« Avant une anesthésie, une prise de sang n'est pas systématique ! »

21 février 2017

Les études montrent que les recommandations de la Société française d’anesthésie et de réanimation (Sfar) ne sont pas toujours respectées. Les médecins concernés sont actuellement invités à analyser leur pratique à l’aide du profil de prescription qui leur été envoyé par courrier en janvier 2017.

Rencontre avec le professeur Molliex, chef de service au CHU de Saint-Etienne (pôle anesthésie-réanimation).

Pourquoi les recommandations de la Sfar ne sont-elles pas toujours appliquées ?

Professeur Molliex : Un premier facteur est la mauvaise connaissance des recommandations de la Sfar qui représentent un volume important d'informations. Ces examens préopératoires sont par ailleurs prescrits par de nombreux acteurs autres que les anesthésistes-réanimateurs (chirurgiens, médecins spécialistes ou généralistes) qui n'appliquent pas ces recommandations. Un troisième élément est la crainte d'omettre un diagnostic. Elle n'est pas totalement levée même si l'inutilité d'un bilan est très largement démontrée dans la littérature. La peur du contentieux explique pour une part la sur-prescription des examens préopératoires.

Le « mieux vaut trop en faire que pas assez » est encore dans l'esprit de nombre d'entre nous un moyen de protection illusoire à cet égard.

Comment peut-on apprécier l'utilité de l'examen biologique ?

Professeur Molliex : Il faut distinguer 2 types d'examens dont l'utilité est différente. Les examens directement en rapport avec la maladie ou le motif d'intervention ont pour but d'assurer le diagnostic. Les autres ont pour objectif d'évaluer et de réduire les risques associés à la réalisation de l'acte opératoire et de l'anesthésie qu'il requiert. Ces derniers peuvent être prescrits en raison du terrain du patient, de ses antécédents ou de ses traitements. Les examens permettent de préciser si l'état du patient peut être amélioré avant l'intervention par une modification de son traitement, la mise en place d'une préparation spécifique, ou mesurer l'effet d'une thérapeutique en cours. En dehors de ces situations, la prescription d'examens complémentaires est dite « systématique ».

Elle répond alors à trois objectifs théoriques spécifiques : diagnostiquer une pathologie non suspectée lors de la consultation pouvant impliquer un changement de la stratégie de prise en charge ; servir de référence pour diagnostiquer ou traiter une éventuelle complication postopératoire ; participer à l'évaluation du risque opératoire par la valeur prédictive que ces examens peuvent avoir d'une telle complication. La prescription d'examens systématiques doit principalement relever du médecin anesthésiste-réanimateur.

Quels arguments apporter à un patient pour le convaincre que l'examen est inutile ?

Professeur Molliex : Les résultats des examens considérés comme inutiles n'ont aucun impact sur la réalisation de l'anesthésie ou de la chirurgie et la survenue de complications postopératoires. Ils peuvent retarder la réalisation de l'intervention en cas de faux positifs, et génèrent des dépenses importantes.