Œdème de Quincke

30 mars 2017
L’œdème de Quincke se traduit par un gonflement rapide de la peau et des muqueuses au niveau de la tête et du cou. Ce phénomène est lié à une réaction inflammatoire ou allergique. S’il s’accompagne de difficultés respiratoires, malaises ou symptômes digestifs, il doit être pris en charge en urgence.

Qu’est-ce qu’un œdème de Quincke ?

L’œdème de Quincke (ou "angiœdème") correspond à un gonflement des couches profondes de la peau et des muqueuses, parfois accompagné d’une rougeur.

Localisée et passagère, cette affection concerne surtout la tête et le cou (paupières, lèvres, langue, ), mais peut aussi atteindre le larynx, les mains et les pieds, les organes génitaux externes et le tube digestif. Quelle que soit sa cause, l’œdème de Quincke se révèle grave s’il touche le larynx (risque d’étouffement).

On estime que 10 à 20 % des individus souffrent d’un au cours de leur vie.

Voies aériennes supérieures

Schéma : voies aériennes supérieures

Les différents types d’œdème de Quincke et leurs causes

Ce phénomène se déclenche sous l’effet de certaines substances sécrétées par l’organisme en réaction à une exposition du corps à un élément externe. Celles-ci circulent d’abord dans les vaisseaux sanguins, qui deviennent plus perméables. Le passage accru de liquide des vaisseaux vers les tissus est responsable d’un gonflement de ces tissus (réaction inflammatoire). On distingue trois types d’œdème de Quincke, selon les substances et les mécanismes qui entrent en jeu.

La substance en cause est l’ , sécrétée après une exposition du corps à des allergènes auxquels il a déjà été sensibilisé :

  • principalement alimentaires (ex. : fruits de mer ou fruits à coque) ;
  • médicamenteux (ex. : antibiotiques de la famille des pénicillines) ;
  • suite à une piqûre d’insecte (venin des fourmis, abeilles, guêpes ou frelons) ;
  • présents dans le latex.

L’œdème peut aussi apparaître après un effort physique, et s’accompagner d’autres réactions allergiques comme l’asthme.

Il se développe suite à la sécrétion par le corps de substances favorisant l’inflammation, les leucotriènes. Cela survient plus particulièrement sous l’effet d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), comme l’acide acétylsalicylique (aspirine).

Il s’agit de la forme décrite en 1882 par le professeur Quincke. Il peut concerner n’importe quelle partie du corps (mains, pieds, tronc). Les zones touchées deviennent blanches, douloureuses et volumineuses, voire déformées, parfois pendant plusieurs jours.

D’autres symptômes sont possibles :

  • une atteinte de la gorge, avec un risque d’obstruction des voies respiratoires ;
  • des vomissements et douleurs abdominales très intenses, lorsque l’abdomen est touché.

Ces signes surviennent lorsque le corps produit de façon incontrôlée de la bradykinine (substance impliquée dans les réactions inflammatoires et allergiques) :

  • soit sous l’action directe de certains médicaments contre l’hypertension artérielle, (parfois plusieurs mois ou années après le début du traitement), ou après la prise de contraceptifs oraux à base d’œstrogènes ;
  • soit à cause d’un déficit ou dysfonctionnement d’une enzyme nommée C1 Inh. Ce problème peut être dû :
    • à l’altération d’un gène (angiœdème héréditaire ou "AOH"),
    • à la présence d’une , ou à un cancer lymphatique comme le lymphome non hodgkinien (angiœdème acquis ou "AOA").

Si ce type d’œdème est susceptible de réapparaître régulièrement, son déclenchement reste imprévisible. On sait toutefois qu’il peut survenir suite à :

  • un épisode de stress ;
  • une intervention chirurgicale ;
  • un traumatisme minime (ex. : soins dentaires).

Les angiœdèmes allergiques et non allergiques présentent des points communs

Ces 2 types de manifestations :

  • apparaissent très rapidement mais ne durent souvent pas plus de quelques heures ;
  • s’accompagnent généralement d’urticaire ;
  • peuvent se révéler très sévères en cas de .

Les situations urgentes

La survenue d’un (ou "angiœdème") nécessite un avis médical, voire une prise en charge urgente.

