Une bonne santé au travail : un levier de performance pour l’entreprise ?

28 novembre 2017

Basé en Rhône-Alpes, Procared (groupe Provencia) est un atelier de découpe de viandes. L’entreprise emploie 60 personnes et commercialise 3700 tonnes de produits carnés par an, soit plus de 20 000 barquettes par jour.

 

 

Rencontre avec son directeur Eric Bouchereau pour qui la santé des salariés et la performance de l’entreprise sont intimement liées.

 

Vous êtes très investi dans la prévention des risques professionnels. En quoi votre entreprise est-elle plus performante?

Avant, les salariés démissionnaient pour une rémunération, aujourd'hui ils démissionnent pour une ambiance de travail. Ce qui fait la performance d'une entreprise, c'est la compétence de ses salariés. Et si l'on veut avoir du personnel compétent, motivé et qui reste dans l'entreprise, cela passe par l'écoute, la reconnaissance et la prise en compte de leurs problèmes. Il faut, bien sûr, apporter les bonnes solutions. La plupart du temps, elles sont d'ordre organisationnel et non financier, comme on pourrait le penser.

 

Quel a été le déclic ?

Nous avons eu une prise de conscience assez violente en 2008, peu de temps après la création du site à Rumilly (74). A l’époque, on venait de concentrer toutes les activités de la Découpe sur ce même site, ce qui était nouveau (NB : auparavant, ces activités étaient réalisées dans les rayons, en magasin). On est donc entré dans une culture industrielle. Les salariés se sont retrouvés à exercer des tâches plus répétitives, sur de plus gros volumes, dans un environnement très froid (4 degrés). Dans ce contexte, nous avons été, très vite, confrontés aux troubles musculo-squelettiques avec des arrêts maladies et des reconnaissances en maladie professionnelle. Ça a été le point de départ d’une démarche continue.

 

Pour vous, la santé et la performance en entreprise sont-elles compatibles ?

Oui bien sûr, et il le faut ! Souvent, on parle de santé au détriment de la performance ou de la performance au détriment de la santé. Avec son programme régional « Santé et performance », l’Assurance Maladie-Risques professionnels (Carsat Rhône Alpes) parle le même langage que les entreprises. C’est pour cela que j’ai tout de suite été intéressé et que je me suis engagé dans cette démarche en 2015.

 

Quelle est la clé d’une action de prévention réussie ?

L’écoute. On a beaucoup écouté les salariés. Il faut par ailleurs prendre le temps de tout analyser et ne pas faire de conclusions trop rapidement. A ce niveau-là, l’Assurance Maladie-Risques professionnels nous a beaucoup apporté.

 

Comment avez-vous « analysé », justement ?

On a filmé les opérateurs sur leurs postes, ce qui leur a permis ensuite d’adapter leurs gestes. A partir de la vidéo, on questionne : « Pourquoi faites-vous comme cela ? ». Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de faire. Sur une même machine, deux personnes vont travailler de manières différentes.

 

Comment avez-vous réduit les troubles musculo-squelettiques ?

On a agi sur tous les postes avec l’aide de l’Assurance Maladie-Risques professionnels (Carsat Rhône-Alpes). Par exemple, on a revu l’intégralité du poste de l’étiquetage. Initialement, l’opérateur se retrouvait à faire un balancier pour aller chercher l’étiquette d’un côté, le carton de l’autre. On a optimisé la sortie de l’étiquette et informatisé certaines actions. On a fait ce travail pour chaque poste, avec la participation de toutes les équipes et d’un ergonome.

 

Quelle est la place de la formation dans votre démarche de prévention des risques ?

Elle est essentielle. En 2015, le responsable Qualité a suivi la formation PRAP pour devenir lui-même formateur en prévention des risques professionnels en interne.

 

Vous travaillez actuellement sur l’amélioration de « l’ambiance au travail ». Comment procédez-vous ?

Les derniers entretiens annuels d’évaluation ont relevé un problème d’ambiance dans le secteur de la Coupe. J’ai réuni toute l’équipe (15 personnes). Chacun a exprimé son mécontentement, son malaise. A partir de là, on a monté des groupes de travail. Ils sont composés des employés du secteur, de leur responsable, du responsable Production, du responsable Qualité (qui est aussi garant de la démarche Santé et Prévention) et de moi-même. L’objectif de ces groupes est de trouver des solutions, qu’elles soient au niveau de l’organisation du travail ou techniques. On aurait pu faire appel à l’Assurance Maladie-Risques professionnels pour régler cette problématique mais nous avons maintenant les outils et l’esprit pour être autonomes.