Transcription textuelle de la vidéo - " Interview Dr Guillet, chirurgien-dentiste - bonnes pratiques sur la prescription d'antibiotiques "

Bonjour, je suis le docteur Julie Guillet, je suis MCU- en chirurgie orale à la faculté d’odontologie de Nancy et j’exerce au CHU de Nancy.

L’antibiorésistance est un sujet préoccupant. En tant que chirurgien-dentiste avez-vous un rôle à jouer dans cette lutte ?

Oui, on a un rôle à jouer parce-que la lutte contre l’antibiorésistance passe par le bon usage des antibiotiques. En France les chirurgiens-dentistes il y a encore 5-6 ans étaient responsables de peut-être 8 à 10% de l’ensemble des prescriptions antibiotiques. Mais en 2021 les chiffres ont montrés qu’on est responsable de plus de 12% de ces prescriptions donc ça veut bien dire qu’on a notre responsabilité à la fois individuellement et aussi collectivement.

Comment l’appliquez-vous à l’échelle du cabinet ?

Alors pour le cabinet moi je vois deux volets. Il y a le volet prévention et le volet traitement. Dans la prévention, j’entends prévention des infections liées aux soins. Ça c’est quelque chose de capital. Alors ça passe par l’hygiène globale de base du cabinet que tous les praticiens connaissent : la désinfection des surfaces, l’utilisation du matériel à usage unique, la stérilisation etc. Il y a aussi le respect des protocoles de soins : Mettre en place le champ opératoire, la digue, pour tous les traitements endodontiques ou tous les retraitements c’est indispensable. Et puis moi c’est quelque chose que je fais systématiquement en chirurgie orale mais qui devrait être fait avant chaque geste de soins, c’est de faire faire à son patient un bain de bouche antiseptique. Pourquoi on fait ça ? Parce qu’un simple bain de bouche à la Chlorhexidine ça va diminuer considérablement la charge bactérienne dans la cavité buccale et donc ça va diminuer fortement le risque d’infection post-opératoire lié à notre geste.

En ce qui concerne le volet du traitement, c’est évident qu’un patient qui présente une infection, on va le traiter. Mais on ne doit pas le traiter uniquement avec des antibiotiques. Dans notre sphère c’est rarissime de pouvoir venir à bout d’une infection en prescrivant uniquement des antibios. On doit impérativement faire un geste associé. Alors, quand c’est une infection qui est en cours de collection, on n’a pas d’autres choix que mettre en place des antibiotiques et puis soit si on la possibilité, faire un geste tout de suite, par exemple, trépaner une dent qui est nécrosée ou extraire une dent qui est non conservable. Mais quand on a un abcès et que c’est collecté, parfois on ne peut pas faire le geste qui traiterait en fait l’infection. Donc ce qui est indispensable c’est de drainer et ça, ça ne prend pas longtemps. On met en place un coup de bistouri pour évacuer, drainer le pus. Ça va soulager la douleur du patient. Ça ne dispense pas, bien évidemment, de lui faire sa prescription d’antibiotiques puisqu’on est en présence d’une infection avérée. Et dans ce cas on doit prescrire ce traitement.

Les antibiotiques à prescrire en première intention c’est une monothérapie et donc dans notre sphère c’est l’amoxicilline 2 à 3g par 24h selon le poids du patient. Mais on ne prescrit pas d’emblée une bithérapie.

Pas toujours simple face à la pression des patients. Comment faites-vous ?

Les patients ce n’est pas toujours facile de les gérer. Surtout je sais ce que c’est, en tant que clinicienne, quand on enchaîne et qu’on a un patient toutes les 15 ou 30 minutes ce n’est pas forcément facile de rajouter un patient à son planning, ça c’est la première chose. Mais un petit geste en général, ce n’est pas quelque chose qui prend du temps donc c’est faisable. L’autre volet auquel il faut penser c’est effectivement c’est la pression du patient qui va parfois comme il a mal, il est persuadé qu’il est infecté et donc il veut absolument une ordonnance d’antibiotiques. Si on sait qu’on est devant une pathologie inflammatoire par exemple une pulpite, c’est à nous d’expliquer à notre patient que là son traitement ne relève pas d’un traitement antibiotique puisqu’il n’est pas infecté.

Et j’en profite pour rappeler que les antibiotiques, bien soigner c’est d’abord bien les utiliser.