Les signes qui doivent vous alerter

Appelez les secours médicaux immédiatement en cas d’apparition soudaine et rapide de démangeaisons intenses et généralisées, d’une rougeur cutanée, d’un œdème et/ou d’une conjonctivite, associés à un ou plusieurs des symptômes suivants :

  • gonflement de la , de la langue et / ou du pharynx ;
  • modification de la voix (qui devient faible, voire inaudible) ;
  • difficultés respiratoires ;
  • malaise, affaiblissement extrême, fatigue, étourdissement ;
  • nausées, vomissements, diarrhée ;
  • douleurs abdominales.

En effet, ces symptômes sont révélateurs :

  • soit d’un , après exposition à un (identifié ou non) ;
  • soit d’un œdème angioneurotique, avec atteinte du larynx et / ou de l’abdomen.

Utiliser votre trousse d’urgence en cas de

Si vous avez déjà présenté des réactions allergiques sévères, votre médecin traitant vous a prescrit une trousse contenant un stylo d’adrénaline auto-injectable. Si vous l’avez sur vous, positionnez-le sur le bord extérieur de votre cuisse, puis maintenez une pression sur le bouton déclencheur pendant 10 secondes.

Bien informer les secours facilite leur intervention rapide

Quand vous appelez les services médicaux d’urgence, essayez de respecter les règles suivantes :

  • parlez calmement et clairement ;
  • donnez votre numéro de téléphone, votre nom et celui de la personne à secourir ;
  • indiquez l'adresse exacte (étage, code d'accès, etc.) ;
  • décrivez le plus précisément possible les signes qui vous ont alerté ;
  • ne raccrochez pas avant que votre interlocuteur ne vous le demande.

Le traitement des formes sévères d’œdème de Quincke à l’hôpital

Dans tous les cas, le service qui prend en charge le patient s’assure de sa bonne oxygénation et surveille ses fonctions vitales (cœur, poumons, etc.)

Si un est diagnostiqué, le traitement repose d’abord sur l’injection d’adrénaline. Dans un deuxième temps, des corticoïdes et des sont éventuellement utilisés pour réduire les symptômes.

En cas de crise aiguë grave d’angiœdème héréditaire (AOH), les soins consistent à injecter un concentré d’enzyme C1 Inh, par voie intraveineuse ou de l’icatibant par voie sous-cutanée. L’acide traxénamique en injection par voie intraveineuse est également utilisé.

La consultation médicale hors urgence

Votre médecin traitant commence par vous examiner pour confirmer le diagnostic, puis recherche la cause de l’angiœdème. Pour l’aider dans ses recherches, faites le point sur votre état en notant :

  • les signes observés (aspect de l’œdème, urticaire éventuel) ou associés (asthme, douleurs abdominales, etc.) ;
  • ce qui semble déclencher les symptômes (prise de certains aliments ou médicaments, traumatisme, piqûre d’insecte, effort ou aucune cause précise) ;
  • le temps écoulé entre l’événement déclenchant et la survenue de l’œdème ;
  • le moment où il est apparu pour la première fois et sa fréquence éventuelle de réapparition ;
  • la durée de persistance des symptômes ;
  • leur localisation.

Le médecin recherche minutieusement d’éventuels antécédents d’angiœdème, notamment familiaux. Pour affiner son diagnostic, il peut demander des examens complémentaires (prise de sang, bilan allergologique). En parallèle :

  • il vous prescrit des médicaments visant à soulager les symptômes et signes associés, voire un préventif en cas d’œdème angioneurotique. S’il a identifié la cause de l’œdème ou un facteur favorisant, il vous donne des conseils pour éviter une nouvelle crise (ex. : ne pas consommer certains aliments) ;
  • s’il a identifié un angioedème allergique, il vous prescrit une trousse d’urgence avec stylo injecteur d’adrénaline.

Prévenir les épisodes aigus d’angiœdème allergique

Si vous avez déjà présenté un ou un , votre médecin traitant (généraliste, dermatologue ou allergologue) vous prescrit une trousse d’urgence. Elle contient un stylo injecteur d’adrénaline que vous pourrez utiliser vous-même si nécessaire, dès les premiers signes d’un nouvel épisode, sans attendre l’arrivée des secours. Demandez à votre médecin de vous montrer comment employer ce matériel. Vos proches doivent également être informés sur l’utilisation du stylo injecteur. Portez ce kit en permanence sur vous.

