarche de prévention par le soin : Jean-Philippe Sabathé témoigne

22 juillet 2019

Jean-Philippe Sabathé est responsable de la prévention des risques et ergonome au sein du Groupe hospitalier Paris Saint-Joseph.

Pour nous, il a témoigné sur la démarche de prévention par le soin mise en place depuis 2008 auprès de son personnel soignant, et en quoi elle est bénéfique.

Pourquoi avez-vous engagé une démarche de prévention du risque lié à l’activité physique ?

Notre enjeu était double. D‘une part nous voulions assurer la protection du personnel soignant, en lui évitant l’exposition au portage. D’autre part, nous souhaitions permettre au patient de se déplacer le plus longtemps possible, soit en totale autonomie, soit en valorisant au maximum ses capacités.

Nous sommes partis d’un constat. Globalement, sur 2 000 jours d’arrêt liés au TMS, sur la période 2009/2010, 656 jours en moyenne étaient liés à un déplacement, notamment le rehaussement des patients dans le lit. Nous avons choisi d’agir sur ce déplacement, qui entrainait le plus de sinistralité dans notre établissement et le plus d’impact sur la santé des soignants.

Nous avons donc repensé notre approche de prévention par le soin, pour qu’elle soit sécuritaire et qualitative dans la prise en charge aussi bien du patient que du soignant.

Comment avez-vous procédé ? Quelle ont été les étapes de mise en œuvre de cette démarche ?

A partir de 2008, nous avons réfléchi aux moyens et aux outils nécessaires pour mettre en place et développer cette nouvelle démarche de prévention dénommée “le soin de manutention”.
En 2011, pour répondre à notre objectif, nous avons d’abord investi dans des tapis de glisse, pour assurer le rehaussement du patient dans son lit. Ces « outils d’aide à la manutention » ont ensuite été déployés dans toutes les chambres où les patients en avaient besoin.

Parallèlement, nous avons porté nos efforts sur la mise en place d’une formation spécifique auprès de l’ensemble des soignants, pour que le soin intègre l’outil d’aide à la manutention adapté au déplacement et aux capacités du patient. Cette démarche est aujourd’hui portée par l’INRS.

La construction du soin de manutention permet au professionnel de se protéger en n’étant pas exposé à un port de charge délétère à sa santé. L’introduction des tapis de glisse a aussi permis de réaliser des soins de confort et de sécurité pour les patients.

Quels ont été les conditions et les facteurs de succès ?

Tout d’abord, nous avons eu un engagement total de la Direction, les moyens nécessaires en termes d’équipement, pour permettre à tous les services de bénéficier des tapis de glisse, et nous avons toujours comme objectif de former 100% des soignants pour qu’ils développent leurs compétences.

Egalement, grâce à notre partenariat avec l’OETH à partir de 2009, notre démarche a été valorisée car elle a été reconnue accessible à tous les soignants, même ceux qui sont en restriction physique.

Quels bénéfices en avez-vous retiré ?

Nous avons mesuré le bénéfice de cette démarche de prévention des TMS en suivant les accidents du travail en lien avec les rehaussements des patients dans le lit. Nous avons pu constater une diminution significative de 75%, avec une moyenne de 17O jours d’arrêt sur la période 2011/2018. Pour les patients, cette démarche de soin est respectueuse du patient en lui laissant faire ce qu’il peut faire suite à une évaluation systématique, il contribue ainsi à son déplacement, l’assistance apportée par les soignants est personnalisée et adaptée.

Une évaluation économique basée sur approche coûts/bénéfices a également été réalisée en partenariat avec l’INRS. Elle montre qu’entre 2011 et 2018, le bénéfice net actualisé - que l’on peut monétariser par le nombre de jours d'arrêt de travail évités - dépasse 1 million d’euros.