Interview de Djémila Ayad, directrice de la crèche Stenger Bachmann (Alsace)

28 septembre 2017

Si les TMS sont toujours la première cause de maladie professionnelle en France, les déclarations ont baissé de 4,1% en un an.  Une baisse probablement liée aux actions de prévention menées par les entreprises. Parmi elles : la crèche Stenger Bachmann qui s'appuie sur le programme TMS Pros depuis 2015. La crèche s’adapte aux salariés… et les arrêts maladies diminuent.

Vous êtes très active pour améliorer la santé de votre personnel au travail. Pourquoi cet engagement ?

Parce que je suis infirmière puéricultrice et que je suis touchée par les questions de santé. Je voyais de plus en plus de collaborateurs qui souffraient de problèmes au dos, aux genoux, aux cervicales, aux coudes… J’étais aussi confrontée à de nombreux arrêts maladies. Je me suis dit que le travail ne devait pas ressembler à cela. Une étude a été menée par notre référente TMS, qui est auxiliaire de puériculture. Elle révèle que les professionnels les plus exposés aux risques sont, paradoxalement, les jeunes diplômés… Pour cette raison, j’interviens aussi auprès des centres de formations.

 

Vous avez commencé à travailler sur la prévention des TMS (Troubles musculo-squelettiques) en 2015 avec l’appui de la caisse régionale Alsace-Moselle. Comment avez-vous fait adhérer vos équipes ?

Nous sommes dans un milieu où tout le monde trouve normal de porter les enfants et donc d’avoir mal au dos. Cela n’a pas été simple car il faut agir sur les habitudes. A chaque fois, on doit se poser la question : est-ce bon pour le dos ? Comment puis-je faire autrement ? La démarche a été acceptée car elle a été portée par trois pilotes qui ne font pas partie de la direction : une auxiliaire de puériculture, une lingère et une aide maternelle. Elles recueillent les remarques de tous les salariés et se réunissent une fois par mois. Elles réalisent des études de poste et proposent des solutions concrètes à chaque problème rencontré. A partir du moment où les TMS deviennent un sujet de préoccupation pour les salariés eux-mêmes, le message passe mieux.

 

Avez-vous constaté une baisse des arrêts maladies ?

Clairement, oui. En 2015, on comptait près de 430 journées d’absences supérieures à 30 jours. En 2016, on en comptait seulement 30. Même constat pour les arrêts de 4 à 10 jours qui sont passés de 276 à 32 jours. Quant aux arrêts de moins de trois jours, on en compte 124 en 2015 contre… 42 en 2016. Cette baisse de l’absentéisme concerne surtout les arrêts courts.

 

Vous avez bénéficié d’une aide financière simplifiée dans le cadre du programme TMS Pros. Quelle utilisation en faites-vous ?

Nous sommes en train d’équiper la crèche (80 places) en matériel pour un montant de près de 20 000 euros en tout, la moitié relevant de l’aide financière simplifiée, l’autre moitié de la trésorerie de la crèche. Je fais surélever les socles des lave-linges et des sèche-linges et je multiplie les plateformes ergonomiques au pied de chaque table à langer. A raison de 2H30 de change par jour pour une aide maternelle ou une auxiliaire de puériculture, il est essentiel de soulager son dos ! Je change également le mobilier des enfants avec des chaises et des tables plus hautes, afin que les professionnels n’aient pas à se courber sans arrêt.

 

Ce changement de mobilier (des chaises et des tables plus hautes) est-il compatible avec les besoins des enfants ?

J’ai choisi des chaises hautes, certes, mais avec une forme enveloppante (et donc sécurisante) pour l’enfant. Avant de faire ce choix, nous nous sommes longuement interrogés. Cela a été un vrai sujet. En structure d’accueil, nous développons l’autonomie des enfants. Avec des chaises hautes, nous leur demandons de participer. La sécurité et le confort des adultes passent aussi par la participation des enfants. C’est une manière de voir très différente.

 

Pour en savoir plus sur le programme TMS Pros.

Visitez la crèche et ses installations adaptées ici.