Téléconsultation et Covid-19 : croissance spectaculaire et évolution des usages

21 juillet 2020

5,5 millions. C’est le nombre de téléconsultations remboursées entre mars et avril 2020 par l’Assurance Maladie. De quelques milliers par semaine avant les mesures de confinement début mars 2020, le nombre moyen hebdomadaire de téléconsultations a atteint, au plus fort de la crise sanitaire, près d’un million.

À leur niveau le plus haut entre le début et la fin avril, les téléconsultations ont ainsi représenté jusqu’à 27 % en moyenne de l’ensemble des consultations (physiques et à distance). De fait, la pratique de la télémédecine, en particulier de la téléconsultation s’est nettement imposée pendant l’épidémie afin d’en limiter la propagation.

Qui sont les médecins et les patients qui ont eu recours à ce dispositif dans ce contexte inédit, et quelles tendances d’usages se dessinent ? Le rapport « Améliorer la qualité du système de santé et maîtriser les dépenses - Propositions de l’Assurance Maladie pour 2021 » (PDF), publié début juillet et dont un chapitre est consacré au recours à la téléconsultation pendant la crise sanitaire, apporte des réponses.

La moitié des médecins téléconsultants est âgée de moins de 50 ans

Sans surprise, ce sont les médecins généralistes libéraux qui s’emparent de la téléconsultation avec 82,6 % des téléconsultations facturées entre septembre 2019 et avril 2020. Viennent ensuite, mais dans une moindre mesure, les psychiatres (6,4 %), les pédiatres (2 %), les gynécologues (1,3 %), les dermatologues (1,1 %) et les endocrinologues (1, 1%). En avril dernier, au total, 56 000 médecins ont réalisé des téléconsultations, ce qui représentait alors plus d’un quart de l’ensemble des consultations.

S’agissant du profil d’âge, la moitié des médecins téléconsultants ont moins de 50 ans alors que cette classe d’âge ne constitue que 37 % de l’ensemble de l’effectif de généralistes libéraux. À l’opposé, les médecins de plus de 60 ans facturent moins de téléconsultations que leurs confrères, alors que plus d’1 médecin libéral sur 3 a plus de 60 ans.

Le profil des patients ayant recours à la téléconsultation a changé pendant le confinement

Avant le confinement, les patients les plus jeunes (moins de 50 ans) étaient proportionnellement plus nombreux à recourir à la téléconsultation, en particulier les 30-40 ans. Après 50 ans, le recours à ce dispositif diminuait fortement et régulièrement avec l’âge. Pendant le confinement, cette tendance ne s’est pas confirmée, au contraire. En effet, les patients de moins de 30 ans ont proportionnellement été moins nombreux à opter pour la téléconsultation : 32 % des effectifs avant le confinement versus 19 % des effectifs pendant le confinement.

À l’opposé, les patients âgés de plus de 70 ans – qui étaient beaucoup moins nombreux à recourir à la téléconsultation avant le confinement (8 % des actes facturés) – se sont familiarisés avec ce dispositif pendant le confinement (20 % des actes facturés).

Depuis mai dernier, cette tendance semble s’installer puisque les patients les plus âgés, même s’ils sont toujours proportionnellement moins nombreux que les plus jeunes, constituent 19 % des patients qui utilisent la téléconsultation.

Enfin, les patients bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire sont proportionnellement moins nombreux à avoir recours aux téléconsultations, avant et pendant le confinement. Idem pour les patients atteints d'une affection de longue durée (ALD).

L’Île-de-France arrive en tête des régions où la téléconsultation est pratiquée

En outre, les recours à la téléconsultation sont contrastés selon les territoires. Cela dit, il ne s’agit pas d’une spécificité liée à la crise sanitaire, ces disparités existent depuis la prise en charge des actes de télémédecine par l’Assurance Maladie en 2018.

Ainsi, de septembre 2019 à avril 2020, l’Île-de-France totalise 1/5e des facturations, dont plus de 320 000 pour la seule ville de Paris. À titre de comparaison, les régions Centre-Val de Loire et Bourgogne-Franche-Comté totalisent respectivement 121 000 et 229 000 facturations durant la même période.

 

Un cadre réglementaire assoupli mais respecté : une téléconsultation intégrée au parcours de soins

Un tel essor du déploiement des téléconsultations a été rendu possible par le biais d’un assouplissement du cadre de déploiement du dispositif prévu par l’avenant 6 de la convention médicale et une prise en charge à 100 % par l’Assurance Maladie. Les premiers constats confirment que les principes de l’avenant 6 ont majoritairement été respectés témoignant d’une pratique intégrée au parcours de soins, aussi bien par les médecins que par les patients, comme l’avaient d’ailleurs souhaité les partenaires conventionnels au moment de la rédaction de l’avenant 6.

Pour rappel, ce cadre repose sur deux principes forts. L’inscription de la télémédecine au sein d’un parcours de soins coordonné avec une orientation initiale par le médecin traitant quand la téléconsultation n’est pas réalisée par ce dernier. Et la connaissance préalable du patient par le médecin traitant (ou un autre spécialiste) qui réalise l’acte à distance.

Ainsi, 80 % des patients qui ont téléconsulté pendant la crise un médecin avaient déjà réalisé une consultation en présentiel avec ce dernier au cours de l’année précédente.