Par ailleurs, si un ou des facteurs déclenchants ont été trouvés, évitez-les :

  • supprimez l’utilisation des médicaments en cause dans la survenue de l’œdème (et en particulier les anti-inflammatoires non stéroïdiens - AINS). Votre médecin traitant vous précise quels médicaments peuvent les remplacer. Avant de vous procurer tout médicament en vente libre, demandez conseil à votre pharmacien ;
  • ne mangez pas les aliments en cause ;
  • protégez-vous des piqûres d’insectes par le port de vêtements couvrant bras et jambes ;
  • si le facteur est lié à votre profession (ex. : usage de gants en latex), contactez votre médecin du travail pour envisager une éventuelle reconversion professionnelle.

Enfin, suivez bien le (ex. : ) qui vous a été prescrit :

  • pour diminuer le risque de récidive ;
  • pour traiter une maladie associée, comme l’urticaire chronique ou l’asthme.

Les bons réflexes en cas d’œdème angioneurotique (notamment héréditaire)

Si vous êtes concerné par ce type d’œdème, essayez d’appliquer les conseils suivants :

  • en cas de crises fréquentes et sévères affectant votre qualité de vie, votre médecin met en place un préventif, par danazol. Suivez-le bien ;
  • respectez les contre-indications médicamenteuses (contraceptifs oraux à base d’œstrogènes, certains médicaments contre l’hypertension artérielle) ;
  • évitez les situations déclenchantes ;
  • en cas d’intervention chirurgicale, d’anesthésie, d’examens ou de soins (en particulier dentaires), prévenez votre médecin et informez le professionnel qui va réaliser l’acte. Un traitement préventif par C1 Inh, à commencer plusieurs jours avant le rendez-vous, peut en effet se révéler nécessaire ;
  • faites connaître votre maladie à votre entourage, susceptible de vous aider en cas d’urgence ;
  • portez toujours sur vous votre carte de soins.
Une carte de soins et d’urgence spécifique

Les personnes atteintes d’un angiœdème héréditaire (AOH) doivent toujours garder sur elles une carte de soins et d’urgence spécifique. Elle comprend deux volets, consultables sur le site du ministère en charge de la santé :

  • un volet "Soins" (PDF, 208.5 Ko) reprenant les points clés du traitement à dispenser, à l’attention des médecins (urgentistes notamment) ;
  • un volet "Informations et conseils" (PDF, 135.6 Ko) qui rappelle au patient la définition et les causes de son affection, ainsi que les douze "règles d’or" du suivi de sa maladie.

Si vous êtes concerné, présentez aussi votre carte aux professionnels de santé qui doivent vous soigner. Cela leur permettra notamment de prévoir un traitement d’urgence, qu’ils conserveront à disposition pendant les soins.

N° d’Urgence Médicale

Samu : 15 Pompiers : 18 Appel d'urgence européen : 112
Ces numéros sont gratuits et peuvent être appelés d'un téléphone fixe ou d'un téléphone mobile même bloqué ou sans crédit.
Sources
  • Hosotte M, Jarlot S, Luyasu S, Kanny G. Œdème de Quincke ou angiœdèmes. Rev Prat. 2012;62(2):242-4.
  • Orphanet. Angio-œdème. Site internet : Orphanet. Paris ; 2011 [consulté le 25 juin 2015]
  • Orphanet. Angio – œdème héréditaire. Site internet : Orphanet. Paris ; 2011 [consulté le 25 juin 2015]
  • Wüthrich B. Angio – œdèmes : rarement d’origine allergique – 1re partie : classification, physiopathologie, diagnostic. Forum Med Suisse. 2012;12(7):138-143.
  • Wüthrich B. Angio – œdèmes : rarement d’origine allergique – 2e partie : traitement. Forum Med Suisse. 2012;12(8):175-8.
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  • Beltramini A. Accidents anaphylactiques. EMC – Médecine d’urgence. 2012;7(1):1-17.
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  • Société Française d’Allergologie. Anaphylaxies et chocs anaphylactiques chez l’enfant et l’adolescent. Site internet : Les Allergies.fr. Paris ; 2014 [consulté le 25 juin 2015]
  • Haute Autorité de santé (HAS). Synthèse d’avis de la commission de la transparence – BERINERT, inhibiteur de C1 estérase humaine. Site internet : api.vidal.fr. Issy–les–Moulineaux (France) ; 2014 [consulté le 7 septembre 2015]
  • Haute Autorité de santé (HAS). Conduite à tenir après le traitement d'urgence d'une suspicion d'anaphylaxie. Site internet : HAS. Saint–Denis La Plaine ; 2013 [consulté le 25 juin 2015]
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